DU SYSTEME DU MONDE. 33 7
à sa réputation, par les vains efforts de ceux qui cherchent à l’imi-ter. Les sciences, au contraire, sans bornes, comme la nature,s’accroissent à l’infini, par les travaux des générations successives :le plus parfait ouvrage, en les portant à une hauteur d’où elles nepeuvent désormais descendre, donne naissance à des découvertesqui les élèvent au-dessus, et prépare ainsi des ouvrages qui doiventl’effacer. D’autres présenteront sous un point de vue plus généralet plus simple, les théories exposées dans le livre des principes,et toutes les vérités qu’il a fait éclore; mais il restera comme unmonument éternel de la profondeur du génie qui nous a révélé laplus grande loi de l’univers.
Cet ouvrage, et le traité non moins original du même auteur surl’optique, ont encore le mérite d’être les meilleurs modèles que l’onpuisse se proposer dans les sciences, et dans l’art délicat de faire lesexpériences, et de les assujétir au calcul. On y voit les plus heu-reuses applications de la méthode qui consiste à s’élever par unesuite d’inductions, des principaux phénomènes aux causes, et àredescendre ensuite de ces causes, à tous les détails des phénomènes.
Les loix générales sont empreintes dans tous les cas particuliers ;mais elles y sont compliquées de tant de circonstances étrangères ,que la plus grande adresse est souvent nécessaire, pour les faireressortir. 11 faut choisir ou faire naître les phénomènes les pluspropres à cet objet, les multiplier pour en varier les circonstances,et observer ce qu’ils ont de commun entr’eux. Ainsi, l’on s’élèvesuccessivement à des rapports de plus en plus étendus, et l’onparvient enfin aux loix générales que l’on vérifie, soit par despreuves ou par des expériences directes , lorsque cela est possible,soit en examinant si elles satisfont à tous les phénomènes connus.
Telle est la méthode la plus sûre qui puisse nous guider dans larecherche de la vérité. Aucun philosophe n’a été plus que Newton,fidèle à cette méthode : elle l’a conduit à ses découvertes dans l’ana-lyse , comme elle l’a fait parvenir au principe de la pesanteur uni-verselle, et aux propriétés de la lumière. Les savans anglais con-temporains de Newton, l’adoptèrent à son exemple; et elle fut labase d’un grand nombre d’excellens ouvrages qui parurent alors.Les philosophes de l’antiquité, suivant une route contraire, et se
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