PRÉFACE.
IX
de le critiquer, Chamfort a dû être et a été, à unmoment donné, calomnié par tous.
Il y a, dans toutes les révolutions, des gens exces-sifs. Malheureusement,il semble que, danstoutes lesrévolutions aussi, ces gens-là doivent fatalementavoir leur heure. La chimère des partis extrêmesétant de posséder des remèdes à tous les maux, lesnations, non moins crédules que certains maladesqui, lorsque le danger augmente, s'adressent à desempiriques; les nations, impatientes des lenteursdes traitements réguliers, s’abandonnent quelque-fois à eux. Malheur alors à qui ne proclame pas latoute-puissance de leurs panacées !
Chamfort, esprit positif, esprit clair s’il en fut, de-vait être de ces derniers. Il s’en expliqua nettement,et, comme chacun de ses mots portait coup, on lejeta aux Madelonnettes pour le réduire au silence.
Il va sans dire que, d’un autre côté, les fanatiquesdu passé, peu touchés par sa sagesse, qu’ils savaientincapable d’un retour verseux, furent implacables,eux aussi, et se gardèrent bien de lui pardonner leconcours énergique qu’il avait donné et qu’il en-tendait donner, par sa résistance même à ses excès,à la grande cause de la Révolution.
Elle est si près de nousencore,laUévolution, quoiqu’on ait fait pour l’éloigner ; il est si clair qu’elleest en permanence, assise sur les ruines du passé etse riant des efforts tentés pour relever ces ruines,que le jour de l’équité n’estencore venu ni pourelle,ni pour ceux qui l'ont servie. Aussi Chamfort a-t-il,même de nos jours, contre lui, tous les ennemis decette Révolution, qui savent bien, eux, où sont sesvrais amis, et celte fraction de l’opinion révolution-naire quise proclame naïvement avancée, parce que,pour être plus sûre sans doute de ne jamais atteindre
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