558
EXPOSITIONplaçant à la source de tout, imaginèrent des causes générales pourtout expliquer. Leur méthode qui n’avoit enfanté que de vainssystèmes, n’eut pas plus de succès entre les mains de Descartes. Autemps de Newton; Leibnitz, Malebranché et d’autres philosophesl’employèrent avec aussi peu d’avantage. Enfin, l’inutilité des hypo-thèses qu’elle a fait imaginer, et les progrès dont les sciences sontredevables à la méthode des inductions, ont ramené les bons esprits,à cette dernière méthode que le chancelier Bacon avoit établie avectoute la force de la raison et de l’éloquence, et que Newton a plusfortement encore, recommandée par ses découvertes.
C’est au moyen de la synthèse, que ce grand géomètre a exposésa théorie du système du monde. Il paroît cependant, qu’il avoittrouvé la plupart de ses théorèmes, par l’analyse dont il a consi-dérablement reculé les limites, et à laquelle il convient lui-même,qu’il étoit redevable de ses résultats généraux sur les quadratures.Mais sa prédilection pour la synthèse, et sa grande estime pour lagéométrie des anciens, lui firent traduire sous une forme synthé-tique , ses théorèmes et sa méthode même des fluxions ; et l’on voitpar les règles et les exemples qu’il a donnés de ces traductions, dansplusieurs ouvrages, combien il y attachoit d’importance. On doitregretter avec les géomètres de son temps, qu’il n’ait pas suivi dansl’exposition de ses découvertes, la route par laquelle il y étoit par-venu, et qu’il ait supprimé les démonstrations de plusieurs résultats,tels que l’équation du solide de moindre résistance, préférant leplaisir de se faire deviner, à celui d’éclairer ses lecteurs. La connois-sance de la méthode qui a guidé l’homme de génie, n’est pas moinsutile au progrès des sciences, et même à sa propre gloire, que sesdécouvertes ; et le principal avantage que l’on a retiré de la fameusedispute élevée entre Leibnitz et Newton, touchant l’invention ducalcul infinitésimal, a été de faire connoître la marche de ces deuxgrands hommes, dans leurs premiers travaux analytiques.
La préférence de Newton pour la synthèse , peut s’expliquerpar l’élégance avec laquelle il a pu lier sa théorie des inouve-mens curvilignes, aux recherches des anciens sur les sectionsconiques, et aux belles découvertes qu’Huyghens venoit de pu-blier suivant cette méthode. La synthèse géométrique a d’ailleurs,