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Tome trente-deuxième.
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plû á graver dans toutes les parties de sonouvrage les traits les plus éclatans de fasagesse. |

Mais moi qui réfléchis ici , me confon-dra:-ie avec cette portion de matière ,dont le méchanifine me force d’élever mesregards jusqu à l’être suprême ? Suivons-nous pour ne nous point tromper, voyons ;mon corps peut-il se connoître lui-même& tout ce qui l’environne ? Peut-il ré-fle'chir , juger , vouloir , deíirer ? II neme paroít guere possible que de pareillesfacultés , que des propriétés de cette es-pece puissent tenir à P essence d aucunêtre étendu. Je fais que la matière est di-visible , qu’cîle est sujette à changer desituation & de figure ; telles font les pro-priétés que je fais sûrement lui conve-nir ; mais je fais aussi que comme les dif-férentes propriétés qu’une chose peut avoircoulent d’une même essence, il faut qu’ellessoient toutes du même genre : or , je voisque la faculté de penser,de sentir , de vou-loir , n’a rien de commun avec celle d’êtrefiguré , mu, divisé ; ce n’est donc pointmon corps qui veut , qui sent, qui rai-sonne.

En effet , je sais que tout ce qui m’of-fre des dimensions , est nécessairement di-visible en une infinité de parties qui ontchacune leur être propre, & qui par con-séquent détachées de celles qu’elles accom-pagnent, subsisteroient encore telles qu’el-les subsistent leur étant réunies : un corpsest donc un tout composé de particules ac-cidentellement associées , & qui n’ont decommun que leurs rapports respectifs dedistance ; or , je ne puis douter qu’unesensation vive , qu’une douleur aiguë ,par exemple, ne soit tout autre chose

Í iu’une simple relation externe ; c’est as-urément une modification qui n’est quetrop intime & trop réellement attachéeau sujet individuel qu’elle affecte. Je con-çois , à la vérité, qu’il seroit très-poííi-ble que des sujets de même espcce eus-sent des modifications semblables ; maisje conçois aussi qu’il impliqueroit con-t^diction , que la modification de l’unlut e gale m en t la modification de 1 autre :je fuis donc forcé de conclure que , comme

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il ne peut y avoir d’unité dans la ma-tière , je n’y dois point chercher Indivi-dualité du sujet auquel appartiennent lesdifférentes sensations qui m’affectent.

Que j’éprouvasie de la douleur dansdeux différentes parties de mon corps ,& que ces parties fussent réellement sen-sibles , elles soussriroient solitairement &à l’insu l’une de 1’autre ; ainsi rien enmoi ne pourroit faire la comparaison dedeux sentimens douloureux que j’éprouve-rois à la fois ; cependant je saurois le-quel des deux seroit le plus vif ; ils se-rment donc comparés; ce qui prouveroitégalement, & qu’ils n’appartiendroienepas aux parties auxquelles je les rappor-terois ; & qu’un seul &c même sujet enseroit affecté.

Ainsi tout appuie le princip e sur lequej’ai d’abord raisonné ; tout sert à justifierque la matière n’a point de propriétésqui ne soient analogues, ou à des figu-res , ou à des changemens de rapportsde distance.

Mais ce principe posé , je conçois quela lumière , les couleurs , les sons , lesodeurs, les saveurs , & généralement tou-tes les qualités sensibles répandues fur lesobjets qui me frappent , ne différent enrien des impressions que ces objets fontfur moi, & dont je leur abandonne , pourainsi dire , la propriété.

Cependant, comme il ne seroit pas pos-sible que je retrouvasse mes propres sensa-tions dans ce qui me seroit étranger, jeconçois encore que rien ne me frappequi ne m’appartienne ; je ne vois doncpoint les corps en eux-mêmes ; je ne voisque les images qui me les représentent,images souvent infidelles & trompeuses ;un verre à facettes multiplie les objets,les microscopes les grossissent; les lunettesà longue vue les rapprochent ; j’apperçoisdans un miroir des enfoncemens qui n’yfont pas ; le soleil, qu’on sait être urtmillion de fois plus gros que la terre , n’atout au plus qu’un pied de diamètre pourmoi. Donc les objets que nous apperce-vons font réellementdiífinguésde ceux quenous croyons appercevoir.