PRÉTACE.
XLV
Balzac nous disait, il y a longtemps, à propos deChamfort et de Itivarol, qu'il citait toujours avecadmiration : «Ces gens-là mettaient des livres dansun bon mot, tandis qu'aujourd'hui c’est à peine sion trouve un bon mot dans un livre. »
Ce jugement de Balzac nous frappa et ce fut luiqui pour la première fois fixa noire attention surles deux noms de Chamfort et de Rivarol.
La plupart des mots de Chamfort, pendant la pé-riode politique de sa vie, peuvent être considéréscomme des actes,et scs contemporains les luicomp-tèrent comme tels.
Chacun lit son profit de ce qui sortait de cellebouche écoutée.
Ce fui lui qui donna à Sieyès le titre et, par con-séquent, l'Idée de sa fameuse brochure qui fut plusqu'un événement : « Qu’est-cc que le tiers état?Tout. —-<}u’est-il ? Bien. »ce fut lui qui donna pour devise à nos soldats, en-trant en pays ennemi, cette devise toute d'huma-nité vis-à-vis de l'étranger : « Guerreaux châteaux,paix aux chaumières, » devise qu’on a retournéedepuis, sans que Chamfort en puisse être accusé,disons-lc en passant, au profit de la guerre civile.
Cefutluiquiréponditàceuxquiluidisaient : I vusprêchez le désordre : « Quand Dieu créa le monde,le mouvement du chaos dut faire trouver le chaosplus désordonné que lorsqu'il reposait dans undésordre paisible ; » et à ceux qui lui disaient : Ré-formez, mais ne détruisez pas : « Vous voudriezqu’on nettoyât les écuriesd’Augias avec un plu-meau; » et à Marmonlel : « Vous, voudriez qu'onvous fit des révolutions à l’eau de rose. »
Voici un de ses discours ; « Moi, tout; le reste,rien : voilà le despotisme. »