PRÉFACE.
VII
On ne fonde rien dans Tordre des faits, commedans Tordre des idées, sans le consentementde ceuxmemes qu’on a contre soi. 11 ne suffit pas de vaincrel'ennemi, si Ton ne doit pas parvenir en outre à leconvaincre. La vraie conquête de l’avenir, c’est, enmême temps que la soumission des adhérents dupassé, leur conversion, leur conviction changée.
Nos pères l’avaient admirablement compris, et ila peut-être été providentiel que philosophes et écri-vains fussent, avant 89, les commensaux néces-saires des nobles et des grands seigneurs. C’est ainsi,en effet, qu’ils trouvèrent de généreux, d’indispen-sables complices dans les rangs mêmes de cette no-bless*e qui semblait avoir tout à perdre dans unetransformation sociale.
Cette cohabitation obligée des privilégiés del’cs-pritet des privilégiés de la naissance eut encore unautre résultat. On vit que, dans les deux camps, onpouvait valoir quelque chose, et, si le combat neput être évité, si la lutte cependant fut terrible, il yeut, à l’honneur de l'humanité, des protestationscontre ce qu’elle eut d’excessif. Quelques hommescourageux se jetèrent comme un pont d’une rive àl'autre, essayant de les tenir unies, et si, emportéspar le torrent, ils disparurent victimes de leurs cou-rageux efforts, la double leçon de leur vie et de leurmort ne doit pas être perdue cependant pour l’ave-nir.
Chamforta été un de ces hommes. Ami sincère,ami ardent et convaincu de la Révolution, il se mitrésolument à son service et lui sacriiia tout, hormispourtant la liberté de son esprit et de sa parole.
Cette restriction ne fut pas du goût d'une épo-que qui, ayant tout à renverser, ne pouvait pasfonder la liberté par la liberté même et qui croyait