262
VILLE DE PARIS.
NEUVIEME ARRONDISSEMENT. — N° 35. QUARTIER DE LA LITE.
Le 25 messidor an rx (14 juillet 1801), on celebra dans cette eglise»ne messe solennelle, et on chanla uu Te Deum en actions de gräcespour tous les bienfaits que le Seigneur avait repandus sur le peuplefrancais.
Le 28 germinal anx(l8 avril 1802), le jour dePäques, une fete solen-neile fut celebree dans l’eglise Notre-Dame en l’honneur de la Signataredu concordat et du relablissement de la religion catholique en France. Desle matin la loi sur les cuites fut promulgnee dans tous les quartiers de Pa-ris. Aouze heures, les trois consuls se reudirenl a l’eglise dans la memevoiture, attelee de liuit chevaux, et prcccdee de chevaux de main riche-ment caparaconnes, conduits par des mameluks. Apres cette voiturevenait celle de M“ e Bonaparte, oii se trouvaient sa fille et ses helles-soeurs, qui prirent place dans le magnifique jube en bois sculpte, quilut detruit quelque temps apres. Les consuls, altendus ä l’entree de lanef par L’archeveque de Paris, furent reous sous un dais, et furent seplacer sous un autre dais place ä gauchede ’autel. Apres l’evangile, lesarcheveques et eveques preterent l’un apres l’autre sermeut entre lesmains du premier consul. Immediatcment apres la messe, le legat en-tonna un Te Deum dont la musique, composee par Paesiello, fut exe-eutee par deux orchest.es conduits, i’un par Cherubim, et l’autre parMeliul. M lie Lebrun, fille du consul, M IIe de Lucay, iille du prefet dupalais, et M m * Savary, cpouse d’un aide de camp du consul, firent uuequete qui monta ä sept Cents louis. Pendant les trois longues heuresque dura la ceremonie, des salves d’artillerie se succedaient sans inter-ruption et faisaient fremir toules les vitres de Paris.— Celle ceremonieTut loin toutefois de reunir l’assentiment general. Le general Delmas,interroge par Bonaparte sur l'iinpression qu’il avait eprouvee, rcponditavec une brusque francliise : « C’etait »ne assez belle arlequinade, älaquelle il ne manquait que le million d’liommes qui se sont fait tuerpour detruire ce que vous venez de relever; » et cette opinion etaitpartagee par la grande majorile des assistants.
Lorsque Napoleon Bonaparte fut prodame enipereur, il lui prit enviede se faire sacrer, et il resolut d’cnviroiiner d’une pompe et d’un eclatextraordinaire la ceremonie de son couronnement. L’eglise Notre-Dameayant ete choisie pour cette solennite, on y fit d’utiles et grandes repara-tions; on abattit la chapelle du diapitre, ainsi que plusieurs maisons quirnasquaient la facade septeutriouale de cet cdifice; cette facade fut mise ädecouvert, ainsi que des parties depuis longtemps cacliees aux yeux ; lequartier y gagna baucoup en salubrite. — Le 11 frimaire an xm (1 erdecembre 1804), la ceremonie du sacre, malgrc un froid rigoureux, futexecutee avec la plus graude magnificence. Le pape Pie VII et l’empe-reiir partirent des Tuiieries ä dix heures pour se rcndre a la callic-drale. Le cortcge ollVait une sceue thcälrale qui n’etait pas sans majeste;on y voyail les grauds diguilaires cbarges des dccorations, des insignesct des vetements de l’empereur, d’autres portant le sccplre, la main dejustice, l’epee et la couronne de Charlemagne. L’empereur et I’impera-trice furent bien et dument oiuts par le pape; mais il posa lui-meme lacouronne imperiale sursa töte.—De toutes les ceremouies qui erneut lieudans la basilique de Notre-Dame, celle du couronnement de Napoleonfut sans contredit la plus somplueuse et la plus solennelle ; cette voiiteaux arceaux golhiques, aux vitraux lumineux; ce trönecleve pres de rau-tet; cesvieilles murailles recouvertes de tapisseries magnifiques, le longdesqnelles on voyait ranges par ordre tous les corps de l’Etat, les deputesde toutes les villes, la France entiere, enfin, represenlee par ses manda-taires ; ces inilliers de plumes ilottantes qui ombrageaient les chapeauxdes senateurs , des conseillers d’Etat, des trihuns; ces cours judieiairesavec lern* costume riebe et severe ä la fois ; ces unilormes brillants d’ordont elaient revetus les chefs les plus illustres de l’armee; cenombreuxclergc dans tonte sa pompe; ces jeunes et helles femmes etineelantesde pierreries et veiues avec une elegance a nulle autre pareille, placeesdans les travees de l’etage superieur de la nef et du clunur; enlin le sou-verain pontife et renipereur revetus des insignes de leur dignite, for-maient un coup d ceil dont il est dillicile de se faire une juste idee, etqui bien eertainemeut ne sera jamais renouvele.
Le niariage du duc de Berry avec la princesse des l)eux-Siciles futcelebre le 17 juin 1816 dans l’eglisede Notre-Dame; on v a aussi eele-bre, le 2 mai 1841, le bapleme dji comte de Paris.
En 1793, la commune de Paris vola et arrela la demolitionde lacathe*drale de Paris. Quelque temps avant, Chaumetle ayant demaude quel’on fit disparailre la longue file de rois placee au-dessus du portail decette eglise, la couvention s’empressa d’adopter cette motion , en vertude laquelle on aneantit ces veuerables modeles de sculplure du moyenäge, qui, apres etre resles longtemps enlasses et recouverls des plus salesimmondices derriere le clievet de la metropole, ont fini par etre trans-formes eil materiaux de construction. —» Le clocher central, elevc au-dessus du transsept, fut renverse a la memeepoque; il datait du xv'siccle,et sans nul doute en remplacait un plus ancien.
L’eglise Notre-Dame, hätie en forme de croix latine, a 126 m. 68 c.dans oeuvre, 48 m. 7 c. de large et 33 m. 77 c. de haut; cenl vingt grospiliers de 1 m. 33 c. de diamelre soutiennent les voutes principales. Lanef et le ehccur sont accompagncs de doubles bas cötes, formaut de lar-ges peristyles , et d’un grand nombre de chapelles, qui regnent autourde l’eglise; on y entre par six portes. La facade principale se faitremar-quer par son elevation, par sa sculpture et par le caractere imposantde son arcbitecture. Elle etait dccorce des statues de vingl-huit rois deFrance, commencant ä Childebert etfinissanl a Philippe Auguste, qui ontete renversees en 1793 ; cette facade est terminee par deux grosses lourscarrees qui ont 91 m. de haut; on y monte par trois cent quatre-vingtsdegres, et l’on va de l’une ä l’aulre par deux galeries hors d’oeuvre, quesoutiennent des colonnes gothiques d’une delicatesse surprenante.
La facade principale est percce de trois grandes portes par lesquelleson entre dans l’eglise : le porlique a droite, dit de la Vierge, le portiquedu milieu et lc portique de gauche, dit de Ste-Anne. Ces porliques,prati(jues sous des voussures ogives, sont cbarges de divers ouvrages desculplure , representant plusieurs traits qui ont rapport a i’hisloire duNouveau Testament. (In de ces portiques, celui qui est place au-dessousde la tour septeutriouale, est remarquable par un zodiaque ou les signessont accompagncs de l’image des travaux diampetres, ou d’attributs quiy correspondent. Du cote ou etait autrefois l’archevuche, est le portailmeridionnl dit de St-Marcel, ou sont representes en bas-reliefs lesprin-cipaux traits de lavie de saint Etienne: au-dessus, et dans la partie hautedu tympan, Jesus-Christ , tenant d’une main un globe, donne de l’au-tre sa bencdiction. Le contour des arceaux de la vousMire est rempli defjgures d’anges, d’apdtres ; au bas des grauds contre-forls et de chaquecöte, sont liuit bas-reliefs relalifs ä la vie de saint Etienne. — Le portailseptentrionnl, situe du cöte du doilre, presente a peu pres la meine dis-position que celui du midi. La statue de la Vierge, placee sur le trumeauqui separe la porte en deux , foule sous ses pieds un dragon aile. On arepresentc, en figures de moyenne proportion, plusieurs sujets du Nou-veau Testament, et l’bistoire d’un personuage qui s’est donne au demon.Le style des figures semble apparlenir au commeneement du xiv B sieele.La porte du cloitre esL remarquable par l’elegance de sa eonslruclion ;les deux figures agenouillees representenl Jean saus Peur, duc de Bour-gogne, et sa femnie Marguerile de Baviere. Les differenls bas-reliefs of-frent divers traits de la vie de saint Marcel, eveque de Paris. Sur le inur,ä 2 m. de bauteur, on voit sept bas-reliefs representant plusieurs sujetsde la vie de la Vierge.
Le chamr, pave en marbre, a 42 m. de long sur 15 de large. — Deuxcslrades en marbre de griotte d’Italie, servanlde jubes, le separent de lanef. Elles sont elevees de l m. 72 c., leurs panneaux sont d’un poli Irans-parent ; dans leur milieu une grille de meine liauteiir ferme l’enlree dueheeur. Eu entrant dans le dueur, Fteil est d’abord frappe de la mngniü-cence de la boiserie, regnanl de diaipie cöte au-dessus de vingl-six Stalles.Son commeneement est marque par deux pilastres decores d’arabesques.Des bas-rdiefs representant des traits de la vie de la saintc Vierge, etd’autres sujets pieux, ornenl cette boiserie. Des trumeaux, euriehis d’a-rnbesques et des instrumenls de Ja passiou, les separent : ils represen-tenl, en coinmeneant a droite, au baut du dueur , pres de la eliaireepiscopale, Jesus-Christ donnant les clefs a saint Pierre; la Naissanee,de la Vierge; sa Presentation au temple ; sainle Anne l’instriiisanl; sonMariage avec saint Joseph ; l’Annonciation ; la Visitation par sainleElisabeth ; la Naissanee de Jesus-Christ; l’Adoration des Mages; la Cir-concision. Du cöte gauche du ehuiiir, en commeneanl par le haut : lesNoces de Caua ; la Vierge au pied de la croix ; la Descente de la croix;