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Tome trente-deuxième.
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S Y L

Jnettre à couvert de l’illusion des fophif-

mes.

Au reste , dans tout ce que je viens dedire, je ri’ai garde de blâmer ceux qui s’ai-dent des réglés syllogistiques pour décou-vrir la vérité. II y a des yeux qui ont besoinde lunettes pour voir clairement & distinc-tement les objets ; mais ceux qui s’en ser-vent , ne doivent pas dire pour cela quepersonne ne peut bien voir sans. lunettes.

On aura raison de juger de ceux qui en usentainsi , qu ils veulent un peu trop rabaisserla nature en faveur d’un art auquel ils sontpeut-être redevables. Lorsque la raison estferme & accoutumée à s’exercer, elle voitplus promptement & plus nettement parfa propre pénétration , que lorsqu’elle estoftus;uée , retenue & contrainte par lesformes syllogistiques. Mais si l'usage de cetteespece de lunettes a si fort offusqué la vued’un logicien , qu il ne puisse voir sans leursecours , les conséquences ou les inconsé-quences d’un raisonnement, on auroit tortde le blâmer parce qu il s’en sert. Chacun.conno'it mieux qu’aucun autre ce qui con-vient le mieux à sa vue ; mais qu’il ne con-clue pas de-là, que tous ceux qui n’em-ploient pas justement les mêmes secoursqu’il trouve lui être nécessaires , font dansles ténèbres ; quoique, à dire le vrai , ilparoisse assez plaisant, que la raison soitattachée à ces mots barbara , celarear ,dar'u , serio , &c. qui tiennent tant soitpeu de la magie , & qui ne sont guere d’un

Í ìIus grand secours à l’entendement, qu’ilsont doux à Toreille. 11 a été fans doutepermis à M. de Gravesande , de vouloirapprendre aux hommes, à parler & à pen-ser d’une maniéré juste & précise , par unf erta '" arrangement de lettres de l’alpha-- et- • M - ais d seroit fort injuste à lui de trou-yer mauvajs qu’on se moquât d’une mé-thode li extraordinaire. Je pense, dit uncritique moderne , que ces préceptes fi gu -roient fort bien dans le Bourgeois Gentil-}iomme ; il me semble ouïr M. Jourdain ,a e e,a o o, o a ó , e i o, e a e , e a o. Qùecela est beau! que cela est savant! La façond’apprendre aux hommes à raisonner estbien sublime & bien élevée.

Montagne ne se contente pas de mépri-ser , ainsi que Lobe , les réglés de l’argu-Jomc XXXII:

S Y t fco-ï

mentation ; il prétend que la logique ordi-naire ne sert qu’à former des pédans crottés& enfumés. », La plus expresse marque ,„ dit-il, de la sagesse, c’est une jouissance», constante; son état est comme des cho-», fes au-dessus de la lune, toujours serein.», Ces baroco & baralipton qui rendent»» leurs suppôts ainsi crottés & enfumés, ce»» n’esl pas elle , ils ne la connoistènt que», par oui dire , comme elle fait état de», seréner les tempêtes de l’ame & d’ap-», prendre a rire la faim & les fievres, non», par epicyles imaginaires, mais par rai-», sons naturelles & probables»,. Si Mon-tagne avoit vu les a a & les o o du pro-fesseur hollandois, fans doute qu’il en eûtdit ce qu’il a dit des baroco & des bara-lipton.

Ensin pour terminer ce que j’ai à direfur le syllogisme , je dirai qu’il est principa-lement d’usage dans les écoles , où l’on n’apas honte de nier la convenance manifestedes idées, ou bien hors des écoles à l’égardde ceux qui, à l’occasion & à l’exemple dece que les doctes n’ont pas honte de faire,ont appris aussi à nier fans pudeur la con-nection des idées qu’ils ne peuvent s’empê-cher de voir eux-mêmes. Pour ceux quicherchent sincèrement la vérité , ils n’ontaucun besoin de ces formes syllogistiques,pour être forcés à reconnoître la consé-quence , dont la vérité & la justesse pa-roissent bien mieux en mettant les idéesdans un ordre simple & naturel. De-là vientque les hommes ne font jamais des syllo-gismes en eux-mêmes lorfqu’ils cherchentTa vérité ; parce qu’avant de pouvoir met-tre leurs pensées en forme lyllogistique ,il faut qu’ils voient la connection qui estentre l’idée moyenne & i.les deux autresidées auxquelles elle est appliquée,pour fairevoir leur convenance ; & lorfqu’ils voientune fois cela,ils voient si la conséquence estbonne oiij mauvaise ; & par conséquent lesyllogisme vient trop tard pour l’établir.

vice desraison-nemens captieux, par lesquels on voudroitnous embarrasser & nous surprendre , &dont la fausseté se dérobe sous l’éclat bril-lant ct une figure de rhétorique, & d’une

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