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YILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.

neanmoins , pendant qu’on lui mettait les sangles, il prononea dis—tinctement ces mots : Je meurs innocent , je pardonne ä nies en-nemis, et je desire que man sang soit utile aux Francais et quilapaise la colere de Dien . A dix lieures dix minutes, sa tete futseparee de son corps , et ensuite montree au peuple : a l’instantles cris de Vive la republique ! se firent eutendre de toutes parts. Sesresles furent places dans une maimette d’osier et couduits au cimetierede la Madeleine.... Apres l’execulion, quantite de volontaires s’empres-serent de tremper dans le sang le fer de leurs piques, la baionnette deleurs lusils ou la lame de leur subre. Un citoyen monta sur la guillotinememe, et plongeanl tout entier son hras nu dans ie sang qui s’etaitamasse en abondance, il en prit des caillots pleiu la main, et eil aspergeapar trois fois la foule des assistants!.... « ()n ne manquera pas, impri-mait le lendemain de cette execution l’auteur des Revolutions de Paris ,de calonmier le peuple a ce sujet; mais la reponse la plus peremptoirequ’on puisse faire aux imputations odieuses dont on va s’ellbrcer denoircir Paris ä cette oceasion, c’est le calme qui regna la veille, le jouret le lendemain du supplice de Louis Capet, c’est la docilite des liabi-tants de Paris ä la voix du magistrat. Les travaux ont ete un moment,suspendus, mais repris presque aussitot, comme si de rien n’eut ete.Comme de coulume, la laitiere est venue vendre son lait, les ma-raichers ont apporte leurs legumes, et s’en sont retournes avec leurgaiete ordinaire, chantant les Couplets d’un roi guillotine. Les richesmagasins, les boutiques, les ateliers n’ont ete qu’entr’ouverts toulela journee , comme jadis les jours de petite fete. La Bourgeoisiecommenca un peu ä se rassurer vers les midi, quand eile vit qu’iln’etait question ni de meurtres, ni de pillage , malgre les prcdic-tions charitables de quelques gens otlicieux. Il n’y eut point de re-läche aux spectacles; ils jouerent tous (1) : on dansa sur l’extrumiledu pont ci-devant de Louis XVI.... On parlait de tirer le canon duPont-Neuf au moment de l’exccution. Cela nVut pas lieu ; et eil jeffet la tete d’un roi , en tombnnt, ne doit pas faire plus de bruit !que celle de tout autre scelcrat!!! >» ( Revolutions de Paris , n° 185, Ip. 202-207.) La convenlion siegen comme les jours preccdents, et de- Icreta ce jour-lä que les lionueurs du Pantheon seraient accordes äMichel Lepelletier de St-Fargeau, assassine la veille par le garde ducorps Paris.

Le 17 juillet perit Charlotte Corday, jeune vierge dont la main de-vouee plongea le 1er dans le sang impur de Marat. Pendant le trajet dela Conoiergerie au lieu de l’execntion, une serenite vraiment celestebrillait sur le charmant visagc de la victime; seulement, eile rougit äPaspect de recliaiaud. Le calme de ses traits ne se dementit qu’au mo-ment ou lYxeeuleur Legros lui arracha le ficlm qui couvrail son sein.

A ce moment, la pudeur outragce se trahit chez la jeune vierge en immouvement de colere bientöt reprimee. Quand sa belle-tete fut tombee,l’executeur la mentra au peuple, et cut i’mfamie de la f'rapper sur lesdeux joues, qui se couvrirent, dit-on, d’une rongeur qui frappa tousles regards 1 mais cette action infame provoqua une explosion d’indigna-tion parmi ce meme peuple qui avait aceompagne la charrette avec d’a-troces imprecations. Aiusi perit, a sepl lieures du soir, a Page de viugt-cinq ans, cette hlle sublime, dont le nom, ainsi que l’a si bien exprimerinlorlune Chenier, est un immortel honneur pour notre histoire.— Cesacrifice humain lut accompli dans une des plus helles Saisons de l’aii-nee. La cbaleur, qui avait ete accablante pendant tout le jour, etaitalors temperee par la brise legere du soir, qui invitait ä jouir des agro-nients de la promeuade. La foule se dispers« suus les ombrages des Tui-leries ou des Champs-Elysees ; les plus insonciants furent au spectacle.On donnait ce jour-lä, ä l’Opcra, Orphee et Euridicc et le Jngementdu beiger Paris; au theätre de la Nation, le Comte de Comminge etle Concdiateur; a l’Opera-Uoinique, Azemia ou les Sauvages et leDroit du Seigneur; au theätre de la Republique, la Metromanie et leDeuil premature ,* au Yaude\ille, Arlequin Cruello, l’ Apotheose, Fa~

(i) On donnait au llieälre de la Republique, les Fotics Amanrcuses, V Enfant procli-gue; au thealre Monlansii-r, les Evenements imprevus, le Sourd ou VAnberg* p/eine; äFeyileau , le Mcdecin malgre lui, 1‘IIistoirc universelle; uux Italiens, l’Amant jaloux,fAmi de la maison; k l’Acad6niie de musiqur, Roland,

vart aux Champs-Elysees; A Feydeau, les Visilandines et le Club deSans-Souci. A chaeuu de ces spectacles il y avait foule!

Le 10 aoüt 1793, jour anniversaire de l’aholitioii de la royaute, oncelebra sur la place de la Revolution une lete publique pour rinaugura-tion de la Constitution de la republique frnncoisc. Un immense bucher,forme de tout ce qui avait servi ä la represenfation et au faste de larovaute etait dresse sur cette place, llerault de Sechelles , president dela convention et de cette lete nationale, en arrivant au pied du biieher,s’adressa d’une voix forte ä la foule immense qui l’entourail , et, apresavoir rappele que c’etait lä qu’avait ete eouronne le grand sacriüce dela revolution (il etait loin de prevoir que dix mois apres lui-memeperiraitsur cette meme place), il s’empressa d’ajouter : « Qu’ils peris-sent aussi ces signes honteux d’une servilude que les despoles all’ectaienlde reproduire sous toutes les lormes ä nos regards, que la ilamme lesdevore ! » En disant ces mots , il prit une torche enllammee, l’appliquacontre le biieher, et, ä l’instant, trone, eouronne, sceptre, fleurs de lis,manteau dueal, eeussons, armoiries, tout disparut au bruit petillant desHammes et au milien des acclamations de plus de cent rnille personnes.

Le 16 octobre ä dix lieures du matin, Marie-Antoinette, veuve deLouis XVI, monta dans la fatale charrette, lesjnains liees derriere le dos;apres deux lieures de marche, eile arriva sur la place de la revolution.Elle etait vetue de blanc , et s’etait elle-meine coupe les cheveux. Enmontant ä 1’echafaud, eile marcha par megarde sur le pied de l’execu-teur Sanson, tpii en ressentit tpielque douleur : Monsieur , lui dit-elleeil se retournant, je tous demande exettse , je ne l'ai pas fait exp res.A midi elleavaitces.se de vivie et de souflrir !—L’liistoire dira cequi precipita le supplice de cette reine ; on en connait peu les delails,mais on est autorise ä croire que les auleurs de la mort de Louis XVI,menaces dans leur existence, reagirent avec audace, ct voulurent pron-ver ä leurs ennemis ({u’ils n’avaient pas peur et qu’ils pouvaient lesbraver. — On remarqua que ce jour-lä les spectacles furent plus suivisque les jours preccdents : on jouait ä l’academie de musique (Opera) :l’Offrande a la liberte , Fabius y le Ballet de Telemaque; ä l’Opera-Coinique , rue Favart , Guillaume Teil , la Fete civiqtie ; au Iheätre dela Republique , lue Richelieu , premiere representation du Jngementdernicr des rois , le Mechant; au thealre Feydeau , Tulipano; le Clubdes Sans-Soucis ; au theatre Montansier, Eustache. pointu ; au theätreNational , rue Richelieu et Louvois, l' Amant jaloux ; au Vaudeville, laGageure inutile; au Theälre-Franeais, Comique et Lyrique, nie deBondi, Nicodeme dans la lunc, la Scrvante mattresse.

Le 30 octobre furent executes vingt et un deputes ä la convention na-tionale; ils marcherent au supplice en chantant la Marseillaise , et mou-rurent tous avec courage. — On jouait ce jour-lä au theätre Feydeau ,Allons, ca ira; au Vaudeville , la Revanche forcee ; au theätre de laRepublique , le Modere.

Le 7 novembre perit sur l’echaläud Louis-Philippe-Joscph, ditEgalite , duc d’Orleans, pere du roi Louis-Philippe I rP , depute ä laconvention nationale. Le peuple accabla ce prineo de huees sur sonpassage, mais il se trouva plus fori contre ses insultes (ju’il ne l’avaitete contre ses earesses decevantes. De toutes les victimes moissonneespar la laux revolulionnaire aucune n’alla plus tranquilleinent, plus eou-rageusement ä 1 echafaud.

Le 9 novembre vit perir M me Roland, femme. de l’ex-miuistre de cenom, l’une des plus regrettables victimes du tribunal revolulionnaire.Elle etait vetue de blanc, Symbole de la purele de son ame. La touleenme de pitie, ou saisie d’adiniration, gardait un morne et prolond.silence. Cependaul, de loin en loin , quelques scelerats gages pourinsulter au malheur criaient : A la guillotine! a la guillotine. 1

Roland , avec sa douceur inclee de horte, repondail: « J’y vais ;tout ä l’heure j’y serai. » Arrivee sur la place de la Revolution, eiles’inclina devant la Statue de le Liberte, et dit : O liberte, comme ont’a jouee! Parvenue au pied de l’eeliatäud, oii par faveur on lui avaitaccorde de monier la premiere, eile eut la generosile de ceder ce tristeprivilege ä son compagnon de voyage S.-F. Lamarebe , ci-devant direc-teur des assignats. L’execuleur s’opposait ä ce ehangement : eile lui ditavec un sourire : « Vous ne pourriez pas, j’en suis shre, rejeter la der-niere demande d’une femme. »