VIELE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 4. QUARTIER DES TUILERIES. Hl
du Carrousel, agrandie, est devenue ime place d’armes sur laquelle on a {vu manucuvrer des armees enliöres; lcs apparlements interieurs ont eterestaures, embclbs et rendus plus commodes ; les peiutures, les dorurcsdes platonds, celles de la galerie de Diane, ont. etc remises en bon etat, (saus alteration dans leurs lormes ou dans les sujetscju’elles representent.
Du temps de Catherine de Medicis, le grand escalier se trouvait dansle Vestibüle du pavillon du milieu, qu’il oeciq>ait lout entier; il fut de-place sous Louis XIV, et Lev au v substitua celui qui etait naguere ädroileen entranfdans le vestibule, qui a öle remplace, par M. Fontaine,par un escalier droit, ahoutissant directement a la porte de la chapelleaetuelte, en traversant toute la galerie nouvellenient couverte; puis,par unc revolulion du palier d’en haut, 011 reutre dans Finterieur dupavillon du milieu, et. de la dans la galerie de gauche, qui comniuniqneaux apparlements. Ala place du premier escalier on a construit unesalledes gardes, de laquelle on aboutil äcclle des ceuls-suisses, ou etait ancien-nement une chapelle qui ne fut jamais complölement aclievee. Au-dessusregne la chapelle et une salle qui a eie occupee par le conseil d Etat; cetlecliaj>elle a etc reparee par 1’empereur, eile est ornee de deux ordres decolonncs doriques en pierres et en sluc, formant des tvibunes a trois faces,au premier elage; la tribune du roi est opposee a Fautel, au-dessus duquelest place 1’orchestVe. Celte cliapelle, la salle oii le conseil d’Etat tenait sesseances, et la salle de spectacle actuelle ont etc conslruites sur Femplace-ment de la grande salle des machines, construite en 1662, sous le regne deLouis XIV, sur les dessius de illalien Vigarani, pour la represenlalionde la Psyche, de Moliere ; on lui donna alors le nom de salle des ma-chincs. Vers 1720, Louis XV, alors äge dedix ans, dansa sur ce tlieatre,avec plusieurs seigneurs de sa cour, dans la comcdie de YInconnu.Cette magnifique salle etait abandonnee, Iorsque le celehre architecteServandoni, ingenieux decoraleur, ob li nt de Louis XV, vers 1730,1apermission de donner dans cette salle, a son probt, des paulomimes etdes speelaeles de simple decoralion pour 1'ormer des eleves cn ce genre;pendant plus de quinze ans il donna sur ce tlieatre des representatiousqui obliurent un grand succes, notamment les representatious de Sl -Pierre de Rome, Pandore, les Travaux d’Uhsse, la Descente d’Endeaux enfers , et surtout la Foret enckantdc, du Tasse. — En 1763,apres Fincendie qui devora une parlie des bätiments du Palais-Royal,l’Opera fut installe aux Tuileries, oii, pendant Fappropriationde la salleau jou des machines, on donnait des concerts trois fois par semaine;Fouvcrture de FOpcra eut lieu le 24 jauvier 1764, par La premiererepresentation de Caslor et Pollux , et les representatious conlimicrentsur c,e thealre jusqu’ä la reconstructioii de la salle du Palais-Royal.— \En 1770, les comediens franeais ayantete obliges dequitter leur thealrede la me des Fosses-St-Germain-des-Pres, qui menacait ruines, vinrentoccuper la salle des Tuileries, en attendant la construclion de la sallede FOileon. Xis y restcrent douze aimees; c’est la que Voltaire, de re-tour ä Paris, viut assisler le 30 mars 1778, au triomphe qui preceda samorl de fort peu de jours. Ce jour-lä, la cour des Tuileries etait rem-j>lie d’individus appartenant ä toutes les classes de la socielc, qui s’yölaienl rendus spontanöment pour rendre lioiuinage au patriarc.be de lalitterature Iranenise. Des que sa voitureparut, les cris de 'vivo. Voltairc!retentirent pour ne plus finir. Le marquis de Villette l’aida a descendredu carrossedanslequel il etait avcc le procureur Glause. Tous les deuxlui doimerent lebras, et eurem peine ä Farracher ä Fadmiration de la ifoule. Son entree dans la salle, que remplissait une foule elegante etchoisie, excita un veritable enthousiasme; cliacun Fentourait et voulait |le conteinpler un momeni; les femmes surtout se jclaicut sur son pas- |sage et Farretaient ahn de mieux jouir du bonheur de le voir ; quel- jques-unes meme s’empressaienl de touclier ses vetements. Voltaire se !placa dans la löge des gentilsbommes de la chambre, en face de eelle du Icomle d Artois. A peine etait-il assis, que d’uue voix unanime on cria : \La couronne i que le comedien Brizard viut aussitöt lui metlre sur la ;töte. Vous vottlez donc me. faire mourir, s’eeria Voltaire, pleurant de |joie et se refusant ä cet honneur. Il prit cette couronne ä la main et lapresenta ä Belle et Bonne; rnais le prince de Reauveau s’empara dulaurier et le replaca sur la lote de Voltaire, qui cetle Ibis ne put resisler.Les applaiulissements ne disconlinuörent pas pendant tonte la duree dela representation d’ Irene. La toile tomba, pour se relever uu momeut
apres, et Fon apercut le huste de Voltaire, eleve sur un piedeslalet enloure de tous les acteurs formant un demi-cercle, et tenant ä lamain des palmes et des guirlandes. Le bruit des fanfares et des tam-bours annonca la ceremonie. M'“° Vestris s’avanca et deposa sur le husteune couronne de lauriers. En ce moment la salle fut ebranlee par untonuerre d’applaudissemcnts iongtemps prolonge; M l,,c Vestris lut eusuiteles vers suivants, composes par le marquis de St-Marc.
Aux ycux (le Paris rncliante,llet’ois en ce yniv un houiiuogcQue corfirmera «l’agc en agel,a severe post6ril6.
Non, ln n’as pas besuin d’atleimlre au n 0 ir riva<'ePour jouir des lionneurs de 1'iininorlaliTö :
Voltaire, recois la couronneQue l’ou vient de te presenter;
II est bcau de la nitriter,
Quand c’esl la France rjui la douno!
Apres cette lecture chaque acteuv fut poser sa guirlande autour duhuste, qui pendant toute cette ceremonie fut saluc de bravos et de vivatprolonges. La toile fut baissee et relevee presque immediatement pourla representation de Nanine , qui fut jouee au milieu de coutiuuels bra-vos ; le huste de Voltaire avait ete place sur la scene, ä droite dutlieatre, el il y resta pendant toute la representation. Les bravos se con-tinuerent Iongtemps encore apres la sortie du tlieatre, et Voltaire putles entendre du ponl. Royal et meme de son hötel. Le comle d’Artois(depuis Charles X), qui assistait ä cette soleuuelle representation, avaitenvoye le prince d’llenin complimeuler en son nom le cliantre deHen-ii IV et de Jeanne d’Arc. —En 1789, une troupe de comediens, venued’llalie sous la protection de Monsieur (depuis Louis XVIII), debuta surle thealre des Tuileries, le 29 jauvier, par un opera buffa intitirle Vicendeainorose. La journee des 5 et 6 oetobre, qui obligea Louis XVI ä oe-cuper les Tuileries, fbrea les bouhes a denienager, pour aller s’etablirä la foire St-Germain. — La salle de spectacle des Tuileries fut entie-reiuent detruite on 1792, ainsi que toutes les autres distrihutions faitesdans le mente local, lorsqu’on y etablit la salle des seances de la Con-vention nationale et ses acccssoires, a laquelle on travailla des queLouis XVI et sa famille eurem ete transferes au Temple. — La salleconstruite aux Tuileries par Vigarani etait regardee ä cette epoquecomnie la plus grande salle de spectacle de l’Europe, apres celle deParme : sept a huit mille pevsonnes pouvaient y etre couvenablementplacees ; eile occupait toute la largeur de Faile du pavillon Marsan,d’un niur a Faul re ; la scene, depuis le rideau jusqu’au mur de refenddu pavillon Marsan, avait 41 m. 83 c. de profondenr ; Fouvcilure delascene etait de 40 m. 39 c. etla hauteur de 11 m. 4 c.; la partie livree auxspectateuvs avait dans ceuvre 16 m. sur 30 m. 20 c.; laliautcm* du par-terre ä ia voute etait de 16 m. ; Fordre d’archilecture etait composite.
C’est dans cet immense emplacemeut que Fon conslruisit la salledestinee aux seances de la coxvention nationale , qui quitta lasalle du Manege, et prit possession de Ia nouvelle salle le 10 mai1793 ; les pieces adjaccnles furent reservees pour les divers bu-roaux de cette assemblee. Toutes les denominations qui pouvaientrappeier la royaule furent remplacees par des lionis rcpublicains ; lepavillon Marsan deviut le pavillon de FEgalite, celui du milieu recut lenom de pavillon de FUnite, le pavillon de Flore deviut le pavillon de laLiherte. C’est dans ce pavillon que furent installes le comite de salut pu-blic, et les comiles des hnances, des assignats et monnaies, de Jiquidationet des comptes, de la marine et des colonies ; le comite de la guerreoccupait le pavillon de lUnife, les comites de legislation, d’agri-culture et du commerce, des inspecteurs de la salle, occupaient le pa-viilon de FEgalite. On entiait diiectemeut dans la salle de la Conventionpar un perron qui donnait sur la terrasse des Feuillants. Celle salle,suivant les descriptions qui nous restent, etait un mclangc de grandeur,d’audaceet de detauts de principes en archilecture ; les ampiiitheätresdu peuple, plaees aux extreinites de la salle, sur lesquels des milliers decitoyens venaient s’entasser tous les jours, n’avaieut d’autre n]>pui qu’unfaible poteau de 9 m. 74 c. de portee et d’un seid morceau, el Fon nepeilt coucevoir eomment celle parlie de la salle ne s’est pas ecroulec