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u II faut s’attacher au sens que les motsexcitent naturellement dans notre esprit ,quand nous ne sommes point prévenus &que nous sommes dans l’état tranquille dela raison: voilà le véritable sens littéral fi-guré ; c’est celui-là qu’il faut donner auxloix, aux canons, anx textes des coutumes,& même à l’Ecriture- sainte.
“ Quand J. C. a dit, Luc ix , Si. celui quimet la main à la char rue &qui regarde derrierelui, tíeft point propre pour le royaume de Dieu,on voit bien qu’il n’a pas voulu dire qu'unlaboureur qui en travaillant tourne quel-quefois la tête, n’eít pas propre pour leciel ; le vrai sens que ces paroles présententnaturellement k l’esprit, c’est que ceux quiont commencé à mener une vie chrétienne& à être les disciples de J % efus-Christ , nedoivent pas changer de conduite ni de doc-trine , s’ils veulent être sauvés : c’est donclà un sens littéral figuré. II en est de mêmedes autres passages de l’évangile , où Jefus-Çhrist dit, Math. v. 39 , de présenter la
! oue gauche à celui qui nous a frappé fura droite , &, ib. zg. 30. de s’arracher laNiait, ou l’cciì qui est un sujet de scandale:il faut entendre ces paroles de la mêmetnaniere qu’on entend toutes les expressionsmétaphoriques & figurées ; ce ne feroitPas leur donner leur vrai sens, que de lesentendre selon le sens littéral pris à la ri-gueur ; elles doivent être entendues félonla seconde sorte de sens littéral, qui réduitJoutes ces façons de parler figurées a leuriuste valeur, c’est-à-dire ,au sens quellesavoient dans l’esprit de celui qui a parlé ,& qu’elles excitent dans l’esprít de ceuxqui entendent la langue où i’expreflion fi-gurée est autorisée par l’usage. Lorsque nousdonnons au blé le nom. de Cérès, dit Gicéron,àenat. deor. lib . III. n v . qi. c) ///r. xvj. & auVin le nom de Bacchus, nous nous servonsd’une façon de parler usitée en notre langue ,6 pe sonne n'ejl ajse ^ dépourvu de fins pourprendre ces paroles à la rigueur de la let-tre. ...
u II y a souvent dans le langage deshommes un sens littéral qui est caché,&que les circonstances des choses décou-vrent : ainfi il arrive souvent que la mêmeProposition a un tel sens dans la bouche° u dans les écrits d un certain homme, &.
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qu’elîe en 2 un aune dans les discours &dans les ouvrages d u n autre homme jmais il nc faut pas legerement donner dessens désavantageux aux pa oies de ceuxqui ne pensent pas en fout comme nous jil faut que ces sens cachés soient h facile-ment développés par les circonstances ,qu’un homme de bon Jens qui n’esl pasprévenu ne puiste pas s’y méprendre. Nospréventions nous rendent toujours injustes,& nous font souvent prêter aux autres dessentiment qu’ils détestent aussi sincèrementque nous les détestons.
Au reste , je viens d’observer que !esenslittéral figuré est celui que les paroles exci-tent naturellement dans l’esprit de ceuxqui entendent la langue oùl’expression figu-rée est autorisée par l’usage: ainfi pour bienentendre le véritable sens littéral d un au-teur, il ne suffit pas d’entendre les motsparticuliers dont il s’est servi, il faut encorebien entendre les façons de parler usitéesdans le langage de cet auteur ; fans quoi ,ou l’on «'entendra point îe passage, ou l’ontombera d?ns des concre-sns. Eu françois,donner parole, veut àim promettre q en latin,verba dare, signifie tiomper: pxnas da: ealicui, ne veut pas dire donner de la peineh quelqu'un , lui faire de la peine, il veutdire au contraire, être puni par quelqu'un ,lui donner la satisfaction qu’il exige de nous,lui donner notre supplice en paiement,comme on paie une amende. Qnawd Pro-perce dit à Cinthic , dabis miht pa sida pat \nas, II. eleg. v. 3. il ne veut pas dire , per-fide, vous m’alle^ causer bien des tour mens ,il lui dit au contraire, qu’il la fera repentirde fa perfidie. Perfide , vous mt le paicrevoilà peut-être ce qui répond le plus exac-tement au dabis mihi pœnas de Properce.
II n’est pas possible d’entendre le senslittéral de l'Ecriture sainte, si l’on n’a au-cune connoiíTance des hébraïfmes & deshéllénismes , c’est à-dire , des faccns deparler de la la- gue hébraïque & de la languegrecque. Lorsque les interprètes traduisentâ la rigueur de la lettre, ils rendent lesmots & non le véritable sens. De là vientqu ìly a, par exemple, dans les pfeaumes,plusieurs versets qui ne font pas intelligi-bles en latin. Montes Dei, ps35> ne vêtitpas dire des montagnes consacrées à Dieu.
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