PRÉFACE.
LV
surmène, de celte voix délicate qui veut à touteforce se grossir. Il veut frapper, il égratigne et nelaisse que des déchirures là où il a prétendu porterde grands coups; tel encore un lin graveur ébré-chant son burin sur l'orteil d’une statue de bronze,en haine du bronze sans doute. M. Sainte-Beuven'admire-t-il donc que les statues d'albàtre, que lesfigurines de stuc et les groupes en biscuit ?
Quand M. Sainte-Beuve manque d’équité et demesure, il est deux fois coupable. Il l'est envers lui-même; il l’est envers ses nombreux lecteurs et lescritiques de seconde main, qui, dans leur travailhâtif, plutôt que de remonter aux sources, s'en rap-portent à lui sans contrôle. Il répond, en effet, non-seulement de ses jugements, mais encore des induc-tions qu'on on tire et des exagérations que d’autresse permettent à sa suite. Chamfort est une des plusnobles figures littéraires, un des plus fiers citoyensde celte république des lettres que M. Sainte-Beuvedevrait bien mettre à part dans sa haine d'hier oud’avant-hier contre les républiques; j’en veux àM. Sainte-Beuve de s‘être donné le tort de le mé-connaître, parce queson tort s’est bientôt aggravé dutort de sa clientèle. En effet, il lui convient, par unnon-sens inexplicable,—caron peutlirerdesanoticemême la réfutation de toutes ses accusations contreChamfort,— il lui convient de faire, de ce caractèreantique et héroïque, mais féminin aussi parbeau-coupde côtcs.un homme dur. si cet impitoyable; d’au-tres iront plus loin, et, sur sa recommandation, soitparesse, soit confiance, ils transformeront ce mora-liste sincère, ce philosophe contristé, dont tout cequ'on a pu dire de pis de son temps,c’est qu'il détestaitles hommes, pareequ’iis ne s’aimaient pas; ils letransformeront, devinez en quoi? en chat-tigre!