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même il fit souvent paraître dans íes pieces,qu'il suivoit les opinions de son maitieAnaxagoras.
íl composa un grand nombre de tragé-dies qui furent fort estimées & pendant favie & après fa mort; l'on peut citer de bonsjuges, qui le regardent comme le plus ac-compli de tous les poètes tragiques. 11 futnommé le philosophe du théâtre par lesAthéniens. Vitruve le dit positivement. Ori-gène , Clément d'Alexandrie & Eusebe, letémoignent auíïì.
Je n'ignore pas que les critiques íont fortpartagés fur la primauté d’Efchy le, de Sopho-cle & d'Euripide. Chacun de ces poètes ades partisans qui lui donnent la premiereplace ; il íe trouve aussi des connoisteursqui ne veulent rien décider : Quintiliensemble choisir ce parti ; cependant il estaisé de voir qu'à tout prendre , il donnele prix à Euripide. Des modernes ontdit allez bien , fans juger ce grand pro-cès , que Sophocle représente les hommestels qu’ils devroient être , mais qu'Euripideles peint tels qu’il font. Si le dernier n’a paségalé Sophocle dans la majesté & dans lagrandeur, il a compensé cela par tant d'au-tres perfections , qu'il peut aspirer au pre-mier rang.
Ceux qui croient que si les poètes de Ro-me n'ont guere parlé d'Euripide , qui est àcause que les syllabes de son nom n'avoientpas la quantité qui pouvoit le rendre propreà entrer dans les vers latins, donnent uneconjecture fort vraisemblable. Le dieumême de la poésie , l'Apollon de Delphes,fut contraint de céder aux lois de la quan-tité : il ne trouva point d’autre expédientque de renoncer au vers hexamètre , &de répondre en vers iambiques, quand ilfallut nommer Euripide ; de forte que s'iln'eût su faire que des vers hexamètres , ilauroit fallu qu'il eût supprimé la sentencedéfinitive qui régla le rang entre trois il-lustres personnages. Voici cette sentencecélébré , que Suidas nous a conservée, aumot 0-090 í.
SofoV 2o<po)cX)i (, ropaTlpof id EvpnrlS'nç,
’a vS'pav a èítrívrav ’S.ax.pÍTM o'oPwv-t-ror.
Ces deux yers iambiques signifient : »So-
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» phocle est sage , Euripide l'est encore» plus ; mais le plus sage de tous les hom--- mes c'est Socrate. » C'est ainsi que laprêtresse de Delphes fe vit obligée de dé-roger à la coutume d'ufer de l'hexame-tre , parce que la nécessité n'a point deloi. Euripide &c Socrate íont deux nomsqui ne quadrent point au vers héroïque,les muses en corps ne fauroient les y ployer.Quson aille dire après cela qu'il importepeu d’avoir un tel nom plutôt qu’un autre.Voilà Euripide qui a eu peut-être plus depart à {'admiration de Virgile & à celle desautres poètes de la cour d'Auguste, que So-phocle ; le voilà , dis-je , dépouillé de cetavantage , parce qu'ils n’ont pu faire en-trer son nom dans leurs hexamètres, &qu'à cause de cette impossibilité, il a falluimmortaliser à son préjudice ceux qu'oncroyoit au-dessous de lui : mais les lois dela prosodie les gouvernoient. Voilà un deces combats dé la raison & de la rime, dontM. Defpréaux a si bien parlé. Joignez-ycette exclamation de MM. de Port-Royal :" Combien la rime a-1-elle engagé de gens“ à mentir ! »
Tout le monde fait le service singulier queles vers d'Euripide rendirent une fois auxsoldats d'Athènes. L’armée des Athénienscommandée par Nicias, éprouva dans laSicile tout ce que la mauvaise fortune peutfaire sentir de plus funeste. Les vainqueursabusèrent de leur avantage avec la dernierecruauté ; mais quelque durement qu'ilstraitassent les soldats athéniens, ils firent centhonnêtetés à tous ceux qui pouvoient leurréciter des vers d’Euripide. Plusieurs quiaprès s'être sauvés de la bataille ne favoientque devenir & erroient de lieu en lieu, trou-vèrent une ressource en chantant les vers dece poète.
Ce fut fans doute un très-grand plaisir aEuripide , que de voir venir chez lui plu-sieurs de ces malheureux , pour lui témoi-gner leur reconnoissance de ce que ses versleur avoient sauvé la vie & la liberté.
Les Siciliens donnerent une autre mar-que bien éclatante de leur estime pour Eu-ripide. Un bâtiment caunien poursuivi pardes pirates , tâchoit de se sauver dans quel-que port de Sicile , & ne put en obtenir lapermission qu'apxès qu'on eat su qu'il y avoir