XII
PRÉFACE.
l'offre d’une demi-bourse au collège des Grassiiis.Ce college, ainsi que cela se pratique encore de nosjours, avait en province des correspondants dont lamission était de recruter à son profit les enfants quipouvaient plus tard lui faire honneur.
Les progrès de Chamfort furent rapides. 11 obtint,en rhétorique, tous les prix au grand concours, hor-mis pourtant le prix de poésie latine. Ce succès, sigrand qu’il fût, ne lit que mettre ses maîtres en ap-pétit. Us trouvèrentqu’il ne suffisait pasàl'acquilterenvers le collège, « et, dit M. A. Houssaye, un desbiographes de Chamfort, on lui signifia que, s'il nevoulait pas, l'année suivante, doubler sa rhétoriqueafin d'obtenir tous les prix, il fallait renoncer à sabourse, son seul bien. Il se résigna en pensant à samère. A la seconde tentative, il remporta les cinqprix. »
« L’an passé, dit-il, je manquais le prix de verslalins, parce que j’avais imité Virgile, le l’ai remportécette année, parce que j'ai imité Buchanan. » 11 pa-rait qu’il y avait dans sa composition une certainedescription du canon et de la canonnade qui ravitd’aise ses juges et enleva tous les suffrages, à l’ex-ception du sien.
Ces succès le désignèrent dès lors à l’attention desgens de lettres et des gens du monde. Ils eurent, enoutre, pour effet de déterminer son goût pour la lit-térature.
Le principal des Grassins, désirant faire tourner auprofit de la religion les brillantes facultés de sonélève, lui promit, s’il voulait se faire abbé, une ab-baye; mais Chamfort refusa. « Je ne serai jamaisprêtre, dit-il; c’est un costume et non un état. »
Ce fut à cette époque qu'il se baptisa du nom deChamfort.Ilfallaitvivrectfairevivre sa mère. Pour
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