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CHAMPAGNE (la).

CHAMPAGNE (la).

CHAMPAGNE (la).

sous certains rapports, pretent plus ä la plaisan-terie. L’epithete seule de Champenois, pronou-cee dans loute aulre province que dans la Cham-pagne, fait naitre le sourire sur les levres : quinc connait quelques anecdoles piquanles surla pretendue simplicile d’esprit des Champe-nois ? Qui n’a pas enteudu ciler la betise desChälonnais, la niaiserie des Remois ? Dans lesreunions d’artistes, dans les aleliers , voirememe dans les salons,les Lorrains, les Kretons,les Poitevins, les Perigourdins sont tour a tourl’objet de plaisanteries generalement assezvraies et souvent des plus comiques; mais s’ilarrive un Champenois, c’est sur lui que tom-bent immediatement tous les brocards; commeil est loin d’avoir la repartie vive, il est rarequ'il donne de lui une meilleure opinion quecelle que l’on en avait concue, surtout s’il estentrepris par un Gascon ou par un Parisien.On ne doit pas en conclure cependant que leChampenois ait moins d’esprit que ses adver-saires; mais comme le fait observer Grosley,lorsque par hasard il a le malhenr d’etre sot, ill’est plus qu’un autre; il l’est ä perpetuile.

Ii’hahitant des campagnes nc manque ni debon sens ni de jugemeut; mais comnmncmentil n’est pas doue d’une forte dose d’esprit na-turel. Ignorant, et credule ä l’exces, il adoptecomme des verites les histoires les plus invrai-semblables, les contes les plus absurdes; et l’onpeut dire au=si que, comparativement ä quel-ques autres contrees de la France, la civili-sation dans les communes rurales d’une partiede la Champagne est arrieree d’un demi-siecle.— Insouciant, apalhique , le paysan cham-penois est cependant capable d’une ccrtaineenergie quand il s’agit de son intfret, de de-fendre ou de faire respecter ses droits, dont ilest tres-jaloux, et qu’il ne neglige jamais defaire valoir. Les labouretirs liennent fortementä leurs habitudes et a la routine de ieur art;ils sont en general eunemis des innovations etde toute tentative d’amelioration (ce reprocliene peut toutefois s’adresser aux habitants deplusieurs communes du departement de laMarne, oii les nouvellespratiques d’agricultureont ete gencralement adoptccs et couronncespar le plus brillant succes). Indifferent, sinoninsensible a tout ce qui peut embellir et char-mer l’existcnce, le paysan champenois n’arien fait pour rendre sa demeure confortable.Et l’on peut dire, sans 6tre faxe d’exageration,que dans toute l’Europe, si ce n’est en Bre-tagne, en Pologne et en Irlande, il n’est au-cune contree oii les habitations soient plus mi-serables que dans certaines parties de la Cham-pagne. Les maisons, placces dans une Situationsouvent maUaine, n’y outengeueralqu’un rez-de-chaussee; les chambres ni cairelees, niplancheiees, reposent sur le sol qui n’est pasmeme battu comme l'aire d’une grange; dansrinterieurellesnereqoivent le jour que par unepetite croisee fixe, qui ne permet pas d en re-nouveler l’air ni d’eu dessecher le pave, presquetoujours humide; les portes mal jointes n’oppo-sent aucun obstacle a l’impeluosite du vent nia larigueur du froidpendautl’hivcr. Le plus sou-

vent la cour se trouveau-dessus du niveau delamaison, dont la porte est obstruee par des tas defurnier ou l’on enfonce jusqu’a mi-jambe, ctdont la fermentation Charge i’air d’exhalaisonsputrides, dont le moindre inconvenientestd’af-fecter desagreablement l’odorat.

L’amour de la justice, la probite, la foi dansles engagements sont les qualitcs dislinetivesdes Champenois. Saus avoir un grand ainourde l’ordre, ils aiment que cliaque chose soitä sa place et remplisse sa destiuation. Assezopiniätres dans leurs desseinsetijans leurs goiits,ils sont capables d’une certaine applicalion;mais ils ont la couception lente, difficile,etredoutent le travail continu. Quoique laho-rieux et economes, ils sont moins propres äacquerir qu’a couserver. Peu doues de talentd’observation, peu susceptibles d’invenlion, laroutine exerce sur eux un empire assez elende.D'autant plus pleins de conliance en eux qu’ilssont moius instruils, ils imaginent difßcilementqu’il y alt de methodesplus parfaites que cellesqu’ils emploient, et tout cequi tend a dcnion-trer dans les arts industriels ou daus la prati-que de l’agricullure leur inferiorite , les eba-grine et les humilie: rien meme n’egale leurjoie, lorsque les essais tentes dans des vues deperfectionnements ne sont pas couronnees parle succes.—Sans 4lre doues d’une grande sen-sibilite, ils ont beaucoup de compassion pourles maux d’autrui et sont trcs-charilables. Ilssont bons epoux, fils respectiieux etamis obli-geants. Comme ils sont dilücües a emouvoir,que leurs passious sont peu violentes ct de peude durce, ils sont par consequent eunemis peudangereux, et c’est peut-etre ce qui expliquepourquoi dans lout le cours de la revolulionles rcactions ont ete accompagnees de moinsd’exces dans la Champagne que dans toute* Lesautres parties de la France.

Keims, Chälons et Troyes sont les citesqui pretent le plus aux ebservations qu’il estpossible de faire sur le caractere des habitants.— A Keims, ville essentiellement manufactu-ricre, les habitants sont inlelligents, laborieux,aclifs, entierement occupes des different* tra-vaux des fabriques.Us se livrent au commerceavec une grande activitc, et n’ont entre euxqu’une sorte de rivalite, celle de mieux faire,la plus capable d'exciter remulalion. Kn celails l’emportent de beaucoup sur les habitantsde Iroyes et de Chälons. La elasse du peuplect les ouvriers sont aussi en general moins igno-rant* que dans ces deux dernieres villes, et leurinlelligence est plus developpee; ce qu’on peutattnbuer a la diversile des occupations indus-trielles, qui ohligent les ouvriers et les enfantsde passer fiequeiumenl d’un atelier dans unautre pour y exercer une Industrie nouvelJe,quand les chances du cmmnerce forcent d’ahau-donner tel ou tel genre de fabrication.

A Chälons le peuple est peu actif, peu intel-ligent, exhewement rouliuiet* et d’une igno-raure extreme; sous plusieurs rapports le pro-verbe eite plus baut, quoique exagere, n’est pasentierement denue de verile. La elasse aisee, aucontraire, possede une inslruction remaiqua-

ble : on trouve dans cette ville un grand nombrede personiies adonnees ä la cullure des Scienceset des lettres, parmijesquelles on remarque deslitterateurs et des savants distingues. Eu gene-ral, dans le departement de la Marne, le nom-bre des personnes instruiles est de beaucoupplus considerable que dans le departement del’Aube: la societe d’agriculture du departementde la Marne, qui a contribuc si puissamment al’amelioratiou de la cullure dans ce departe-ment , compte presque autant d’hommes demerite qu’elle a de niembres residents et decorrespondanls, et le uombre s’eii eleve u plusde 150.

ATroyes le peuple, sans etre tres-actif, estlaborieux; sans possederune inlelligence supe-rieure, il est propre ä reussir dans tout ce quine demande pas une trop grande appiieation*En general il n’esl pas enneini de Tinstruction,et on trouve peu d’ouvriers qui ne fussent ap-prendre au moins ä lire, ä ecrire et ä compterä leurs enfants;mais läse borne ä peuprestoutleur savoir ; ce qui ne les cinpeche pasd’avoU 1d’eux-merues une assez bonne opinion.

On voit, par ce qui precede, que le Charopß'Dois possede plusieurs bonnes qualitcs, q ulcompensent jusqu’ä un cerlaiu point quelques-uns de ses defauts. S’il n’a pas la brusquefranchise du Eourguignon , il est aussi moiusenclin ä la colere; s’il est moins (in q uele Normand, il est de meilleure foi; s’il poS'sede moins d’esprit que le Parisien , il est aus* 1ami plus sincere; s’il esl moins franc que l ePicard, il est aussi moins eol≤ s’il a moinsd’imagination que le Provenral, il n’en a pasi*brutalile ; eniin, s’il a moins de gaieie que l eLanguedocien, il esl d’un caractere beaucoupplus facile ä vivre. Kn realile, le Champeuo ,sest un etre a part, un type original, qui, ä 1,11grand fonds de honte naive joint une certain 6innocence, qu’injuslement oua confondue avecla betise.

Bibliographie. * Mcmoires concernfltd ^province de Champagne-, in-l°, 1698»Sxcous.se. Mcmoires sur l’nnion de la Chä***pagne et de la Brie a la couronne &France (Mem. de l’acadcinie des iuscrip"tions, t. xvir, p. 295).

Keauoier. Mcmoires historiques dela p r0vince de Champagne , 2 voJ. in-8, 17-1*

* Remarques critiqnes sur les Mernoif^historiques de Beaugicr, adressees a n>l .conseiller au parlement (Mercure, uv*1722). , ^

Reaugier. Reponse aux Remarques pi* eCedentes (Mercure, juillct 1722).Taii.i.amdier (D.-Ch.). Projet d’une

generale de Champagne et de Brie, ’1783. ‘ d€

Moktiiol (J. de). Rcsume' de IhistotWChampagne, depuis les pi enuers ^de la Gaule jusqua nos jouvs, ,I1 '1826 . , . JeKagon (F.) avec Fahre u’Oi.ivet. Fred 3ihistoire de la province de Champ a p ^et de ses anciennes dependanceSKeauce, Klaisoi*, m-18, 183 j).