s A L
des personnes fur ce bâtiment qui savoient !des vers d'Euripide : il ne faut pas oublier jqu'on leur demanda s'ils en savoient. Cette jfeule question lignifie plus que je ne sauroisexprimer.
Euripide, dit M. le Fevre, devoir etretouché d J un lentiment de gloire bien doux,quand il voyo.t chaque jour quelques-unsde ces misérables qui le venoient remerciercomme leur libérateur , & lui dire que fesvers avoient changé leur mauvais destin, &leur avoient plus servi que s'ils avoient euun paste port signé de la main des cinq épho-tes & des deux rois de Lacédémone. C'étoitdonc un grand & glorieux poëte qu’Euripi-de : mais que dirons-nous des Siciliens dece temps-là ? N'étoit-ce pas d'honnêtesgens î Le mal est qu'un si bel exemple n'apoint eu de fuite , & qu aujourd'hui telles.histoires ne palleroicnt en France que pourdes contes de la vieille Grece, que l'on atoujours appellée mensongère.
Quoique les pieces d’Euripide aient jouid’une approbation merveilleuse, néanmoinselles remporterent le prix aíícz rarement.De 9 z tragédies qu'il avoit faites, il n'y eneut que cinq de couronnées; la cabale & l’in-trigue, dit Varron, décidoient alors dufortdes pieces. On peut voir dans Elien, var.hijìor. I. II, c. viij , quelle est son indigna-tion contre un certain Xénoclès qui fut pré-féré à Euripide dans un combat de quatrepieces contre quatre pieces, lorfqu'on célé-bra la quatre-vingtième olympiade.
L'émulation, & finalement l'inimitié quis’éleva entre lui & le grand Sophocle, luicausa peut-être moins de chagrin que lessatyres & les railleries d'Aristophane , qui feplaísoit à le mal-traiter dans les comédies ;mais Socrate n'aíïìstoit qu'aux seules piecesd'Euripide.
S'il a introduit fur la feene quelques fem-mes très-méchantes, il y a introduit aussides héroïnes, 5 c il a parlé honorablementdu sexe en plusieurs rencontres ; mais celan'effaçoit point la note des médisances d'A-ristophane , qui faisant semblant de prendreparti pour le beau sexe contre Euripide, alui-même plus outragé les femmes que nel’avoit fait le poëte de Salamìne.
Quoi qu'il en soit, Euripide crut devoirquitter Athènes, & fe retirer à la cour d'Ar- >
S A L jji
chélaiis , roî de Macédoine , où il fut très-accueilli. Ce prince aimoit les savans , 5 cles attiroit par fes libéralités. Si 1 on en croieSolin , il éleva Euripide à de grands hon-neurs , & le fit premier ministre detat. Ilmourut au bout de trois ans à la cour de ceprince, à 75 ans, dans la quatre-vingt-trei-zieme olympiade. Archélaiis le fit enterrermagnifiquement. Vitruve dit que fa tombeétoit en rase campagne , sur le confluent dedeux petites rivières. La foudre tomba dansla fuite fur le tombeau de ce poëte ; ce quifut regardé comme un accident glorieux ,parce qu'il n'y avoit eu que Lycurgue à quiune pareille chose fut arrivée.
Les Athéniens envoyerent une ambassadeen Macédoine pour avoir fes os, & ne pu-rent les obtenir ; mais ils lui dressèrent unsuperbe cénotaphe, qui subsistoit encore dutemps de Paufanias , & toute la ville priele deuil à la nouvelle de fa mort. Un de fesamis nommé Philémon en fut si touché, qu'ildéclara que s'il croyoit que les morts conser-vent le sentiment, comme quelques - unsl'assuroient, il fe pendroit pour aller jouirde la vue d'Euripide.
De quatre-vingt-douze tragédies qu'ilavoit compoíees, il ne nous en reste quedix-neuf, dont les éditions les pins estiméesfont celles d'Aide en iyoz, in- 8°; de Plan-tin , en 1/71 , in-i 6 -, & de Paul Etienne,en 1604 , in- 4 0 . Mais toutes ces éditionsont été effacées par celle de Cambridge,qu'a publiée en 1694, in-folio , le docte so-lfié Barnès. Il a joint dans cette édition desfcholies ; il a éclairci plusieurs choses pardes notes fort lavantes, & il a mis à latête une vie d'Euripide toute pleine d’éru-dition , & fort au-dessus de celle de Tho-mas Magister.
Les pieces d'Euripide íont pleines de sen-tences d'une excellente morale : autant devers , autant de maximes , selon Cicéron.Faut-il s'étonner après cela que cet illustreorateur eût toujours Euripide dans là poche ?les a Bassins qui le poursuivoient & qui letuerent, le trouvèrent lisant dans fa litieréla Mcdée d'Euripide. On peut néanmoinscondamner dans le poëte de Salamine l'uíà-ge un peu trop fréquent des aphorisme»philosophiques ; on a trouvé nommément