VIELE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N“ 4. QUARTIER DES TUILERIES.
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de peuple accouru de toutes les parlies des seclions de la capilale. Lesmembres de la Convention assisterent a cctte fete sur un vaste amphi-theälre ndosse an pavillon du centre. Robespierre, recemment nominePresident de l’assemblee, apres avoir prononce un discours sur lesrapports des idees religieuses et morales avec les priucipes rcpublicains, is’avanca arme d’ime torehe jusqu’au bassin circulaire situe eu face ilel’entree du palais, oil on avait eleve une Sorte de pyramide entouree deßgures allegoriques de 1’Allieisme, de 1’Ambition, de rEgoi'sme. , de lafausse Simplicile, qui, ä travers les liaillons de la misere, laissaientapercevoir les decorations et les ornemenls des esclaves de la royauto.Arrive ä ce groupe, Robespierre y mit le l'eu ; toutes ces liguves dispa-rurent, et de l’epaisse l'umee tjui les enveloppait on vit sortir la statuede la Sagesse. Robespierre prononca ensuite une seconde barangue,apres laquelle le peuple et la convenlion so rendireut au Champ-de-Mars, oii la feie se termina par des liymnes chautcs eu clia-ur sur 1 au-tel de la patrie. ■— On celebra cncore dans le jardin des luileries la letedes victoires, la fete de l’buinanite, la lete de l’agriculture, etc., etc.,dont il sera parle dans d'autres parties de eet ouvrage. Le 19 ven-demiaire an m (10 octobre 1704), le corps deJ.-T. Rousseau, quiavait ete exhume de l’ile des Peupliers ä Ermenonville, fut depose dansuu des bassins du jardin des Tuileries, d'oii il fut trausfere le lendemainau Pantheon. « Il n’est pas un coeur sensible, dit Mercier, qui ne serappelle avec deliccs celte belle soiree d’automne oü les habitants d’Er-meuonville amencrent ä Paris le cercueil de l’auteur d 'Emile, sous unberceau d’arbtistes en lleurs. L’air etait ealme, le ciel pur ; un longrideau de pourpre voilait il l’horizon les ravous du soleil couchant;un vent lrais agitait doncement les dernieres feuilles. Bientot les sonsd’une musique simple et naive se font enlendre au loin. Une foule decitoyens se prccipile au-devaut du cortege; tous les coeurs palpilaientde joie. Le char funebre enlrait avec une majeslueuse lenteur ; unejeunesse nombreuse le suivait dans un respectueux silenee. Les sym-phonistes laissaient enlre chaque air im court intervalle, alin qu’onpüt le recueillir et le chanter en soi-meme; on eilt dit que les angesdescendus sur la lene veuaieut pour l’enlever au ciel au milicu de leursravissauts coneerts. La pornpe arriva au bassin qui represcnlait l’ile desPeupliers, oü il recut les larmes des spectateurs ranges tont autour, etcelles plus aboudantes encore des fennnes qui pensaient i\ Julie, a So-phie, ii Warens si tendremeut, si constamment airnee de son lils adoplif.Le cercueil fut depose sur une estrade et recouvert d’un drap bleu par-seme d’eloiles. Tous les yeux s’y lixaienl. La gloire du grand liommepercail les lenebres de la rnort et semblait le montrer tout vivant. Milleliambeaux eclairaient cette touchante cerentonie. Les pleurs embellis-saient tous les visages; ils ofl'raient l’image, non de la douleur in-consolable de la perle d’un ami, mais de la tranquille esperance qui levoil revenir. — On termina les obseques par l’air *. Dans nia cabaneobscure; et cliacun en se retirant le ebantait encore avec attendrisse-ment. » — Nous aurions desire pouvoir linir par cette citation, sipropre a inspirer de douces emotions, eet arliele peut-etre deja troplong sur le jardin des Tuileries; mais notre devoir d’bistorien nousimpose 1 Obligation de rappeier ä la memoire de nos coneitoyens, par-lois un peu trop oublieux, les saturnales dont ee jardin fut le theatrelors de la rentree des Bourbons. Lorsque Louis XVIII fut revenu auxluileries, en juillet 1815, le jardin ne tarda pas ä se remplird’une foulebizarrement composee : on y voyait en mente temps des soldals et desotliciers prussiens a l’air grave, des soldats anglais ä la demarche raideet ä la face immobile, des suppötsdela police, et, parmi eux, quelqueshonunes a cocarde blanche, des femnics et des jcunes fdles elegammentparees qui vociferaient le cri de Vive le roi! Tout ä coup ces fennneslorment des larandoles ; elles veulent danser en rond; mais les hommesmauquent ou se tiennent a l’ecart : elles vonl les inviter. lies meres,ricbement velues, tie eroient ni deroger a leur noblesse bereditaire, nintanquer aux bienseances, en allant prendre bardiment des soldats an-glais ou des agents de police. Elles placent dans leurs ntains les maius deleurs jeunes lilles, et donnern le signal du chant et de la danse. La nuitnteme n inlerrompit point ces Iransports que son ombre semblait rendre
l'lus vifs encore!. Tournee de honte, dont le peuple, saintement
recueilli dans son deuil patriotique, ne partagea point l’ignoble delire.
Place du Carröusel. C’est un vaste Parallelogramme allonge dunord au suil, situe ä Test des Tuileries , separe de la cour de ce palaispar une grille de tcr terminee par des lances dorees. —- Bordee au sudpar la grande galerie du Louvre, et au nord par la galerie continueejusqu’a la rue de lloban et destinee a joindre de ce cote le Louvre auxTuileries. Lorsque cette galerie sein achevee , cette place sera la plusvaste et la plus magnilique place de 1’Europe; malbeureusemenl eile estencore encombree sui une parlie de son etendue de vieilles maisons, demasures et d’ignobtes ücboppes qui desbonorent le palais du souverain,et que la liste civile devrait bien s’empresser de faire disparaitre.
Lorsque Catherine de Medicis lit bätir le palais des Tuileries, il setrouvait isole d’un cote, enlre une nie qui, partant ä peu pres depuis larue du Dauphin, regnait le long du palais , et aboutissail presque ä lasortie actuelle du jardin; de l’autre cote se trouvait une place viele surlaquelle on traca , eu 1600, un jardin, dit le Jardin de Mademoiselleque Louis XIV lit detruire et transformer eu une vaste place publique,lorsqu’il voulut acliever les bätiments des Tuileries. Cette place, quis’etendait alors jusqu’a la rue St-Nicaise , tracee sur la direetion quesuivait de ce cote l’enceinte de Paris sous Charles Y, fut choisie parLouis XIV pour y donner, les 5 et 6 juin 1662, en rejouissance de lanaissatnee du dauphin, une fete ou spectacle, composee de courses, deballets, et d’ime espece de tournois oü la cour elala un luxe extraordi-naire dans les liabits et les cquipages. Ou avait ä eet eilet eleve sur laplace une construction en charpente qui concourait ä l’eclat du spectacle,un des plus magniliques de ceux donnes par Louis XIV, et dont la de-pense s’eleva , suivant les memoires du temps, ä douze Cent mille livres:il y eut cinq quadrilles representant rinq nalions diflerentes; le roi etaitclief du quadrille des Romain» ; Monsieur, son frere unique, de celuides Tincs; M. le duc, de eelui des Moseovites, et le duc de Guise decelui des Maures. Cette fete, nommee Carröusel, donna par la suite lenom ä la place oü eile fut execulee. En 1798, le nom de cette place futchange en celui de place de la Reunion, anquel onrestitua en 1814 celuide Carröusel.
La cour du Carröusel, separee de la place propremeut dite, a subidepuis son origine diverses modilications. Elle etait une quand le palaisne se composait que de trois pavillons et de deux galeries; eile fut ensuitedivisee en trois cours bornees par une ligne de constructions dont lecentre presentait deux pavillons situes aux angles de la Separation descours, et deux guerites untre lesquelles etait la grande porte d’entree, enface du Vestibüle du cluileau; ces pavillons etaient joints aux guerites parune galerie en bois, couverte et appuyee sur un ntur crenelc : au milieu,etait la cour royale; ä gauche, la cour des princes; ä droite, la cour desSuisses. De cette. derniere on entrait dans la salle du concert spirituel,qui avait licu tous les jours, depuis le dimanclie des Ramcaux jusqu’acelui de Quasimodo, et les jours de l’Ascension, de la Pentecote, de laTrinilc, de la Fcte-Dieu, des fetes de la Vierge, de la Toussaint, la veilleet le jour de Noe.1. II n’y avait pas moins de cinquante voix et quarante.sympbonistes. Le prix des places etait de six livres aux loges et de troislivres aux secondes et au parquet. — Lors de la revolution du 10 aoüt1792, les pavillons de la cour du Carröusel fureut incendics et ne fu-rent jamais releves. Quelque temps apres, les diverses constructions qu;divisaient les cours et qui les separaten! de la place du Carröusel dispa-rurent, ainsi que la caserne des Suisses et celle de la Compagnie d’invali-des, qui avait etc incendiee au 10 aoüt; les limites de la cour uniquefureut reculees de mauiere ii la rendre assez spacieuse pour y fairemanocuvrer plusieurs regiments de cavalerie et d’infanterie, et une bellegrille en l'er, ii piques dorees, posce sur un ntur a hauteur d’appui,remplaca les constructions qui obstruaient la vue de la l'acade du palais.C’est dans l’enceinte de cette cour qu avait lieu, sous le consulat etl’empire, la grande parade le 15 de chaque mois.
C’est sur la jilacc du Carröusel que fonctionna pour la premiere foisrinstrument de inort dont l’invention est attribuee au mederin Guillotin.
Au centre de cette place s’elevaient en 1793 deux arbres de la liberte,au pied desquels fut enteil e (en avril 1793), avec toute la pompe repu-blicaine, le fougueux Lazowski, direcleur, au 10 aoüt 1792 , de l’artil-lerie des federes qui foudroya le cbäteau des Tuileries. Les jacobins luirendirent les derniers honueurs , et Robespierre prononqa son oraison