S A T
peindre , il grave à traits profonds , ilbrûle avec le fer.
Sa satyre X. est encore très-belle , sur-tout fendroit où il brise la statue de Sé-jan , après avoir raillé amèrement l’ambî-tion de ce ministre , & la sottise du peu-ple de Rome qui ne jugeoit que fur lesapparences.
Turba Rémi Jequiturfortunam,utsemper & odit.Damnacor.
C’en est aster fur les anciens satyri-ques romains j parlons a présent de ceuxde notre nation qui ont marché fur leurstraces.
Caractères des poètes satiriques fran-çais.
Régnier ( Mathurin ) natif de Char-tres , & neveu de l’abbé Defportes, futle premier en France qui donna des sa-tyres. Il y a de la fineslê & un tour aisédans celles q u'il a travaillées avec foin ;son caractère est aisé , coulant, vigou-reux. Del'préaux dit en parlant de cepoète:
Régnier seul parmi nous formé fur leurs modelés.Dans son vieux jiyle encore a des grâces nouvelles.
II est quelquefois long & diffus. Quandil trouve à imiter , il va trop loin , &son imitation est presque toujours unetraduction inférieure à son modele ; maisses vers font pleins de sens & de naïveté:Heureux !
Si du son hardi de ses rimes cyniquesII n’allarmoit souvent les oreilles pudiques.
Ce qu’on peut dire pour diminuer fafaute , c’est que ne travaillant que d’a-près les satyriques latins , il croyoit pou-v.ojr les suivre en tout , & s’imaginoitlicence des expressions étoit unaíuiíonnement dont leur genre ne pouvoitle palier.
Régnier est mort à Rouen en 1613 ,âgé de 4 0 ans - ,0" connoît l'épitaphepleine de naïveté qu’il a faite pour lui,& dans laquelle il s’est si bien peint :
J’ai vécu fans nul pensementMe laijjant aller doucementla bonne loi naturelle ;
Et Ji niétonne sort pourquoiLa mort daigna songer à moiQui ne songeai jamais en elle.
Jean de la Frenaye Vauquelin , publia
Tome XXX.
S A T irr
quelques satyres peu de temps avant lamort de Régnier ; mais comme il n’avoicni la force , ni le feu , ni le plaisant né-cessaire à ce genre de poème, il ne méritepas de nous arrêter.
Defpréaux ( Nicolas Boileau sieur )fleurit environ 60 ans après Régnier, &cfut plus retenu que lu>. ii savoit que l’hon-néteté est une vertu dans les écries commedans les mœurs. Son talent l’t mporta furson éducation : quoiqu’il íût fils , frere ,oncle , cousin, beau-frere de greffier „& que ses parens le destinastent à íuivrele palais, il lui fallut être poète , & quiplus est poète satyrique.
Ses vers sont forts , travaillés , harmo-nieux , pleins de choses ; tout y est faitavec un foin extrême, ii n a point lanaïveté de Régnier ; mais i! s’est tenu engarde contre ses défauts. Il est ferré, précisdécent, soigné par-tout, ne souffrant riend’inutile , ni d’obscur. Son plan de sa-tyre étoit d’attaquer les vices en général ,& les mauvais auteurs en particulier. Ilne nomme guere un scélérat ; mais il nefait point de difficulté de nommer unmauvais auteur qui lui déplaît , pour ser-vir d’exemple aux autres, & maintenir ledroit du bon sens L du bon goût.
Ses expressions sont justes , claires ,souvent riches & hardies. Il n’y a ni vui-de , ni superflu. O11 dit quelquefois mali-gnement le laborieux Defpréaux ; mais iltravailloit plus pour cacher son travail,que d’autres pour montrer le leur. Sesouvrages se font admirer par la justessede la critique , par la pureté du style &par la richesse de l’exprestion. La plupartde ses vers sont si beaux , qu’ils sont de-venus proverbes. II semble créer les pen-sées d’autrei, & paroît original lorsqu’iln’est qu’imitataur.
On lui reproche de manquer d’imigi-nation ; mais où la voit-on plus brillante,plus riche & plus féconde que dans sonpoème du Lutrin , ouvrage bâti fur lapointe d’une aiguille , comme le diioitM. de Lamoignon ; c’est un château enl’air, qui ne se soutient que par l’art &la force de l’architecte. On y trouve legénie qui crée , le jugement qui dispose ,l’imaginaúon qui enrichit, la vertu qui