XIV
PRÉFACE.
« Il comprit, dit M. Tissot, que l’illustration étaitla seule chose qui pût effacer le malheur de sa nais-sance et lui donner dans la société la place que lespréjugés lui refusaient. Il se précipita donc avec ar-deur dans la carrière littéraire. »lise fit attacher à la rédaction du Journal encyclo-pédique ; il participa à la rédaction du Vocabulairefrançais, et vécut pendant deux ans du produit dedivers travaux littéraires.
Tout ce qui débutait dans les lettres concouraitalors pour les prix de l’Académie française.
Si aujourd'hui la compétition de ces prix est leplus souvent abandonnée à des médiocrités exer-cées au genre de travail particulier qui conduit auxsuccès académiques, cela tient surtout à ce quel’Académie, en imposant aux concurrents des sujetsdéterminés, comme un pédant il son élève, renoncepar cela même à obtenir jamais des travaux ori-ginaux, et se condamne à ne recevoir que desamplilications d’écolier. Si elle eut laissé libre car-rière aux écrivains, en se contentant de couronnerles meilleurs ouvrages éclos spontanément de leurcerveau, en dehors de tout programme, elle eût éléutile peut-être et n’eût pas été réduite, dès lors, pouravoir de l’importance, à tacher d’étre un corps poli-tique.
Chamfort était de cet avis. Mais l’usage était in-flexible. Il concourut. Le prix de poésie, remporté,en 1704, par son Épître d’un père à son fils, sur lanaissance d’un petit-fils, et le succès de sa comédiela Jeune Indienne, le mirent en évidence.
Le Marchand de Smyrne, petite pièce qu’il fitreprésenter à quelque temps de là, et qui est restéeau répertoire du Théâtre-Français, ajouta encore àsa réputation naissante.