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Exposition du systême du monde / par P. S. Laplace
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*o 8 EXPOSITION

la crainte que dans le grand nombre de celles qui traversentdans tous les sens le système planétaire, l’une d’elles bouleverse laterre. Elles passent si rapidement près de nous, que les effets deleur attraction ne sont point à redouter : ce n’est qu’en choquant laterre, qu’elles peuvent y produire de funestes ravages. Mais cechoc, quoique possible, est si peu vraisemblable dans le cours d’unsiècle ; il faudroit un hasard si extraordinaire, pour la rencontrede deux corps aussi petits relativement à l’immensité de l’espacedans lequel ils se meuvent ; que l’on ne peut concevoir à cet égard,aucune crainte raisonnable. Cependant, la petite probabilité d’unepareille rencontre, peut en s’accumulant pendant une longue suitede siècles, devenir très-grande. Il est facile de se représenter leseffets de ce choc sur la terre. L’axe et le mouvement de rotationchangés ; les mers abandonnant leur ancienne position , pour seprécipiter vers le nouvel équateur; une grande partie des hommeset des animaux, noyée dans ce déluge universel, ou détruite parla violente secousse imprimée au globe terrestre ; des espècesentières anéanties ; tous les monumens de l’industrie humaine ,renversés ; tels sont les désastres que le choc d’une comète a dûproduire. On voit alors, pourquoi l’océan a recouvert de hautesmontagnes sur lesquelles il a laissé des marques incontestables deson séjour; on 'voit comment les animaux et les plantes du midi,ont pu exister dans les climats du nord où l’on retrouve leursdépouilles et leurs empreintes ; enfin , on explique la nouveautédu monde moral dont les monumens ne remontent guère, au-delàde trois mille ans. L’espèce humaine réduite à un très-petit nombred’individus et à l’état le plus déplorable, uniquement occupée pen-dant très-long-temps, du soin de se conserver, a dû perdre entiè-rement le souvenir des sciences et des arts ; et quand les progrès dela civilisation en ont fait sentir de nouveau, les besoins ; il a fallutout recommencer , comme si les hommes eussent été placés nou-vellement sur la terre. Quoi qu’il en soit de cette cause assignée parquelques philosophes, à ces phénomènes ; je le repète, on doit êtreparfaitement rassuré sur un aussi terrible événement, pendant lecourt intervalle de la vie. Mais l’homme est tellement disposé àrecevoir l’impression de la crainte, que l’on a vu en i 775 , la plus

vive