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ESPRIT DE CHAMFORT.
,% La plupart des faiseurs de recueils de versou de bons mots ressemblent à ceux qui mangentdes cerises ou des huîtres, choisissant d’abordles meilleures, et finissant par tout manger.
On no cesse d’écrire sur l’éducation, et lesouvrages écrits sur cette matière ont produitquelques idées heureuses, quelques méthodesutiles ; ont fait, en un mot, quelque bien partiel.Mais quelle peut être, en grand, l’utilité de cesécrits, tant qu’on ne fera pas marcher de frontles réformes relatives à la législation, à la reli-gion, à l’opinion publique? L’éducation n’ayantd’aulre objet que de conformer la raison de l’en-fance à la raison publique relativement à cestrois objets, quelle instruction donner tant queces trois objets se combattent? En formant laraison de l’enfance, que faites-vous que de la pré-parer à voir plus tôt l’absurdité des opinions etdes mœurs consacrées par le sceau de l’autoritésacrée, publique ou législative; par conséquent,à lui en inspirer le mépris?
L’homme, dans l’état actuel de la société,me paraît plus corrompu par sa raison que parses passions. Ses passions (j’entends ici celles quiappartiennent à l’homme primitif) ont conservé,dans l’ordre social, le peu de nature qu’on y re-trouve encore.
La société n’est pas, comme on le croit