PRÉFACE.
XXXVII
Chamfort. Il n’y eut pas dans l'accueil qu’il lui fitle plaisir impétueux mais étourdi de la surprise; illa reçut comme un hôte longtemps désiré, maisqu’on’ s’est préparé à recevoir et dont on a plusd’une fois annoncé l’arrivée.
Lisez ce qu’il écrit à une de ses amies :
« Vous me paraissez Lien apitoyée sur le décès denotre ami, feu le Despotisme; vous savez quecette mort m’a très-peu surpris. C’est avec bien duplaisir que je reçois de votre main mon brevet deprophète.
» Sa chute, pour avoir été trop soudaine, nousmettra dans l’embarras quelque temps ; mais nousnous en tirerons.
» Je voulais, ces derniers jours, aller causer avecvous, et récapituler les trente ans que nous venonsde vivre en trois semaines. »
Ces trente ans que Chamfort venait de vivre entrois semaines ont été vécus par tous ceux qui ontmis un jour la main dans le feu d’une révolution.
Chamfort avait donc pressenti la Révolution; aussin'hésita-t-il pas. 11 entra un des premiers à laBastille.
Déjà il appartenait de cœur et d’esprit aux idéesnouvelles. Il se donna à elles corps et biens. L’hommede lettres même, sacrifice-méritoire pour une na-ture artiste comme celle de Chamfort, l'homme delettres s’effaça devant le citoyen : « Lorsque noustouchons à dès désastres, écrivait-il, ce n’est pas lemoment de prendre la plume de Swift ou de Rabe-lais. » — « Je craindraisde faire du mal, disait-il ail-leurs, par l’excès de mon désir de faire le bien. »
« On areproché à Chamfort, dit Rœderer, d’avoir étéingrat envers des amis qui l’avaient obligé pendantleur puissance, et l’on s’est fondé sur son ardeur