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Tome trente-deuxième.
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par Dieu préférablement à un autre, pourdonner f existence en ce monde, sansraison suffisante ; ce qu’on ne peut pointadmettre.

Le temps n’est donc qu’un être abstraitqui n’est rien hors des choses , & qui n’estpoint par conséquent susceptible des pro-priétés que Timagination lui attribue : voicicomment nous arrivons à fa notion. Lors-que nous faisons attention à la successioncontinue de plusieurs êtres , & que nousnous représentons l’exislence du premierA distincte de celle du second B , & celledu second B distincte de celle du troisièmeC , & ainsi de suite , & que nous remar-quons que deux n’existent jamais ensemble;mais que A ayant cessé d’exister, B lui suc-cédé aussi-tót , que B ayant cessé , C luisuccédé , &c. nous nous formons la notionde cet être que nous appelions temps ; &entant que nous rapportons 'existence d’unêtre permanent à ces êtres successifs, nousdisons qu’i! a duré un certain temps.

On dit donc qu’un être dure , lorfqu’ilco-existe à plusieurs autres êtres successifsdans une fuite continue. Ainsi la duréed’un être devient explicable & commen-surable par l’existence successive de plu-sieurs autres êtres ; car on prend l’existenced’un seul de ces êtres successifs pour un ,celle de deux pour deux, & ainsi des autres;& comme l’être qui dure leur co-existe àtous, son existence devient commensura-ble par l’existence de tous ces êtres succes-sifs. On dit , par exemple , qu’un corpsemploie du temps à parcourir un espace ,parce qu’on distingue sexistence de cecorps dans un seul point, de son existencedans tout autre point ; & on remarque quece corps ne sauroit exister dans le secondpoint, sans avoir cessé d’exister dans le pre-mier , & que l’existence dans le secondpoint suit immédiatement l’existence dans lepremier. Et en tant qu’on assemble ces di-verses existences, & qu’on les considérécomme faisant un , on dit que ce corpsemploie du temps pour parcourir une ligne.Ainsi le temps n’est rien de réel dans leschoses qui durent;mais c’est un simple modeou rapport extérieur, qui dépend unique-ment de l’esprit, en tant qu’il compare ladurée dçs êçjes avec le mouvement du fo-

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leil, & des autres corps extérieurs , ouavec la succession de nos idées. Car lors-qu’on fait attention à l’erichaînement desidées de notre ame , on fe représente enmême temps le nombre de toutes ces idéesqui fe succèdent ; & de ces deux idées, sa-voir de Tordre ds leur succession & de leucnombre , on se forme une troisième idée ,qui nous représente le temps comme unegrandeur qui s’augmente continuellement.

L’esprit ne considéré donc dans la no-tion abstraite du temps , que les êtres en gé-néra! ; & abstraction faite de toutes les dé-terminations que ces êtres peuvent avoir ,on ajoute seulement à cette idée générale ,qu’on en a retenu,celle de leur non-co-exis-tence ; c’est-à-dire , que le premier & lesecond ne peuvent point exister ensemble »mais que le second suit le premier immé-diatement , & sans qu’on en puistè faireexister un autre entre-deux , faisant encoreici abstraction des raisons internes , &c descauses qui les font succéder Tun à Tautre.De cette maniéré , Ton se forme un êtreidéal, que l’on fait consister dans un fluxuniforme , & qui doit être semblable dansroutes fes parties.

Cet être abstrait doit nous paroi t te in-dépendant des choses existantes, & sub-sistant par luí-même. Car , puisque nouspouvons distinguer la maniéré successived’exister des êtres, de leurs déterminations!internes, &. des cáufes qui font naître cettesuccession , nous devons regarder le tempsà part comme un être constitué hors deschoses capables de subsister lans elles. Eccomme nous pouvons aussi rendre à cesdéterminations générales les détermina-tions particulières , qui en font des êtresd’une certaine efpece , il nous doit semblerque nous faisons exister quelque chosedans cet être successif qui n’exiifoit pointauparavant,& que nous pouvonsde nouveauTôter fans détruire cet être. Le temps doitaussi nécessairement être considéré commecontinu; car si deux êtres successifs Aik. Bne font pas censés continus dans leur suc-cession , on én pourra placer un ou plu-sieurs entre-deux , qui existeront après queA aura existé, & avant que B existe. Or ,par-là même, on admet un temps entresexistence successive d ’A & de B. Ainfi