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VIELE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — X° 4. QUARTIER DES TUILERIES.

consistait en plusicurs batimeuts; Fccho etait au hont de la grande allee,cachc par dos palissades : c’elait lä que les galants de Fepoque se ren- ■daient pour domier des serenades ä leurs maitresses. A peu de distance 'de cet eelio, du cotc de la porle St-IIonorc, etait placee Forangerie, presdii laquelie se trouvait une inenagerie. Dans la porlion qui tenait ä laporle de la Conference, on avait inenage un grand terrain qui servaitde garenne, et a lVxtremite de ce terrain, entre la porle de la Confe-rence et la volicre, etait un chenil, que Louis XIII donna, en 1630, aRenard, valet de chambre du commandeur de Souvre, ä la condition dedefricher le terrain des alentours et d’y vassembler des lleurs rares. Re-nard fit de cet enclos un superbe jardin, au milieu duquel il bätit unjoli pavillon, qui a jotii pendant longtemps d’une certaine celebrite:l’isolement du jardin, les agrements de tonte espece qui en faisaient unHeu dedelices, et riimneurcommodedu proprictaire, rendirent le jardinRenard le but des rendez-vous clandestins des roues et des grandes danies ,de Fepoque. Cette habilation servait de rendez-vous, apres les pro- |menades du cours, aux seigneurs du bon ton pendant la minorite de jLouis XIV; eile devint celebre dans les guerres de la Fronde, par les !querelles et les petits combats dont !e duc de Beaufort etait le Heros, et Idont la maison Renard etait le theatre. Mais la plus grande illustra- :tion de la maison Renard est d’avoir löge le Poussin, qui y fut installe ■ä la iin de 1640, par ordre de Louis XIII.

Vers -1663, Louis XIV ebargea Lendtre de dessiner le jardin des Tui- >Ieries sur un nouveau plan , et cet habile artiste en fit un ehef-d’orm re 1de bon goüt, d’adrossc et de genie. Lendtre fit abaltre Fhotel de M lle de :Guise, la vollere et les aut res bätiments qui s’etendaient du edle de la Iriviere jusqu’ä la ban iere de la Conference. Il environna le jardin de Ideux terrasses plautees d’arbres, celle du bord de l’eau et eelle desFeuillants. qui cncadrent le jardin des deux edles de sa longueur, etqui, apres un retour, s’inelincnt en se rnpproehant a l’extremite ocei-dentnle, oü chacune, decrivant une courbe, s’abaisse par une ranipe äpeute douce jusqu’au niveau du sol : ces deux teiTasses laissent entreeiles une vaste ouverture ferniee d’une grille par laquelie la vue penetredans les Champs-F.lysecs, et en decouvre la inagniliqne avenue. Au pieddu palais est pratiquee une terrasse, qui, avcc les deux autres terrasseslaterales, semble contenir le jardin eutier dans une espece de boulin-grin. Chacuue de ces terrasses est accompnguee d’escaliers en pierred’un beau dessin ; on y nrrive aussi par des peutes douces, dont les nnirsde revetenient sout remarquables par le.ur belle exccution; des ehar-milles couvrenl agreablement tous les nmrs de soutenement. — Devantle chäteau se developpe un parterre de 240 m. d’etendue, forme decompartiments de gazous separes par des uliees, entoures d’une grille ahauleur d’appni. et autour desquels croissent , sur de legers ados, desarbustes et des lleurs. Ces parterres sont disposes de inanicre qu’on a puplacer entre eux trois bassins circulaires, formant un triangle tenninepar leplus grand des trois: celui-ci s’aligne avcc le grand bassin situ«ä Fextremite de la grande allee pereee directement en face du pavillondu milieu du chateau, a travers un vaste couvert qui s’etend au delädu parterre et se prolonge jusqu’ä rextremite ocridentale du jardin. Auxdeux edles de cette allee, dont la longueur est de 240 m., ctaient distri-buees des pieces de verdurc entourees d’arbres ä bautes tiges, de boisplnntes regulicrement en quinconces, de hosquets, etc. Ces dispositionsinterieures ont eprouve divers changements, et ne resseniblent plus auxdossius de Lendtre; mais la masse entiere du couvert est restee toujoursla meine, et conserve l’uspeet majestueux que Ini donnent la beaute desarbres ainsique les Helles proportions qu’a trncees ce grand decorateur.— Le long de la terrasse des Feuillants reguaient autrefois de grandstapis de gazon entoures de plate-bandes de lleurs, qui furent detruits en1793, et plautes en poinmes de lerre, ainsique tous les autres parterresdes luileries , par suite du decret qui ordonuait de semer et de ptanteren hie et en legumes tous les grands terrains alfectes aux jardins de luxeet d’agrement; c est sur la terrasse des Feuillants que se rennissaient,au commencement de mars 1815, tous oeux qui etaient restes fidcles äla memoire de Fempereur, qui se distinguaient des autres promeneurspar le bouquet de violettes dont ils paraient ostensiblement leur bouton-niere. Sur remplacement de ces tapis de gazon, on a forme depuis l’allocla plus fiequentee du jardin, designee sous le nom d’allee des Orangers,

du double rang de ces arbres en caisse que Ton y place dans la bellesaison. C’est dans cette allee, FEldorado de la fashiou et du dandysme,que Paris elegant se donne rendez-vous; lä se reunissent tous les genresd’aristocratie, oü une seule toutefois domine, celle du luxe et de Fele-gance; mais, comrne ehaque cliose a soll hon el son mauvais cote, siFon brille aux Tuileries, si l’on y goüte quelques jouissances de vaniteou d’amour-propre, le plus ordinairement on s’y ennuie; et, ä l’excep-tion de l’enfance folätre qui trouve du bonhe.ur partout oü il y a de Fairä respirer, de la verdure ä voir et des jeux ä partager, Jes nombreuxpromeneurs s’en vont le corps fotigue, la tele lourde et le coeur vide.

Avant la revolution on entrait au jardin des Tuileries par un ponttournant, construit sur les anciens losses de la ville. Anciennement, lesrois donnaient tous les ans dans ce jardin, le soir de la St-Louis, uncoucert, et de tont le.mps il lut destine ä des feles publiques. Une de cesletes fut attristee, le t cv decembre 1783, parun evenernent malheureux :les physiciens Charles et Robert s’y eleverent en ballon , et Fun d’euxfut victime de cette experience ; il tomba d’une bauteur prodigieuse, etse fracassa le corps dans le jardin meme. — Dans le cours de la revo-lution, le jardin des 'l uileries fut le theatre de divers evenements poli-tiques. Le 12 juillet 1789, le prince de Lambese, employe dans Farmeeque la cour avait vonlu former pres de Paris, se porta sur la placeLouis XV, franchit le. pont Tournant, el penetra dans le jardin desTuileries aveo un detachement du regiment de cavalerie de royal alle-mand , pour halnycr la foule qui s’y trouvait, et frapper de son sabre unmalheureux vieillard trop lent ä se relirer. Cet acte de violenee exeitacontre le prince une Indignation generale, et il eut ä peine le temps debattre eil retraite poureviter un engogement avee les gardes fran^aisesqui s’approchaient. En fevrier 1790, le jardin des Tuileries lutenvahiviolemment par une erneute occasionnee par le depart des tenles du roi.Le 25 juin 1791, Louis XVI, arrete ä Vareimes et rnmene ä Paris,rcnlra aux Tuileries par le pont Tournant a 7 bcurcs du soir ; les grillesdu jardin furent aussitot fermees sur Ini, et Fentree en fut interditejusqu’au 3 septembre, jour de Fachevementde la Constitution. Cepemlant,dans Fintervalle, Fassemblcc Constituante avant declare que la terrassedes Feuillants etait necessaire ä ses Communications, se la reserva. Il yeut des lors deux parties distinctes dans le jardin: la terrasse des Feuil-lants, qn’on appola Terre nationale, et le reste du jardin, ä Fusage duroi et de sa famille, qu’on appola Terre de Coldcntz. Pour marquer lalirnite de ces deux parties, on lendit, d’une extrcmile a l’autre de la ter-rasse, un ruhan tricolore supporte par les arbres (jui la bordaient du cotedu jardin ; ce fut comrne une muraille de Convention que personne n’eutjamais l’idee de franchir. — Le 18 septembre, eil memoire de Faeheve-ment de la Constitution, le roi donna une grande fete dans le jardin desTuileries, qui fut illumine avee des bougies. — Dans la inatinee du10 aoüt 1792, Louis XVI passa en revue les gardes nationales qui oc-cupaient le jardin, etse rcrnlit jusqu’au pont Tournant ;mais il ne reeutque des demonstralions de liaine ntelees d’injurcs, et son retour ne futmeine pas saus danger. Nous avons dit que, sur les represenlations deRadierer, il se decida ä sc rendre dans la salle des seances de Fassembleelegislative, en traversant le jardin, oü il fut en butte aux outrnges dupeuple, qui obstniait Fentree de cette assemblee. Apres les nmssacres decette jouruee, commences vers midi et teruünes avant deux heures, onne pouvait traverscr saus horrcur le jardin des Tuileries, ou de dix endix pas on rencontrait des cadavres entiers ou des portions de eadavresdans un etat complet de nudite; il scmblait que les Furies eussent clioisile plus beau jardin de Paris pour en faire le theatre de leurs all’reuxexploits. — Le 2 juin 1793, la convention nationale, assiegee parquatre-vingt mille liommes qui entouraienl les Tuileries, essaya saussucces de sortir du jardin par les issues du pont JVoyal et du pont Tour-nant, et fut obligee de rentrer dans la salle oü eile tenait ses seances. Onsait que ce fut dans cette journee que les jacobius et la commune eule-verent le decret d’arrestation contre vingt-deux girondins et cnulre lesmembresde la commission des douze. — Le IO aoüt 1793, anmversauede la cliute du trone, une fete imposante fut eelebree dans le jardin desTuileries pour Pacceptation de la constitulion de 1793 ou de 1 an i' !r deMarepublique.—Le 20 prairial an n (9 juin 1 794 ) fut eelebree dans ce jardinla fameuse fete de l’Etre supremr , au milieu d’un concours immense