VILLE DE PARIS. — HUITIEME ARRONDISSEMENT. — N" 29. QUARTIER DU MARAtS.
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joyeux petits abbes dameretsen liabitcourt ä collet, ä perruque blonde,odoriferants comme des cassolettes ; oü se pavanaient dames bien de-colletees , en robes ä paniers dont la longue queue de soie balavait lapromenade, se cachant sous le masque de velours et agitant sous leursdoigts un elegant miroir. Ils sont passes ces jours oü se croisaieut gensde qualite en riches chaises de conleurs tendres et ai morices, et laquinscrottes de Paris. Cela fait peine en se rappelant ce qu’elle a ete, de voireette place teile qu’elle est : ici un marchand de vin a enlumine trois onquatre arcades de sa couleur allegorique; la, une marchande ä la toi-letle etale des draps , de vieilles et sales nnppes ; ailleurs tin savetieraccroche des socques et d’ignobles bottes; plus loin est un bureau d’e-crivain public; l’hötel Nicolai (n"9) est habilepar un marchand de bois;l’hdtel Villedeuil (n ü 14) )est occupe par la niairie; 1 hotel Richelieu(n u 21) par un mercier, par un marchand de tabac, un avoue et un cabinetlitteraire ; l’hötel de Rohau (u»13) par un marchand de vin en gros; lepavillon du Roi (n" 1) par un marchand de meubles et par un marchandde vin ; au u" 10 est une fdature de coton. A l’exceplion de l’hötel deBreteuil (n° 4), oii habite le comte Portalis, et de l’hötel Guemenee(n" 6), acquis par M. Victor Hugo, tous les grands hotels de celteplace ont ete denatures, et seront bientot meconnaissables. Enfin, surla place oii Marie de Medicis donna un si beau tournoi, oü Louis XIVdonna de si brillants carrousels, errent silencieusement des malades, desvieillards, des infirmes et des bonnes d’enfants : sic transit gloria mundi!
VARIETES HISTORIQUES ET BIOGRAPIIIQUES.
Jy Kue des Tournelles, n" 32, habitait Ninox ue i.’Ekcios, qui mou-rut dans cette maison le 17 octobre 1706. — A l’epoque oü M’"' de Se-vigne ecrivait ses lettres charmantes, oü M" ,e Dacier s’illustrait par sessavantes traductions, et M'" e Lafayette par ses romans, Ninon soumettaitä l’empire de ses charmes les cccurs et les esprits, subjugues ä la fois parsa beaute et son amabilitc. Sou salon de la rue des Tournelles fut lerendez-vous non-seulement des grands hommes de son temps, mais en-core des femmes les plus distinguees de la ville et de la cour, qui viu-rent v prendre des lecons de l’art de plaire; on sait que M'" < ’ de Mainte-non y passa sa premiere jeunesse. Tant que la cour fut galante, Ninonet Paris ne furent que les emules de Versailles; mais lorsque, accable parles revers et domiue par l’influence de M'"' ! de Maintenon, le monarquese fut fait devot, Ninon redoubla d’esprit et de gräces pour empecherla capitale de suivre l’exemple de la cour, et eile y reussit. — Le salonde cette femnie, celcbre ä plus d’un titre, offre au plafond des bas-reliefset des corniches assez bien eonservcs. C’est dans ce salon queMolicre lutson Tartufe , en presence de Racine, de Lafontaine, de Lull:, de St-Evremont, de Chapelle, etc.; et la pensce retrace la place qu’occupaitchaque personnage admis dans ce sejour des gräces et des plaisirs ; läetait le fameux duc d’Enghien, qui plus tard fut le grand Conde; le bu-colique des Iveteaux , la seduisante Marion de Lorme , et son amant lecourageux et fidele Cinq-Mars, etc., etc. On voit encore sur la cheminee,au-dessus du chiffre de Ninon, un groupe sculpte, representant unefemme ecrivant sur des tablettes qu’elle appuie sur le Temps, et sus -pendant son travail pour se regarder dans un miroir que l’Amour luipresente.
Pres de la maison qu’habitait Ninon demeurait et est mort en 1708,•T.-H. Mansaku, homme de genie auquel on doit les plans d’apres les-quels ont ete executes la place des Victoires, la place Vendöme, le domedes Invalides, etc., etc.
® ue Culture-Ste-Catherine, n* 23, au coin de la rue Neuve-Ste-Catlierine, est 1 ’hötel de Carka valet, construit en 1544 sur les dessins dePierre Lescot, abbe de Clagny, par J. Bullant, pour Jacques de Ligneris,President au parlement de Paris, et deeore de sculptures par le celcbreJean Goujon. C’est ä son admirable ciseau que l’on doit ä l’exterieur dela porte les deux gracieux enlänls groupes dans un medaillon, dont Tuntient une palme, 1 autre un rameau d’olivier. et qui supportent cnseiii ■We l’ecusson armorie de l’hölel. He chaque cöte du medaillon, et dansl’arc du cintre, de magnifiqucs trophees, des casipies, des epees, descuirasscs, achevent rornement du fronlon. Sur la clef de la voüte , uneadmirable figure ailee, dont les pieds reposent sur un masque, soütient
d une main la draperie de sa robe, de l’autre une corne d’ahondance.
Des deux cötes de la porte, deux bas-reliefs remarquables represententdes lions loulant aux pieds des armures. A l’interieur, au cintre opposede la voüte et dans la clef, une. Renommee toute aerienne, lenant unetrampelte ä la main, eilleure de son pied un globe terrestre; au-dessousd’elle, ä droite et ä gauche, deux figures ailees, d’une forme legere ä larobe flottante etdiaphane, Elegantes et sveltes, s’inclinent gracieusementet presentem des palmes tnomphales. Au fond de la cour, Jean Goujona sculpte les figures colossales des quatre Saisons, si admirables de reliefet devig„eur.-En 1578, l’hötel de Ligneris devint la propriete du baronde Carnavalet, dont ll a conserve le nom, et dans la famille duquel ilresta pendant plus d’un siede. C’est lui qui fit execuler ä l’exterieur de1’Jiötel, sous la conduite d’Androuet du Cereeau, les deux figures quidecorent les trumeaux du premier etage tonchant aux pavillons ; ä droitela Force, ä gauche la Vigilance, et ä l’interienr, sur l a faeade de l’aile
gauche, et dans le style des quatre Saisons, les quatre Elements._F r
Mansard construisit pour M. d’Agaurry l’aile droite de l’hötel, qu’il fitdecorer des figures assez mediocres representant Venus, Diane, Hebe etJunon.
L’hötel Carnavalet a ete habite pendant sept ans par M” 1 ' de Sevigne. _yLe salon de cette femme celcbre et celui de M , "' , de Orignon sont encore ointacts. On montre aussi le balcon du haut duquel la mere faisait, aujour du depart, un dernier signe d’adieu ä sa fidle; le cabinet oü lüt traceed’un style inimitable cette correspondance qui devait rester le modele etle chef-d’oeuvre du genre epistolaire. On a conserve la table de marhresur laquefle la mere et la fille dejeunaient au jarditi, dans l’intimite,saus etiquette, sous les sycomores, dont deux seulement ont survccu.
Apres la revolulion, l’hötel Carnavalet recut pendant quelques anneesles bureaux de la direction de la librairie. Plus tard, l’ecole des ponts etehaussees v fut etahlie sous la direction deM. de Pronv ; il est aujour-d’hui occupe par un Institution de jeunes gens, dont le chef a puhlie en1838 une notice interessante sur eet hötel.
Au meine coin de rue oü a etc bäti l’hötel Carnavalet, logeait dutemps de Charles VI la belle Juive, dont son frere, le duc d’Orleanselait si epris, et ä la porte de laquelle fut assassine en 1392 le conneta-ble de Glisson , par Pierre de Craon ; meurtre fameux , si eurieusemenlconte par nos anciens historiens. — A deux pas de lä, deux siecles plustard, existait une autre maison du meme genre, celle de la belle Ro-maine , courlisnne la plus renommee du temps de Henri II, et mai-tresse du duc de Guise, archeveque, Cardinal, rhomnie le plus vicieuxct le plus hardi de son temps, qui faillit etre assassine par des rufiensen sortant au poiut du jour de ehez cette. fille de joie.
Aux n‘” 25 et 27 elait le couvent des Annonciades celestcs ou fillesbleues fonde en 1622, et suprime en 1790. Le maitre-autel de l’egliseetait deeore d’une magnifique Annonciation, peinte par le Ponssin.
C’cst dans la rue des Coutures-St-Gervais qu’etait l’hölel du X-comte de Melun, qui acquit en 1728 une odieuse celeln ite par le raptde mesdemoiselles Camargo, celebres danseuses de rOjtera, dont l’aineeavait ete reeherchee avec passion par les plus grands Seigneurs de l’epo-que. Le comte de Melun, n’ayant pu la determiner ä lepondre ä sa pas-sion, s’introduisit cliez eile dans la nuit du 10 ou du 1 1 mai 1728, l’en-leva ainsi que sa socur, et les retint par force dans son hötel jusqu’ä eequ’elles aient repondu ä ses infames desirs; J’ainee n’avait que dix-huit ans, et la plus jeune seize aus.
Rue St-Claude , n" 30, habita longtemps le celcbre Cxgi.iostro. VSon appartement est reste deeore comme il l’avait fait jusqu’en 1810C’est ä cette epoque seulement que le mobilier fut vendu ä domi-cile par leministcre d’un commissaire-priseur. Tous Ie s eirets de l’op-tique et de l’acoustique y etaient menages avec un art merveilleux etc’elait ä l’aide de ce double artilice qu’il faisait apparaitre les ombres’decertains persounages, qu’il iaisait ses evocations, qu’il portait dans l’es-prit des spectateuis la teiieur ou la joie. Tous les prestiges de l’artetaient mis en jeu, et de nombreux comperes le secondaient ä merveille.Cagliostro etait un homme d’esprit, qui a fait pendant longtemps unample usage de la credulite des sots. I.e Cardinal de Rohan etait le pluscredule de ses adeptes.