XVIII
PRÉFACE.
C’est après avoir fait ce voyage, qui eut une heu-reuse influence sur Chamfort, qu’il écrivit à unde scs amis : « J'ai toute sorte de raisons d'étrc en-chanté de mon voyage de Baréges. Il semble qu'ildevait être la fin de toutes les contradictions que j'aiéprouvées, et que toutes les circonstances se sontréunies pour dissiper ce fonds de mélancolie qui sereproduisait trop souvent. Le retour de ma santé,les bontés que j'ai éprouvées de tout le monde, lebonheur si indépendant du mérite, mais si com-mode et si doux, d'inspirer de l’intérêt à tous ceuxdont je me suis occupé; quelques avantages réels etpositifs; les espérances les mieux fondées et les plusavouées par la raison la plus sévère; le bonheurpublic (Turgot était ministre) et celui de quelquespersonnes à qui je ne suis pas inconnu ni indiffé-rent; le souvenir tendre de mes anciens amis; lecharme d’une amitié nouvelle, mais solide, avec undes hommes les plus vertueux du royaume, pleind’esprit, de talent et de simplicité, M. Dupaty; uneautre liaison, non moins précieuse, avec une femmeaimable que j’ai trouvée ici et qui a pris pour moitous les sentiments d'une sœur; des gens dont jedevais le plus souhaiter la connaissance et quime montrent la crainte obligeante de perdre lamienne; enlin, la réunion des sentiments les pluschers et les plus désirables, voilà ce qui fait depuistrois mois mon bonheur. Il semble que mon mau-vais génie ait lâché prise, et je vis depuis trois moissous la baguette de la fée bienfaisante.
» D'après ce détail, vous croirez que je vis envi-ronné de tout ce que j'ai trouvé d'aimable ici, sousun beau ciel et dans une société charmante. Non, jevis sous une douche brûlante ou dans une bouilloirecachée au fond d'un cachot. Tout ce que je distinguais