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VILEE DE PARIS.
HUITIEME ARRONDISSEMENT. — N° 29. QUARTIER DU MAR AIS
L'£glise St-Denis, situee rue St-Louis-au-Marais, n" 50. C’est unedilice moderne, composc de trois nefs, eleve sur l’emplacement d’uneeglise bätie cn 1Ö84.
La place Royale, qui occupe l’emplacement de I’hotei. des Tour-7 .E 1 .LES, ainsi iminme ä cause des petites tours ou (ourelles qui l’environ-naient. Cet hötel fut eonstruit vers 1390, par Pierre d’Orgemont,chaneelier de France. Pierre d’Orgemont, son fils, le vendit en 1402 auduc de Bern-, freie de Charles V. Plus tard, l’hötel des Tournelles ap-partenait au l-oi Charles VI, et daus les capitulaires de Notre-Dame ilest qualifie de maison royale des Tournelles. Le duc de Bedl'ort, regentjiendant la minorite de llenri VI, prelendu roi de I-ranee, s’y logea vers1422, l’agrandit et l’emhellit au point queCharles VII et ses suceesseurseu prefererent le sejour ä celui de l’hbtel de St-Paul, qui etait vis-a-vis.Charles ATI en fit son sejour le plus ordinaire, et les beaux-arts, appe-les par ce galant souverain, accoururent dans cette maison royale poury orner des cabinets mysterieux, couvrir de sculptures ou de peinturesvoluptueuses les lambris et les plalonds. — Une partie du palais desTournelles s’appelait l’Hötel du roi; Louis XI l’habitait lorsqu’il etait äParis. Louis XII y mourut pour avoir voulu prouver ä la jeune Maried’Angleterre, sa troisieme femme, qu’on est jeune encore apres cin-quante ans ; mais jamais l’hötel des Tournelles ne fut plus richementdecore, plus galamment habile que sous Francois I er . II etait aussi lieheet aussi vaste que l’hotel de St-Paul; il renl'ermait plusieurs corps debätiments avec chapelles ; on y coinptait douze galeries, deux pares etsepl jardins ; son enceinte s’etendait depuis la rue desEgouts jusqu’ä laporte St-Antoine, et renl'ermait tout le terrain oii l’on a bäti depuis lesnies des Tournelles, Jean Beausire, des Minimes, du Foin, St-Gilles,St-Pierre, des Douze-Porles, et le commencement de la rue St-Lonisjusqu’ä la rue St-Anastase.
C’est pres le palais des Tournelles, rue St*Antoine, que fut donne en1559 un celebre tournoi ä l’occasion du mariage d’Elisabeth, lille deHenri II, avec Philippe II, roi d’Espagne, et de sa sieur Margueritcavec le duc de Savoie. Un vaste amphitheätre, divise en loges, avait eteprepare pour les dames. Les quatre tenauts etaient le roi Henri II, lesdurs de Ferrare, de Guise et de Nemours. Les lices etaient ouvertesdepuis deux jours, et le roi avait eu l’honneur de ces deux journees.Tout paraissait termine, et dejä mille voix proclainaicnt Henri vain-queur, lorsque, aperce' ant Montgommery, il declara qu’il voulait faireavec lui une derniere course en l’honneur des dames; Montgommervrelusa; mais, sur les instances du roi, il fut contraint d’obeir. Les deuxChampions s’elancerent des deux extremites de la lice, et revinrent detonte la vitesse de leurs chevaux. Montgommery brisa sa lancc dans leplastroii, et le troncon atteignit llenri ä l’a-il droit avec une teile vio-lence qu’un eclat peuetra dans la tete. Le roi fut empörte mouraut etexpira le lendemain, apres avoir pardonne ä Montgommerv. Celui-ciseretira en Angleterre. Catherine de Medicis le poursuivit ä outrance, etle lit condanmer ä mort par le parlement, comme assassin du roi; arretqui fut execute en elligie sur la place de Greve. Plus tard, Montgom-mery qui, de retour en France, avait cchappe par miracle au massacrede la St-Barthclemy, fut contraint de se rendre apres une resistauce de-sesperee , dans laville de Domliout. Sur les instances de Catherine deMedicis, il fut condamne ä mort, meurtri, disloque par la torture, traiuedans un tombereau, et execute en place de Greve le 26 juin 1574.
C’est ä l’entreede la rue des Tournelles, du rote de la Bastille, ou abou-tissait alors leparc du palais des Tournelles, qu’eut lieule27 avril 1578,äcinq lieures du matin, le lämeux duel ent re Quelus, Maugiron et Liva-rot, mignons de Henri III, contre d’Entragues, Riberac et Schömberg :celui-ci et Maugiron n’avaient que dix-huit ans. Ils furent tucs sur lelieu meme ; Riberac mourut le lendemain ; Livarot fut alitc plus d’unmois; Quelus, qui avait recu dix-neuf blessures, languit trente-troisjours. et mourut dans les Inas du roi le 29 mai ä l’hdlel de Boissv, devenudepuis le couvent des Filles de la Visitation de Ste-Marie, me St-Anloine.— I n duel, plus celebre encore par ses funebres resultats, ent lieu sur laplace Royale le 12 mai 1627. Trois combattants de cliaque cöte s’v rendi-rent ädeux heures apri'S midi: Montmorencv-Bouleville, sonecuyeret lecomte Dtschapelles, d uue part; de 1 autre, M. de Beuvron, son ecuver
et Bussy d’Amboise. Le combat fut Iong, vif et acharne : l’habilete etaitegale, le point d’honneur animait egalement les deux parlis. Apres lesassauts les plus vigoureux, Bussy, atteiut au-dessous de la mamelledroite, tomba saus connaissance aux pieds de Deschapelles, et mourutun quart d’heure apres. Beuvron et son ecuyer sc sauvorent en Angle-terre ; Montniorency et Deschapelles prirent la postepoui- se refugier enLorraine; ils furent rejoints ä 4'itrv-le-BniIe, ramenes ä Paris, cou-damnes ä mort et executes sur la place de Greve.
Quelques ecrivains ont assigne la place Royale comme lieu de sup-plice du graud maitre des templiers; ce Faii n’est point exacl; plusieursChevaliers furent en eilet brüles sur cette place, mais l’excculion dugrand maitre eul lieu ä la pointe de l’ile de la Cite, oii est maintenantla place Dauphine.
Apres la mort de Henri II, Catherine de Medicis abandonna le pa-lais des Tournelles. En 1565 Charles IX ordonna au parlement de fairedemolir ce palais , et de vendre l’einplaccment pour y perccr plusieursnies; mais cet ordre fut execute si leutement, que la demolition dupalais n’ctait pas encore entierement aclievce a l’avcnemenl de Henri IV.Ce monarque , ayant resolu d’etablir en France une manuläeture d’e-todes de soierie, lit veui renviron deux Cents ouvriers en soie, qu’illogea dans les restes des bätiments du palais des Tournelles, dont lapartie demolie avait etc alfectee au marche aux chevaux. Les entrepre-neurs de cette manuläeture, s’elanl trouves trop ä l’etroil, remplacerenten 16Ü5 les bätiments qui leur avaieut ete concedes par des construc-tions au centre desquelles s’clevait un pavillon magnilique, läisant faceä une vaste place fnrmce par la destruction du parc et du pidais desTournelles. La Situation et feilet de ce pavillon lirenl naitre l’idce d’en-tourcr la place de conslructions semblables. Henri IV lit construire äses depens l’tm des quatre cötcs, qu’il vendit ä des particuliers , etdonua l’emplacement des trois autres cotcs moyennant le payemcntd’unccti d’or de eens, ä la Charge d’y construire. des bätiments conlormesaux plans que le roi avait läit executer. La place publique, entoureepar ces bätiments , recul le nom de place Royale. Elle a etc achevcesous la regence de Marie de Medicis, et forme un carre parläit de144 m. de läce, entoure d’une grille en l’er. Les conslructions se com-posent de trente-cinq pavillons, dont deux , plus considerables que lesautres , sollt au centre des ailes principales. Henri IV voulut qu’onnommät pavillon Royal celui qui läit läce ä la rue St-Antoine, et pavil-lon de la Reine celui qui est en läce de la rue des Minimes; le reste desbätiments forme de fort beaux hotels.
Sous le minislere du Cardinal de Richelieu on eleva au centre de laplace la Statue equestre en bronze de Louis XIII, posee sur un piedestalen marbre blaue. La revolution renversa la Statue dece monarque, « quietait, dit Tallemant des Reaux, bon conlituiier, hon jardinier, rasaitproprement, savait larder une longe de veau , composait en musique,peignait un peu, et faisait assez bien des chässis; » enlin, comme le porteson epitaphe :
It ent cenl vertue de vulrt,
Et jms une vertu de nmitre.
La place Royale changea alors de. nom , recut celui de place desFeileres, et on y placa un parc d’artillerie ; un dccret de la Conventionnationale du 4 juillet 1793 ajouta ä ce nom celui de VIndivisihilile,nom qu’un arrete des consuls du 17 venldse an vn changea en celui deplace des Fosges. Ein 1814 la place Roy ale a repris sa premiere deno-mination; la statue de Louis XIII en marhre blaue a remplace celicelevee par Richelieu. Aux quatre coins interieurs sollt quatre lonlainrsconsistant en un bassiu circulaire d’oii s’eleve un Champignon portantdeux vasques.
L;t place Royale a ete pendant longtemps le quartier le plus fre-quente de Paris; c’etait le centre des plaisirs, le lieu de rcunion detoutes les jolies femmes, de tous les gens tlu bon ton. Aujourd’huicette pauvre vieille place est comme les lemines cpie les galants aban-donnent quand vienuent les rides : eile estsolilaire et delaissce. Ils solltpasses ces jours oii se pressaient dans ses allees, ducs, marquis et,comtes ponunades et ambres, coquets comme leurs jabols de dentelles,aux habits ä broderies, se dandinant avec gräce et im nee, lechapeau ä plumes sous le bras , et l’epie ä la cuisse ; oii se earraienl