8
ESPRIT DE CIIAMFORT.
cés, et pour échapper au péril; au lieu que l’autreva au-devant des occasions.
O11 fait quelquefois dans le monde un rai-sonnement bien étrange. On dit à un homme, envoulant récuser son témoignage en faveur d’unautre homme: «C’est votre ami.» Eh! morbleu!c’est mon ami, parce que le bien que j’en dis estvrai, parce qu’il est tel que je le peins. Vous pre-nez la cause pour l’effet, et l’effet pour la cause.Pourquoi supposez-vous que j’en dis du bienparce qu’il est mon ami ; et pourquoi ne suppo-sez-vous pas plutôt qu’il est mon ami parce qu’ily a du bien à en dire?
Il y a deux classes de moralistes et de po-litiques : ceux qui n’ont vu la nature humaineque du côté odieux ou ridicule, et . c’est le plusgrand nombre : Lucien, Montaigne, Labruyère,la Rochefoucauld, Swift,'Mandcvillc, Helvétius,etc, ; ceux qui ne l’ont vue que du beau côté etdans ses perfections : tels sont Shaftersbury etquelques autres. Les premiers ne connaissentpas le palais dont ils n’ont vu que les latrines;les seconds sont des enthousiastes qui détournentleurs yeux loin de ce qui les offense, et qui n’enexiste pas moins. Est in medio verum.
,*» Veut-on avoir la preuve de la parfaite inu-tilité de tous les livres de morale, de sermons,etc. ; il n'y a qu’à jeter les yeux sur le préjugé de