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PRÉFACE.
a poursuivre les abus dont ils vivaient. La belleraison ! la preuve que Chamfort ne fut point ingrat,c’est qu’il resta attaché àces amis dépouillés d’abus,comme il l’avait été quand ils en étaient revêtus. »La vérité est que Chamfort n’oublia alors que lui-même. Rœderer ajoute : « Si Chamfort ne passaitrien aux autres, il ne se passait rien non plus à lui-même : il se déchaîna contre les pensions jusqu’à cequ'il n’eût plus de pension; contre l’Académie, dontles jetons étalent sa seule ressource, jusqu'à ce qu’iln'y eût plus d'Academie. Son intérêt n’a donc étépour rien dans sa conduite, disons plus, il en fut tou-jours l'ennemi. »
On le voit, Chamfort eut non-seulement desamis qu’il aimait, mais il en eut qui l’aimaient etsurent le défendre. Ce que nous citons de Rœ-derer est emprunté à un travail sur Chamfort qu’ila publié dans le Journal île Paris, et où, sousla forme de dialogue entre un ami et un ennemi deChamfort, il répond à ses accusateurs. Si la réponsetransige avec l’accusation quelquefois, c’est quetout ce que Chamfort avait écrit n’était pas encoreconnu de Rœderer.
Voici un fragment de la correspondance de Cham-fort à propos de la loi qui supprimait les pensions :
« J'entends crier à mes oreilles, tandis que je vousécris : Suppression de toutes les pensions deFrance ;e t je dis: Supprime tout ce que tu voudras,je ne changerai ni de maximes, ni de sentiments.
» Les hommes marchaient sur leur tète, et ilsmarchent sur les pieds; je suis content: ils auronttoujours des défauts, des vices même; mais ils n’au-ront que ceux de leur nature, et non les difformitésmonstrueuses qui composaient un gouvernementmonstrueux.»