XXXII
PRÉFACE.
ne va guère ensemble, j'imagine. La misanthropiene cacherien qu’un cœur blessé. Le secret du carac-tère de Chamfort est tout entier dans ces motsqu'il répétait souvent, dit Rcederer : « Tout hommequi, à quarante ans, n’est pas misanthrope, n’a ja-mais aimé les hommes. » Ce n’est pas manquer decœur que de voir avec douleur et colère même lesvices de l'humanité, que de les considérer commedes fléaux et que d’en souffrir comme on souffred’une maladie, que d'en parler à la fois — et c’est lefait de Chamfort — en satiriste qui veut corriger eten moraliste qui veut instruire. « Pour moraliseren littérature, a dit Balzac (un vrai penseur, luiaussi),le procédéa toujourséléde montrer la plaie.»Le véritable ennemi des hommes ne les évite pas;il reste au milieu d'eux pour rire de leurs fautes. 11se garderait bien d'être amer, il n'est qu’imperti-nent. Rivarol, en ce sens, mériterait bien plutôt lesreproches que M. Sainte-Beuve adresse à Chamfort.liais M. Sainte-Beuve n’a pas, pour être dur enversltivarol, les raisons qui le poussent contre Cham-fort.
Voulez-vous savoir ce que doit être un moraliste,demandez-le à Chamfort lui-même; il vous le dira,avec la liberté de langage admise de son temps,bien mieux que ses critiques.
« Il y a deux classes de moralistes et de politiques,dit-il, ceux qui n’ont vu la nature humaine que ducôlé odieux ou ridicule, et c’est le plus grand nombre :Lucien, Montaigne, la Bruyère, la Rochefoucauld,Swift, Mandeville, Helvétius, etc.; ceux qui ne l'ontvue que du beau côlé et dans ses perfections : telssont Sliaftesbury et quelques autres. Les premiersne connaissent pas le palais dont ils n'ont vu queles latrines; les seconds sont des enthousiastes qui