PRÉFACE.
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On sait aujourd’hui que la vie privée n’est la placed’honneur que dans les temps absolument calmeset tranquilles. Le mot de M. Dupin :« Chacun chezsoi. chacun pour soi, » est une des impiétés poli-tiques qui ont fait la honte de notre temps. Il faitpartie de cet athéisme en matière de patriotismeque l'on fit apprendre à la France, de 1830 à 1848,et qui l’avait affaiblie à ce point, que, mise en de-meure un jour de régler ses destinées, elle a fléchisous sa tache. L’exclamation admirative de Mar-montel, écrivant très-faussement, à propos ded'Alembert et de Mairan : « Quelles âmes que cellesqui ne. sont inquiètes que des mouvements del‘écliptique, ou que des mœurs et des arts desChinois, » est un salaire qui ne satisferait guèreque les natures à la fois ingénieuses et corrompuesqui passent devant leur siècle comme ccs gens dontparle l’Evangile, lesquels avaient des yeux pour nepas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ladistraction d'Archimède cherchant son problèmependant qu'on saccageait son pays, n’a d'autre va-leur que celle d’un phénomène scientifique. On nes’étonnera donc point que l’étude de celte figuresaisissante, où la littérature et la politique ont leurpart, nous ait paru de nature à intéresser noireépoque agitée et nous ait attiré plus qu'une autre.
Nous ne sommes plus au temps. Dieu merci! oùl’indifférence en matière politique, qui n'est autreque l'oubli de la patrie, était preehée comme unevertu.
L'oubli delà pairie, une vertu! D'ou un pareilblasphème a-t-il jamais pu s'écrire?
P.-J. Stahl.
Bruxelles, le 4 octobre 1856.
VII!