XLVIII
PRÉFACE.
« Il s’enferme, dit M. Tissot (Dictionnaire de laconversation ), dans son cabinet, charge un pistoletet se le tire sur le front. l,a bulle lui fracasse le hautdu nez et lui enfonce l'œil droit. Étonné do vivre etrésolu à mourir, il s'arme d'un rasoir, essaye de secouper la gorge, se taille le sein, se porte plusieurscoups au cœur, s'ouvre les veines et les jarrets;enfin, vaincu par la douleur, il pousse un cri ettombe.
» On entre, on le trouve baigné dans son sang. Desgens de l’art et des officiers civils sont appelés, et,tandis que les premiers préparent l’appareil néces-saire à ses blessures, il dicle d'une voix ferme auxseconds, la déclaration suivante : « Moi, Séhaslien-» Rocii-NicolasChamfort,déclareavoirvoulumonrir» en homme libre plutotque d'étre reconduit en es-» clave dans une maison d’arrêt ; déclare que, si par» violence ons’obstinait àm'y traîner,dans letatoù» je suis, il me reste assez de force pour achever ce» que j’ai commencé. Jamais on ne me fera rentrer» vivant dans une prison. »
Ces paroles, et d’autres qui vont suivre, seraientdans Plutarque, qu’elles y seraient admirées. Nousen avons tous traduit du grec et du latin qui ne mé-ritaient pas autant d'étre citées et de passer d'unâge à l’autre. .
Un ami de Chamfort nous a laissé un récit palpi-tant de cette scène.
<i J'arrivai peu de temps après; je n'oublierai ja-mais ce spectacle. Sa tète et son cou étaienlenvelop-pés de linges sanglants; son oreiller, ses drapsétaient aussi tachés de sang. Le peu qu’on aperce-vait de son visage en était encore couvert. 11 parlaitavec moins de violence, et commençait à sentir safaiblesse. Je restai debout près do lui, muet de sai-