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de ce qu’on appelle curiosités ; la vanitéde posséder une piece rare & unique , faitsouvent mettre en usage toutes sortes deruses & d’artifices pour en imposer. De-là sont venus ces catalogues informes ,où des médaillés qui n’ont d’autre qualitéque d’avoir été frappées par des faussaires& par des ignorans , sont décrites avecde pompeux éloges. De-là ces interpréta-tions arbitraires qui vont quelquefois jus-qu’à renverser les points d’histoire les plusconstans. De-là cette confusion & ce mé-lange dans les cabinets, & dans les livres ,des médaillés fausses avec les vraies, oudes modernes avec les antiques. De-làenfin , mille inconvéniens que l’on décou-vre à chaque instant dans l’étude &. dansla recherche des médaillés ; car cette va-nité s’étant une fois emparée de l’esprit ,on ne s’en est point tenu au vrai, on acouru après le merveilleux. Chacun avoulu que fa collection fût plus singulièreque celle d’un autre , ou du-moins qu’ellepassât pour telle. Pour y parvenir , on atout fait valoir, on a tout loué, on a toutadmiré,
II est donc essentiel à un amateur deces monumens ant.ques, d’être en étatde juger par lui-même du mérite de cha-que piece , & de ne point se laisser séduireaux pompeuses descriptions qu’il entendrafaire , soit au nouvel acquéreur d’une mé-daille , soit à celui qui cherche à en ven-dre. Souvent, après avoir examiné ce qu’onlui vantoít avec tant d’emphase , il trou-vera que c'est un coin moderne ; que lamédaille est fausse ou réparée. Mais fuppo-sons-la antique & légitime, elle fera peut-être inutile pour l’histoire , il ceíîera pourlors d’admirer cette médaille ; & ayantcessé de l’admirer , il cessera bientôt derechercher ce qu’il ne désirolt ardemment,que faute de le bien connoître. C’est en-core un nouvel avantage pour le giandnombre des gens de lettres, à qui la na-ture a donné de la facilité pour les scien-ces , plus que la fortune ne leur a procuréde secours pour les acquérir.
Les vains curieux qui ne joignent augoût qu’ils ont pour les médailles , ni unecertaine connoissance de 1 histoire , ni lalecture des ouvrages de f antiquité, n’esti-
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ment communément les médailles , qssâproportion de leur rareté ; & cette raretédépend souvent ou du caprice , ou de lamauvaise foi de ceux qui ont fait imprimerdes catalogues de médailles , quelquefoisde la beauté feule & de la conservationde la médaille , & presque toujours duhazard qui a permis qu’on ait découvertun trésor antique plutôt ou plus tard.
Au contraire, celui qui n’envisage lesmédailles qu’en homme de lettres, c'est-à-dire , qui n’en mesure le prix que surfutilité, ne préféré en médailles , quecelles qui servent à découvrir quelque faitnouveau , ou à éclaircir quelque pointobscur de l’histoire. Une médaille quiporte une date intéressante, ou qui fixeune époque de quelque conséquence , estplus précieuse pour lui que les Corneliasupera , les Tranquillines , & les P esc en-mus.
Ce n’est pas que nous voulions con-damner les gens qui n'épargnent rien pourrecueillir toutes les têtes des personnagesillustres de l’antiquité ; nous avouons queles médailles ne scroient pas dépouillées detout prix , quand même elles ne iervi-roient qu’i nous conserver les portraitsdes grands hommes ; mais ce n’est pointlà ce qui doit les faire principalement re-chercher par un homme de lettres. Si unemédaille de Pescennius ne porte aucunedate particulière ; si elle n’apprend aucunfait d’hiíloire , & qu’elle ne nous présentequ’un portrait, il est indifférent à celuiqui veut devenir savant, que cette piecerare soit entre ses mains, ou entre cellesd’un autre. Tout le monde convient del’existence de Pescennius. Le curieux quipossede la médaille , n’en est pas plusaííùré qu’un autre. L’homme de lettresvoudroit fixer précisément le temps où ceprince a vécu ; il voudroit apprendre quel-que circonstance particulière de fa vie: sila médaille ne peut l’instruire de ce qu’ilcherche , il est presque inutile qu’ill’ait vue.
Voilà la vraie maniéré dont on doit en-visager les médailles , sans les estimer nîchacune en particulier ni toutes en géné-ral , au-dela de futilité dont elles sontréellement. Gardons-nous fur-tout, d’im».