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Tome trentième.
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de la colle de poisson , peut-étre aussi lascie ; je dis peut-être , car les uns en don-nent l’honneur à son neveu , & les autresà kii-même. Avec ces secours, doué d’unheureux génie & d’une adresie merveil-leuse , il lit des ouvrages de sculpture &de serrurerie, qui parurent des prodigesaux Grecs d’alors :

Dctdalus ingemo sabra celeberrimus artìs.aux Grecs d’alors, je veux dire aux Grecsencore ignorans & grossiers. Avant luiles statues grecques avoient les yeux fer-més , les bras pendans , & comme collésle long du corps, les pies joints, riend’a-nimé , nulle attitude , nul geste ; c’étoientpour la plupart des figures quarrées &informes qui se terminoient en gaîne. Dé-dale donna aux siennes des yeux , des piés,& des mains ; il y mit en quelque façon del’ame & de la vie; les unes sembloient mar-cher , les autres s’élancer , les autres cou-rir. Aussi - tôt la renommée publia queDédale faisoit des statues étonnantes quiétoient animées, qui marchoient , dixsiécles après lui , on parloir encore de sesouvrages, comme d’effets les plus fur-prenans de l’industrie humaine. C’eít auffil’idée que nous en donnent Platon & Aris-tote ; au rapport de I’un, dans ses politi-ques, Uvre premier , les statues de Dé-dale alloient & venoient ; & au rapportde l’autre dans son Menon , il y en avoirde deux sortes; les unes qui s’enfuyoient,si elles n’étoient attachées , les autres quidemeuroient en place. Les fuyardes ,ajoute -1 il, semblables à de mauvais escla-ves, coûtoient moins ; les autres étoient& plus estimées & plus cheres. Tout celaveut dire , je pense , que soit par des res-sorts cachés , soit par le moyen d’un peude vif argent coulé dans la tête & dans lespies de ses statues, Dédale les rendoitsusceptibles de quelque mouvement; maisaprès tout, c’étoient-là des jeux d’enfans ,que les statuaires qui vinrent ensuite mé-prisèrent avec raison.

Nous ne voyons point que ni Phidias ,ni Praxitèle, ni Lysippe, pour faire ad-mirer leurs ouvrages, aient eu recoursà ce badinage, qui peut en imposer auxsimples, ma,s qui est incompatible avecle beau & le noble, auquel tout grand

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artiste doit aspirer. Je suis donc persuadéque Dédale duc une bonne partie de faréputation à la grossièreté de son siecle, &que ses statues dont les Grecs se montrè-rent si jaloux dans la fuite , étoient moinsrecommandables par leur beauté , que parleur antiquité. D’ailleurs , ces premiersmonumens, d’un art admirable , étoienten effet très - curieux ; & il y avoit duplaisir à voir par quels degrés la Sculptureavoit passé de si foibles eommencemens,à une si haute perfection. Au reste , Pla-ton lui-même a porté le même jugementde Dédale ; nos statuaires , disoit-il, serendroient ridicules , s’ils faisoient au-jourd’hui des statues comme celles de Dé-dale ; & Pausanias qui en avoit vu plu-sieurs dans ses voyages , avoue qu’ellesétoient choquantes , quoiqu’elles eussentquelque chose qui frappoit & qui scntoirPhomme inspiré.

Cependant, on ne peut disconvenir queDédale n’ait été sauteur & le fondateurde l’école d’Athènes; école qui dans lafuite devint si savante , si célébré , & quifut pour la Grece comme une pépinièred’excellens artistes ; car Dípenus & Scy 1-lis , les premiers disciples de Dédale , &peut-être ses fils, eurent des élevés quisurpassèrent de beaucoup leurs maîtres ,& qui furent surpassés à leur tour par leurspropres disciples : ainsi les Phidias , lesAlcamenes , les Scopas , les Praxiteles ,les Lysippes , tant d’autres grands sta-tuaires , qui remplirent la Grece de sta-tues admirables, deícendoient, pour par-ler ainsi , de Dédale , par une efpece defiliation ; c’est-à-dire , que de maître enmaître , ils faisoient remonter leur artjusqu’à lui. Dipœnus & Scillis laissèrentaprès eux un grand nombre d’o’uvrages ,dont il faut porter à-peu-prés le mêmejugement que de ceux de Dédale. Pontlui , il ne put pas enrichir fa patrie debeaucoup de monumens, parce qu’ayantcommis un crime capital , il fut obligé dese sauver , & d’aller chercher sa sûretédans une terre étrangère. Voici quel futson crime.

II avoit parmi ses éleves son propreneveu, fils de Perdix fa sœur ; on le nom-moit Çalus } & ce jeune homme marquoic