ì 6 o SYN
& qu’il ne s’agit, pour en établir les déci-sions fur cet objet, que d’en extraire avecintelligence les preuves répandues dans nos 'ouvrages les plus accrédités & les plus di-gnes de l’être. Ce n’est pas non plus unechose qui appartient en propre à notreidiome. M. Gottsched vient de donner( 17^8 , d Leipj'ick ) des observations furi’ujuge & V abus de plusieurs termes & façonsde parler de la langue allemande : elles font,dit M. Roux, (annales typogr. Août 17Go.bell. lett. n. clviij .) dans le goût de cellesde Vaugelas fur la langue francoife , & onen trouve plusieurs qui ressemblent beau-coup aux synonymes de f abbé Girard.
II y a long-temps que les savans ont re-marqué que la synonymie n’étoit pas exactedans les mots les plus resièmblans. » Les„ Latins , dit M. du Marsais (trop.part.„ III. art. xij. pag. 304) » sentoient„ mieux que nous ces différences délicates,», dans le temps méme qu’ils ne pouvoient», les exprimer . . . Varron ( de ling. lat.», z , v.jub.fin. ) , dit que c’est une erreur», de confondre agere , facere & gerere ,», & qu’ils ont chacun leur destination par-», ticuliere Voici le texte de Varron :fropter fimilitudinem agendi , & fa-
ciendi , & gerendi, quidam error his quiputant ejje unum ; potes enim quis ali-quid facere & non agere, ut poéta facitfabulam , & non agit ; contra allor agit ,Ù non facit j & fie à po'étâ fabula fit &non agitur , ab aclore agititr & non fit ;contra imperator qui dicitur res gerere,in e0 neque agit neque facit, Jed gerit, idejl sustinet, tranflatum ab his qui oneragerunt qubd sustinent.
Cicéron observe ( tuf:. II. n. z 5 ) qu’ily a de la différence entre dolere & labo-rare , lors même que ce dernier mot estpris dans le sens du premier. Interest ali-quid inter laborcm & dolorem ; Juntfini-tima omninò , fed tamen dijsert aliquid;labor efì funcíio qutedam vel animi velcorporis gravions operis vel muneris ;
dolor autem motus ajper in corpore .
Aliud y inquam , est dolere , aliud labo-rare. Cûm varicesfecabantur Cn. Mario ,dolebat, cum a?jìu magno ducebat agmen ,laborabat. Cette remarque de l’orateur ro-main n est que 1 application du principe
S Y N
général, qu’il n’y a point de mots tout-d-fait synonymes dans les langues , principequ’il a exprimé très-clairement & tout-à-la-fois justifié dans ses topiques ( n. 34 ):quanquam enim vocabula propè idem valerevideantur , tamen quia res dijferebant tnomina rerum dijlare voluerunt.
Non - feulement Cicéron a remarqué,comme grammairien , les différences dé-licates des synonymes , il les a suivies dansla pratique , comme écrivain intelligent &habile. Voici comme il différencie dans lapratique amare & diligere.
Quis erat qui putaret ad eum amoremquem erga te habebam pojse aliquid acce-dere ? Tantum accefjit , ut mihi nunc déni -que amare videur , ante à dilexijje. ( ep.famil. ix. ze}..) & ailleurs : Qui d ego tibicommendem eum quem tu ipse diligis ? Sedtamen ut Jcires eum non à me diligi folìtm,veritm etiam amari, ob eam rem tibi htecferibo. ( ib. xiij. 47- )
Les deux adjectifs gratus & jucundusque nous sommes tentés de croire entiè-rement synonymes , & que nos traducteursles plus scrupuleux traduiroient peut-êtreindifféremment de la même maniéré, si descirconstances marquées ne les déterminoxentà y faire une attention spéciale ; Cicéronen a très-bien senti la différence,, & en atiré un grand parti. Répondant a Atticusqui lui avoir appris une triste nouvelle , illui dit : ifla Veritas etiamft jucunda nonefl , mihi tamen grata efì. ( ep. ad Attic.Hj . 3.4.) & dans une lettre qu’il écrit àLucretius après la mort de fa fille Tullia :amor tuus gratus & optatus ; dicerem ju-enndum , nifi hoc verbum ad tempus per-didiffem. ( ep. famil. v. z £. )
On voit par-là avec quelle circonspec-tion on doit étudier la propriété des ter-mes , & de la langue dont on veut tra-duire , & de celle dans laquelle on traduit,ou même dans laquelle on veut écrire sespropres pensées. ,, Nous avons , dit M. du„ Marsais ( Trop. III. xij pag. 304. ),, quelques recueils des anciens grammai-», riens fur la propriété des mots latins : tels», sontï’estus, d; verborum fgmfcatione \», Nonius Marcelîus , de varia fignifica-», tione fermonum ( voyez Veteres gram -n maticì. ) On peut encore consulter un