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Tome trentième.
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nos sensations , en même tèmps qu’elle en

est ì’objet. . ?

Une antre conséquence qui n’est pasmoins naturelle, c’est qti’il arrive de là quenos sensations font !a preuve la plus con-vaincante que nous ayons de l’existence dela matière. C’est par elles que Dieu nousavertit de notre existence; car quoiqueDieu soit la cause uni ver] elle & immédiatequi agit sur notre a me , sur laquelle, quandon y pense, on voit bien que la matièrene peut agir réellement & physiquement ;quoiqu’il suffise des feules Jensatons quenous recevons à chaque moment, pourdémontrer qu'ij y a hors de nous un espritdont le pôuvoír est infini ; cependant laraison pour laquelle cet esprit tout puissantassujettit notre ame à cette suite íi variée,mais st réglée, de perceptions confuses,qui n'on t que des mouvemens pour objet,cette raison ne peut être prise d’aillcurs ,que de ces mouvemens mêmes, qui arriventen effet dans la matière actuellement exis-tante ; & le but de l’esprit infini, qui n’agítjamais au hasard , ne petit être autre , quede nous manifester i’existence de cettematière avec ces divers mouvemens. II n’ya point de voie plus propre pour nous ins-truire de ce fait. L’idée seule de la matière,nous dícouvriroit bien sa nature , mais nenous apprendroit jamais son existence ,puifqu’il ne lui est point essentiel d’exister.Mais supplication involontaire de notreame à cette idée, revêtue de celle d uneinfinité de modifications & de mouvemenssuccessifs, qui ibnt arbitraires & accidentelsà cette idée, nous conduit infailliblementà croire qu’elle existe avec routes ses diver-ses modifications. U'ame conduite par lecréateur dans cette fuite réglée de percep-tions , est convaincue qu’il doit y avoir uninonde matériel hors d’elle , qui soit lefondement, la cause exemplaire de cetordre, 5c avec lequel ces perceptions ayantun rapport de vérité. Ainsi, quoique dansl’iminc-nse variété d’objets que les sens pré-sentent a notre esprit, Dieu seul agiííèlur notre esprit,_ chaque objet sensible avectoureS ses propriétés, peut passer pour lacause de 1 à sensation que nous en avons,parce qu’il est la raison suffisante de cetteperception , & le fondement de sa vérité.

S E N

Sî vonS m’en demandez fa raison , ftvous répondrai que c’est ,

i 0 . Parce que nous éprouvons dans milleoccasions qu’il y a des sensations qui entrentpar force dans notre ame, tandis qu’il yen a d’autres dont nous usons librement,soit en les rappelant, soit en les écartant,leion qu’il nous en prend envie. Si à midi jetourne les yeux vers le soleil , je ne sauroiséviter de recevoir les idées que la lumièredu soleil produit aìurs c-n moi : au lieu quesi je ferme los yeux, ou que je fois dansune chambre obscure, je peux rappelerdans mon esprit quand jc veux les idées dela l umière ou da soleil , que des sensationsprécédentes avaient placées dans ma mé-moire ; & que je peux quitter çes idées,quand je veux, pour me fixer à l’odeurd’unc rose , ou au goût du sucre. I! estévident que cette diversité de voies parlesquelles nos sensations s’introduisent dansl ame, suppose que les unes font produitesen nous par la vive irnp.eiiion des objetsj extérieurs , impression qui nous maîtrise ,j qui nous prévient, &: qui nous guide degré ou de foi ce ; & les autres par le sim-; ple\fouvenir des impressions qu’on a dejarestent'es. Outre cela i! n’y a personne »qui r.e sente en elle- même la différence quiíe trouve entre contempler le o n., selonqu’il en a l’idée dans fa mémoire , & Dregarder actuellement : deux choses , dontla perception est si distincte dans l’eíprit,que peu de fes idées font plus distinctes lesunes des autres. 11 reconnoît donc certai-nement qu’elles ne font pas toutes deuxun effet de fa mémoire, ou des productionsde son esprit, ou de pures fantaisies for-mées en lui-meme ; mais que la vue dusoleil est produite par une cause.

Parce qu’il est évident que ceux quifont destitués des organes d’un certainlens, ne peuvent jamais faire q me les idéesqui appartiennent à ce sens, soient actuel-lement produites dans leur esprit. C’estune visité fi manifeste , qu’on ne peut larévoquer en doute ; & par conséquent,nous ne pouvons douter que ces percep-prions ne nous viennent dans l’efpric p afles organes de ce sens, & non par aucunsautre voie : il est visible que les organes