Qu’alors on s’en servit pour pallier leridicule de l’isiamisme.
Que l’application de la philosophie à larévélation engendra parmi les Mulfumansune espece de théofophisme le plus dé-testable de tous les systèmes.
Que les esprits aux yeux defquels lathéologie & la philosophie s’etoient dégra-dées par une aílòciation ridicule , inclinè-rent à l’athéisine : tels furent les Zende-kéens & les Dararianéens.
Q'j’on en vit éclore une foule de fana-tiques , de sectaires & d’imposteurs.
Que bientôt on ne fut ni ce qui étoitvrai , ni ce qui étoit faux , & qu’on fejetta dans le Scepticisme.
Les Motasalites difoient: Dieu est juste& sage ; il n’est point Fauteur du mal :l’homme fe rend lui-même bon ou mé-chant.
Les Al-lobariens difoient : l’hommen’est pas libre , Dieu produit en lui toutce qu’il fait : il est le seul être qui agisse.Nous ne sommes pas moins nécessitésque la pierre qui tombe & que l’eau quicoule.
Les AI-Naiarianens difoient que Dieuà la vérité faifoit le bien & le mal, Fhon-néte & le déshonnête ; mais que l’hommelibre s’approprioit ce qui lui convenoit.
Les Ai-Afsharites rapportoient toutà l’idée de l’harmonie universelle..
Que l’attachement fervil à la philoso-phie d’Aristote, étouffa tout ce qu’il yeut de bons esprits parmi les Sarrasins.
Qu’avec cela ils ne possédèrent en au-cun temps quelque traduction fidele de cephilosophe.
Et que la philosophie qui passa des écolesarabes dans celles des chrétiens, ne pouvoitque retarder le progrès de la connoissanceparmi ces derniers.
De la théologie naturelle des Sarra-sins. Ces peuples suivirent la philosophied’Aristote ; ils perdirent des siécles à dis-puter des catégories du syllogisme , del’analytique, des topiques, de Fart so-phistique. Or nous n’avons que trop parlédes sentimens de ces anciens. Voyei les
SAR
articles Aristotélisme & Péripaté-ticien. Nous allons donc exposer lesprincipaux axiomes de la théologie natu-relle des Sarrasins.
Dieu a tout fait & réparé ; il est assiz ,fur un trône de force & de gloire ; rienne résiste à fa volonté.
Dieu , quant à son essence, est un ,il n’a point de collègue ; singulier , il n’apoint de pareil ; uniforme , il n’a point decontraire; séparé, il n’a point d’intime ;ancien, il n’a rien d’antérieur ; éternel ,il n’a point eu de commencement ; per-durable , il n’aura point de sin ; constant,il ne cesse point d’ètre , il sera dans tousles siécles des siécles orné de ses glorieuxattributs.
Dieu n’est soumis à aucun décret quilui donne des limites, ou qui lui prescriveune fin ; il est le premier & le dernierterme ; il est au-dehors & en-dedans.
Dieu , élevé au-dessus de tout, n’estpoint un corps ; il n’a pas de forme, &n’est pas une substance circonscrite , unemesure déterminée ; les corps peuventse mesurer & se diviser. Dieu ne ressem-ble point aux corps. II semble , d’aprèsce principe, que les Musulmans ne sontni antropomorphites , 'ni matérialistes :mais il y a des sectes qui Rattachant pluslittéralement à l’alcoran , donnent à Dieudes yeux, des piés, des mains, des mem-bres , une tête, un corps. Reste à savoirs’il n’en est pas d’elles , comme des juifs& de nous: celui qui voudroit juger denos sentimens fur Dieu par les expres-sions de nos livres , & par les nôtres, setromperoit grossièrement. II n’y a aucunde nos théologiens qui s’en tiennent assezouvertement â la lettre , pour rendreDieu corporel ; & s’il reste encore parmiles fideles quelques personnes, qui , ac-coutumées à s'en faire une image , voientFéternel sous la forme d’un vieillard vé-nérable avec une longue barbe , ellesont été mal instruites, elles n’ont pointentendu leur catéchisme ; elles imaginentDieu comme il est représenté dans lesmorceaux de peinture qui décorent nostemples, & qui peut-être sont le pre-mier germe de cette espece de cor-ruption.