Band 
Tome trente-deuxième.
Seite
84
JPEG-Download
 

84 S U P

souverain à l’abri de toute domination étran-gère , & qn’il n’y eût qu’un seul chestdansrétat’? Mais s'il ri y a point de barrière

au pouvoir du souverain .Hé quoi !

ne nous reste-t-il pas des lois fondamenta-les & des corps intermédiaires ? H s’ensui-vroit donc une réforme générale dans lecorps dévoué au culte religieux. Maisseroit-ce un malheur qu’un corps trop puislàntperdît quelque chose , íì tant d’autres dé-voient y gagner ? Tandis qn’il resterait uneextrême considération pour Ifes richestês,le commerce tiendroit les autres états enéquilibre ; la noblesse ne prévaudrait pas ;les tribunaux se rempliraient d’excellenssujets, qui ne font pas toujours tels dansTordre ecclésiastique : au lieu de ces dis-cussions théoiogiques , qui tourmentent lesesprits fans affermir la religion , Tapplica-tion íe tournerai t vers les matières de droitpublic ; on s’éclaireroit fur les véritablesintérêts de la nation : cette fourmilière, quise jete dans les bas emplois de la magistra-ture & de Téglise , peuplerait les campa-gnes & les aitelicrs ; on s’occuperoit dutravail des mains, beaucoup plus naturelà Thomme que les trayaux de l’efprit. IIne faudrait qu’adoncir la condition du peu-ple , pour l’accoutumer insensiblement àcette amélioration.

3°. Les rois ont tant d’intérêt à arrê-ter les progrès du fanatisme ; s’il leur futquelquefois utile , ils ont eu tant de rai-sons de s’en plaindre , qu’on ne peut assezdemander comment ils osent traiter avecun ennemi si dangereux. Tous ceux qui s’oe-cupent à le détruire , de quelque nomodieux qu’on les appelle , font les vrais ci-toyens qui travaillent pour l’intéí ét du prince& la tranquillité du peuple. I/elprit philo-sophique est le grand pacificateur des états;c’est peut-être dommage qu’on ne lui donnepas de temps en temps un plein pouvoir,les Sintoïstes , secte du Naturalisme auJapon , regardent le sang comme la plusgrande de toutes les souillures; cependantles prêtres du pays les détellent & les dé-crient , parce qu ils ne prêchent que la rai-son & la vertu , sans cérémonies.

Un peu de tolérance & de modération ;sur-tout ne confondez jamais un malheur( tel que ì’mercdulité) avec un crime qui est

S U P

toujours volontaire. Toute l’amertume duzele devrait se tourner contre ceux quicroient & réagissent pas ; les incrédulesresteraient dans l’oubli qu’ils méritent , &qu’ils doivent souhaiter. Punissez à la bonneheure ces libertins qui ne secouent la reli-gion , que parce qu’ils font révoltés contretoute efpece de joug,qui attaquent les mœurs& les lois en secret & en publi c : punissez-les,parce qu’ils déshonorent & la religion oùils font nés , &í la philosophie dont ils sontprofession: poursiiivez-les comme les enne-mis de Tordre & de la société ; mais plai-gnez ceux qui regrettent de n’étre pas per-suadés. Eh , nfost-ce pas une assez grandeperte pour eux que celle de la foi , fansqu’on y ajoute la calomnie & les tribula-tions / Qu’il ne soit donc pas permis à lacanaille d’insulter la maison d’un honnêtehomme à coups de pierre , parce qu’il estexcommunié : qu’il jouisse encore de l’ean& du feu , quand on lui a interdit le paindes fidèles: qu’on ne prive pas son corpsde la sépulture , sous prétexte qu’il n’estpoint mort dans le sein des élus ; cn un mot,que les tribunaux de la justice puissent ser-vir d’asyle au défaut des autels.... Quelleindinne licence , dites-vous , va faire tom-ber la religion dans le mépris ’!.... Est-cequ’ello se soutient sur des bras de chair ?Voudriez-vous la faire regarder comme uninstrument de politique ? N’en appeliezdonc plus des décrets des hommes à T auto-rité divine, & soumettez-vous le premier àune puifiànce de qui vous tenez la vôtre ;mais plutôt faites aimer la religion , enlaistant a chacun ia liberté de la suivre.Prouvez la vérité par vos œuvres , & nonpar un étalage de faits étrangers à la morale,& moins conféquens que vos exemples;soyez doux & pacifiquesvoilà le triom-phe assuré à la religion , & l e chemincoupé au fanatisme.

Ajouterons-nous, d’après un auteur an-glois, que » le fanatisme est très-contraire» à l’autorité du sacerdoce ? En effet, por-„ tés dans leurs extases à la source même» do la lumière , loin de reconnoître les» lois de Téglise , les fanatiques s’érigent„ eux-mêmes en législateurs, & publient» tout haut les secrets de la divinité , au» mépris des traditions & des formes re-