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r.e les produisent pas ; car fi cela e'toit,les yeux d’un homme produiroient descouleurs dans les ténèbres, & son nez sen-tiroic des roses en hiver. Mais nous nevoyons pas que personne acquière legoûtdes ananas , avant qu’il aille aux Indes où setrouve cet excellent fruit, & qu’il engoûte actuellement.
3 °. Parce que le sentiment du plaisir &de la douleur nous affecte bien autrement,que le simple souvenir de l’un & de l’autre.Nos sensations nous donnent une certitudeévidente de quelque chose de plus, qued’nne simple perception intime : & ce plusest une modification , laquelle, outre uneparticulière vivacité de sentiment, nous,exprime l’idée d’un être qui existe actuel-’iement hors de nous ,. & que nous appe-lons corps. Si le plaisir ou la douleur n’é-toient pas occasionnés par des objets exté-rieurs , le retour des mêmes idées devroittoujours être accompagné des mêmes jen-sattons , Or cependant cela n'arrive point ;nous nous ressouvenons de la douleur quecause la faim , la soif, & le mal de tête ,sans en ressentir aucune incommodité ;nous pensons aux plaisirs que nous avonsgoûtés, fans être pénétrés ni remplis pardes senti mens délicieux.
4°. Parce que nos sens, en plusieurs cas,se rendent témoignages l’un à l’autre de lavérité de leurs rapports touchant l’exis- ■tence des choses sensibles qui font hors denous. Celui qui voit le feu , peut le sentir;& s’il doute que ce ne soit autre chosequ’une simple imagination , il peut s’enconvaincre en mettant dans le feu ía proprewain, qui certainement ne pourroit jamaisressentir une douleur si violente à l’occa-sion d’une pure idée ou d’un simple fan-tôme ; à moins que cette douleur ne soitelle-même une imagination, qu’i! ne pour-roit [iourtant pas rappeler dans son esprit,en se représentant l’idée de la brûlure aprèsÇu’elle a été guérie.
Ainsi , en écrivant ceci, je vois que jepuis changer les apparences du papier,fit en traçant des lettres, dire d’avancedélits nouvelle idée il présentera à l’èspritfians le moment suivant, par le moyen dequelques traits que j’y ferai avec la plume ;^ris j’aurai beau imaginer CCS traits, ilsTome XXX .
j ne paroitront point, si ma main demeureJ en repos, ou si je forme les yeux , en! remuant ma main : ces caractères une foistracés fur le papier , je ne puis plus éviterde les voir tels qu’ils font, c’est-à-dire ,d’avoir les idées de telles lettres que j’aiformées. D’où il s’ensuit visiblement quece n’est pas un jeu de mon imagination,puisque je trouve que les caractères quiont été tracés selon la fantaisie de monesprit, ne dépendent plus de cette fantaisie,& ne cessent pas d’être , dès que je viens áme figurer qu’ils ne font plus ; mais qu’aucontraire ils continuent d’affecter messens constamment & régulièrement*, selonla figure que je leur ai donnée. Si vousajoutez à cela, que la vue de ces carac-tères fera prononcer à un autre hommeles memes sons que je m’étois proposéde leur faire signifier, on ne pourra douterque ces mots que j’écris , n’existent réelle-ment hors de moi, puisqu’ils produisentcette longue fuite de sons réguliers doncmes oreilles font actuellement frappées ,lesquels ne sauroient être un effet de monimagination , & que ma mémoire ne pour-roit jamais retenir dans cet ordre.
Parce que s’il n’y a point de corps ,je ne conçois pas pourquoi ayant songédans le temps que j’appelle veille , quequelqu’un est more, jamais il ne m’arriveraplus de songer qu’il est vivant, que jem’entretiens & que je mange avec lui ,pendant tout le temps que je veillerai, ôcque je ferai en mon bon sens. Je ne com-prends pas austì , pourquoi ayant com-mencé à longer que je voyage, mon éga-rement enfantera de nouveaux chemins,de nouvelles villes, de nouveaux hôtes,de nouvelles maisons ; pourquoi je necroirai jamais me trouver dans le lieud'où il semble que je sois parti. Je ne fai pasmieux comment il se peut faire qu’encroyant lire un poème épique, des tragédies& des comédies, je fasse des vers excellens,& que je produise une infinité de belles pen-sées , moi dont l’esprit est si stérile & sigrossier dans tous les autres temps. Ce qu’ily a de plus étonnant, c’est qu’il dépend demoi de renouveller toutes ces merveilles »quand il me plaira. Que mon esprit soitbien disposé ow non, il n’en pensera pas