VILLE DE PARIS. — ONZIEME ARRONDISSEMENT. — N° 41. QUARTIER DU LUXEMBOURG.
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Sous 1'empire, Ie palais du Luxembourg dev int palais du Senat con-servateur; en 1814, ce palais re^ut le nom de palais de la chambredes pairs. C’est lä que fut prononcee en 1814 ia decheance de Napo-leon. Ainsi ce palais a ete successivement palais du directoire oumourut la republique; palais du senat oii mourui 1'empire; palais dela chambre des pairs oit en 1830 mourut la restauration, et quelque peula pairie elle-meme.
Plusieurs Souvenirs politiqnes se rattaclient ä ce palais. — Le 21novembre 1815, le marechal Ney, accuse de haute trahison, com-parut devant la chambre des pairs, assemhlee pour le juger. A cinqheures du soir l’assemblee entra en deliberation. Sur l’accusation dehaute trahison, cent cinquanlc-huit repondirent affirmativement; uneseule reponse fut negative. L’appel nominal sur rapplication de la peinedonna pour la mort, selon les lois militaires, cent trente-huit voix for-niantcent vingt et un votes, par suite des l eductions pour pareuts, etdix-sept pour la deportation. Cinq pairs seulement s’abstinrent de voler, sefondant sur ce que la defense n’avait pas ete libre. Il etait. onze heuresquand la deliberation fut terminee. — Le marechal etait rentre dans sachambre ä l’issue de l’audience, ou il dina avec appetit et avec calme,en homme familiarise par vingt-cinq annees de guerre, avec le voisi-nage de la mort. Il recut ä onze heures et demie la visite de ses defen-fenseurs, et dans cette entrevue ce ne fut pas lui qni fut le plus emu.Quand ils se furent retires, il se coucha et s’endormit du plus profondsommeil; il fallut >e reveiller pour lui lire son arret de mort: il etaitalors quatre heures du matin. On lui permit de faire ses adieux ä safemme et a ses enfants ; ils furent introduits aussitdt apres la lecture del’arret. Cette entrevue fut dechivante : la marechale, en entrant dans Jachambre, tomba roide sur le plancher; il la releva et eut beaucoup depeine ä la faire reveuir de son evanouissement. Puis, apres avoir eu uncntretien ä voix Lasse avec ses enfauts, il les engagea ä se retirer, ainsique leur mere. Le eure de St-Sulpice, qu’il avait consenti ä recevoir, äla sollicitation du greffier, s’etant presente, le marechal causa quelquesmstants avec lui et le congedia. Cet ecclesiastique revinl vers le matin. Cefut le signal du depart : « Monte?, te premier, monsieur lecnre, fui dit iemarechal en arrivaut a la portiere d’un fiacre portant le n" 666, danslequel il devait faire le trajet, je serai plus tot que. vous lä-haut.» Quelquesminutes apres, il etait arrive ä l’endroit fatal.—Comme s’il eüt ete epou-vante lui-müme du crime qu’il allait commettre, le gouvernement desBourbons avait voulu qu’il eüt lemoins possible de temoius. Au lieu doncde se diriger vers la plaine de Grenelle, lieu ordinaire des executionsmilitaires, la voiture s’arreta ä l’extremite exterieure de la gründe allee
du jardin du Luxembourg qui mene a robservaloire. Le marechal eudescendit vivement, et se placant en face d’un pelolon compose de roya-listes exageres qui avaient brigue l’etrange bonneur d’etre charges del’execution, il posa la main droite sur son coeur, et de la gauohe elevantSQ n chapeau au-dessus de sa tete, il dit d’une voix ferme : « Je protestedevant Dieu et devant les hommes eontre le jugement qui me condamne.J’en appelle a la patrie et ä la postcrite. Vive la Frauce ! « et se tour-Oant vers les faux Veteran, : « Soldats, droit au coeur ! » Ce furent sesdernieres paroles : il tomba perce de douze bailes, ä neuf heures vingt®>iruites du matin. Son corps mutile resta gisanl an pied du nun- pen-dant vingt minutes, au hont desquelles des hommes de peine de l’hos-Pmede laMaternite vinrent l’envelopper dans une Couverture et le trans-porterent dans une salle hasse de leur hospice. —En passant le loug dumur sur lequel on voit aujourd’hui l’enseigue d’uu jardin public, on neP e ut conlempler saus une emotion prolonde cette muraille recrepie,* Ur laquelle ou a essaye vainement de faire disparaitre les traces desballes meurtrieres; vingt fois ces traces ont ete effacees, et vingt foiselles ont reparu. Le jugement qui rehabilitera la memoire du brave des)r aves, pourra seul les faire disparaitre.
Cest aussi au palais du Luxembourg (juc furent juges les ex-ministres de Charles X , ainsi que Fieschi , Pepin, Moret, Alibaud ,
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et autres crimiuels , qui attenterent ä la vie du roi Louis-
L architecture du palais du Luxembourg est d’un style severe. LeP an iorme un carre presque parfait; il consisle en une tres-grande couranvtronnee de portiques et flanquee de quatre pavillons.
"Avant les augmentations qu’oii lui a fait subir recemment, la facadedonnant sur le jardin ollVait ä ses extremites deux pavillons, et aumilieu, au-dessus de la porte, s’elevait sur un corps avance de formequadrangulaire, uu döme circulaire orne de statues dans les eutre-co-lonnements. Deux pavillons, joints ensemble par un corps avance de-core de colonnes , ont ete ajoules ä eeux qui avaient vue sur le jardin,pour agrandir la salle des seances de la chambre des pairs. La facadedu cote de la cour differe peu de celle du jardin : atix deux portes la-terales, on voit dans les impostes les bustes de Marie de Medicis et deHenri IV; au-dessus, l’avanl-eorps est decore de quatre statues colos-sales. Le bas-relief du fronton circulaire represente la Victoire couron- (naut le huste d’un lieros. — Dans l’aile qui occupe le edle oriental dela cour est la galerie des tableaux : l’aile opposee contient aussi unegalerie de tableaux , et de plus le magnifique escalier par lequel onmonte ä la salle de la chambre des pairs. Cet escalier, majestueux parson ctendue, riche par sa dccoration, presente plusieurs statues d’hom-mes illuslres par les servic.es qu’its ont rendus a leur patrie. Des deuxcotes des marches regne un slylobate surmonte de vingt-deux colonnesioniques qui supportent la voüte decoree de Caissons , au milieu des-quels sont des bas-relieis de Duret, representant Minerve et deux ge-nies olfrant des couronnes. Les entablements, non occupes par des croi-sees , sont allernativement ornes par des trophees militaires sculptesparHersent; et par des statues representant Caffarelli, par Corbet; De-snix , par Gois jeune; Marceau , parDumonl; Joubert, par Stoufl';Kleber et Dugommier, par Rameau. La beaute de eet escalier, au basduquel est le groupe charmant de Psyche et de l’Amour, par Delaistre,est singulierement augmentee par huit figures de lions couches.
Le Petit-Luxembourg , contigu au palais de ce nom , a ete bäli parRichelieu en 1629, qni l’habita jusqu’ä ce qu’on eüt aeheve le Palais-Cardinal, qu’il faisait construire. Il le douna ensuite ä la duchesse d’Ai-guillon, sa niece. Plus tard, le Petit-Luxembourg passa ä titre heredi-taire ä Henri-Jules de Bourbon - Coude. Apres sa mort, la princesseAnne, Palatine de Baviere, le eboisit pour sa demeure, et y fit faire desaugmentations et des reparations considerables. Ce fut cette princessequi fit construire de Fautre cöte de la nie un autre liötel pour ses offi-ciers et ses ecüries. Avant la revolution , il appartenait au frere deLouis XVI, qtii regna par la gräee de Dieu et des puissances etrangeressous le nom de Louis XVIII.
Sous le consulat, le Petit-Luxembourg fut pendant quelque temps lademeure du general Bonaparte. C’est la que le marechal Nev fut de- ^tenu et altendit sa condamnation. Les ministres de Charles X y furent 'ecroues en 1830.
A cöte du Petit-Luxembourg etait le couvent des religieuses du Cal-vaire, sur l’emplacement duquel on a coustruit une prison destince auxcrimiuels d’Etat mis en jugement devant la chambre des pairs.
Le Petit-Luxembourg est aujourd’hui la demeure de M. le duc De-cazes, juge au tribunal de la Seine en 1805, conseiller ä Ia cour royalede Paris en 1810 , membre du caliinet du roi de Hollande , secretairedes commandements de la mere de Napoleon sous 1’empire , prüfet depolice et ensuite ministre de la police sous la restauration, depute de laSeine, aujourd’hui grand referendaire de la chambre des pairs. Mem-bre du eonseil prive de Louis XVIII, ü <le vi »t bientüt un familier duchäteau du commerce le plus agreable. On sait que ce mouarque avaitplus que tout autre la passion des aneedotes; chaque matin, chaque soiril lui fallait du neuf, du scandaleux, du piquant : M. Decazes en fai-sait une ample provision ; il etait le conteur attendu avec impatience,il etait ecoute avec bonheur, et quand la realite ne lui founiissait rien,il tiouvait des ressources dans son imagination. Ainsi se fonda le cre-dit de M. Decazes et s’etablit son mlluence, qui deviiit croissante jus-qu’au 13 fevrier 1820, epoque oü le duc de Berry perit de la main deLouvel.
Le jardin du Luxembourg , l’Eden des enfants , des etudiants .des grisettes sentimentales et des rentiers du faubourg St-Cermain .plante par Marie de Medicis, a eprouve plusieurs cliangements : sa plusgrande longueur, de Fest ä l’ouest, etait de 880 m., et s’etendait jusqu’ä