PRÉFACE.
XI.III
tomber dans le même péché à cet égard, que nousajouterons à la lettre qu’on vient de lire deux por-traits de Chamfort, tracés de main de maître ; l'unest de Mirabeau comme la lettre qui précède, l’au-tre est de Chateaubriand. Quand nous aurons misces deux pièces en regard avec les critiques aux-quelles nous répondons, nous craindrons moins devoir celles-ci emporter la balance.
La santé Se Chamfort était fort compromise.
« Malgré vos souffrances, lui écrivait Mirabeau,vous èlesun des êtres les pim vivaces quiexistenl;la ténuité de votre charpente, la délicatesse de vostraits et la douceur résignée et même un peu tristede votre physionomie, lorsqu’elle est calme et quevotre tète ou votre àme ne sont point en mouve-ment, alarmeront et induiront toujours en erreurvos amis sur votre force. Chez vous, loin que ce soitla lame qui use le fourreau, c’est l’âme le vis ignea,qui entretient la machine. Comment son feu inté-rieur ne le consume-t-il pas? se dit-on. Eli! com-ment le consumerait-il? c'est lui qui le fait vivre.Donnez-lui une autre àme, et sa frcle existence vase dissoudre. »
Voici maintenant Chamfort peint par Chateau-briand. On sait, depuis la publication des Mémoiresd’outre-tombe, si ce grand peintre avait l’habitudede flatter ses portraits.
« Chamfort était d’une taille au-dessus de la mé-diocre, un peu courbé, d'une ligure pâle, d'un teintmaladif. Son œil bleu, souvent froid et couvert dansle repos, lançait l'éclair quand il venait à s’animer.Des narines un peu ouvertes donnaient à sa phy-sionomie l’expression de la sensibilité et de l’éner-gie. Sa voix était flexible, ses modulations suivaientles mouvements de son àme; mais, dans les derniers