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ESPRIT DE CUAMFORT.
On marie les femmes avant qu’elles soientrien et qu’elles puissent rien être. Un mari n’estqu’une espèce de manœuvre qui tracasse le corpsde sa femme, ébauche son esprit et dégrossitson âme.
Le mariage, (el qu'il se pratique chez lesgrands, est une indécence convenue.
Nous avons vu des hommes réputés hon-nêtes, des sociétés considérables, applaudir au
bonheur de mademoiselle., jeune personne
belle, spirituelle, vertueuse, qui obtenait l’avan-tage de devenir l’épouse de M., vieillard mal-
sain, repoussant, malhonnête, imbécile, maisriche. Si quelque chose caractérise un siècle in-fâme, c’est un pareil sujet de triomphe, c’est leridicule d’une telle joie, c’est ce renversementde toutes les idées morales et naturelles.
L’état de mari a cela de fâcheux, que lemari qui a le plus d’esprit peut être de trop par-tout, même chez lui, ennuyeux sans ouvrir labouche, et ridicule en disant la chose la plussimple. Être aimé de sa femme sauve une partie
de ces travers. De là vient que M.disait à sa
femme : « Ma chère amie, aidez-moi à n’ètre pasridicule. »
»*, Le divorce est si naturel que, dans plusieursmaisons, il couche toutes les nuits entre deuxépoux,