VILLE DE PARIS. — ONZIEME ARRONDISSEMENT. — N" 44. QUARTIER DE PALAIS DE JUSTICE.
309
nu axe. A droite en entrant est une porte qui conduit dans la chambredes ofiiciers, etablie dans le local precedemraent occupe par la boutiquede l’ingenieur Chevalier; eile est parquetee et boisee en diene ä la hau-teur de trois metres. Elle est percce dans le bas de trois croisees, deuxdonnant sur le Pont-au-Change et l’autre sur le marche aux lleurs. Ala hauteur de la boiserie, il existe dans le pourtour, sur les trois facesdu batiment donnant ä l’exterieur, une galerie par laquelle on.arrive pardeux echelics de meunier fixees contre la muraille et pouvant se releveroti s’abattre a voloute. Cette galerie correspond ä de petites croisees eva-sees par le dehors et crenelees de la meine maniere que toutes les autres,au moyen de volets mobiles comme ceux que nous avons decrits plushaut. Dans la saillie du batiment donnant sur le quai de l’Horloge, on apratique une meurtriere defendue de meine maniere. A cöle du poele,silue en entrant agauche, se trouve un tuyau acoustique, ou porte-voix,qui correspond de cet endroit au faite de la tour, dans le campanile quiservait d’observatoire ä l’ingenieur Chevalier. La sera place une senti-nelle qui correspondra de cette maniere avec le poste, et pourra donnerou recevoir les avertissements necessaires. Il existe ensuite des son-üettes, l’une dans le haut, l’autre dans le bas, qui serviront ä prevenirles soldals du poste, ou la sentinelle, Iorsqu’ils auront un avertissement
a transmettre ou ä recevoir.
Le Palais de justice etant devenu insuflisant pour contenir tous lesServices judiciaires, on construit en ce moment de nouveaux batimentseonsistant en deux facades neuves : l’une sur la rue ouverte au sud duCalais, l’autre sur la rue et place de Harlay. Lorsque les constructionsseront achevees, le Palais de justice renfermera, au nord, sur le quai del’Uorloge, la cour de cassation; au coucliant, attenaut et sur la nou-v elle place de Harlay, se trouveront les deux salles de la cour d’assisesot la cour royale; au midi, sur le quai des Orfevres, la prefecture dePolice ; ä la suite, sur la rue nouvelle, les chambres de police correc-bonnelle; au levant, rue de la Barillerie, le parquet du procureur dur oi et des juges d’instruction; enfin, attenant ä la tour de l’Horloge, lesIfibunaux de premiere instance.
Le Palais de justice a ete le theätre d’cvenements remarquables, dontnous ne citerons que les principaux. Le 6 octobre 1308, il se tint dansle jardin de ce palais une assemblee nombreuse, devant laquelle compa-ct l’eveque de Troyes Guichard, accuse de magie, d’impiete et de de-pravation. Apres une longue discussion, reveque fut mis eil prison auEouvre, oü il demeura jusqu’en 1313.
En 1357, Robert de Clermont, marechal de Erance, et Jean de Chal-lons, marechal de Champagne, furent massacres dans la cour du Palais,presence de Charles, duc de Normandie, prives meme des honneursla sepulture, pour avoir fait enlever de l’eglise Saint-Merry un gar-$ 0n changeur, meurtrrer de Jean Baillet, tresorier du prince, et l’avoirpendie a Montfaucon, d’oü il fut detachepar ordre de l’eveque de^ ar h>. et ensuite porte en grande ceremonie a St-Merry, oü on lui fit de^agniilques funerailles.
Eondant les guerres civiles du regne de Charles VI, dans la nuit du^8 au 99 ma j i4|8 7 perrinet le Clerr, fils d'un quartenier de la viUeBaris, prit sous le chevet du lit de son pure les clefs de la porte deussv, et Eouvrit aux troupes du duc de Bourgogne. Ces troupes, aux-Hoelles se joignit la plus vilc populace, tuerent et emprisonnerent tousceux qui etaient opposes ä la faction de ce prince, et qu’on appelait lesArm;
fu
«Ile
a gnacs. Le 12 juin, le carnage recommenca avec une plus grandereur ; la populace se fit ouvrir les prisons, et mit le feil a celles donte ne put s’emparer. Les plus notables bourgeois, deux archeveques,S> * ® v eques, deux presidents et plusieurs memlnes du parlement furentjssommes, ou precipites des tours de la Conciergerie et du Grand-Chä-. au bas desquelles ou les recevait sur la pointe des piques ou desP e os. (( Quant ils trouvoient trop fortes prinsons, oü ils ne povoientoi', si boutoient dedans force de feu, et ceux qui dedans etoient, no-nt riens de quoi leur aider, si estaingnoient et ardoient la dedans äpou martvie ’ et 11 e laisserent en prinson de Paris, sinon au Louvre,Qu ce que le roy y estoit, quelque prinsonnier qu’ils ne tuassent par feupar glayve, et taut tuerent de gens ä Paris, que hommes que femines,P Uls oelle lieurede mvnuit jusqu’au lendemain douze heures, qui fu-wombrez mille cinq Cent dix-huit, Les eorps du connetable Rer-
nard d’Armagnac, du chancelier Henri de Marie, du capitaine llemonetde la Guerre, Paris, l’evesque de Coustances, filx de chancelier de Fran-ce, en la cour de darriere devers la Cousture, et furent deux jours entier»au pie du degre du pallays sur la pierre de marbre, et puis furententerrez. ä sept ä St-Martin en ladite cour de darriere la Cousture, eltous les autres ä la Trinile » (Journal de Paris sous Charles VI etCharles VII, p. 41).
C’est au Palais de justice que ful juge le marechal de Biron , accusede haute trahison. Le 27 juillet 1602, ent re cinq et six heures du ma-tin, on le fit sortir de la Bastiile et on le conduisit dans un bateau cou-vert de tapisseries , escorte d’un aulre bateau renfermant qninze ouseiz.e soldats cömmandes par le Chevalier du guet. On lit descendre lemarechal daus File du Palais, et on le conduisit par le jardin du Presi-dent dans la chambre des enquetes , dans la grand’cluimbre , oü il futplace sur la sellette et iuterroge pendant deux heures. Sur les neuf heu-res on le fit reconduire a la Bastiile. — Le lendemain , toutes les cham-bres du parlement assemblees ailerent aux opiuions ; par arret soleunelle marechal fut condamne par cent vingt-sept juges a etre decapite en(ireve. Toutelois , sur les iustances des parents de Biron , le. roi permilque Fexecution eüt iieu dans riulerieur de la Bastiile , oü Biron fut de-capite le 31 juillet, a onze heures du matin.
Le 8 juillet 1617, Barrel du parlement qui condamnait la marechaled’Aucre ä avoir la tele tranchee en place de Greve lui fut lu a mididaus la cour du Palais, devant une foule immense aecourue pour exa-miner la contenance de cette favorite nagucre si puissante. A genoux,la tote baissee, eile chereha ä se cacher le visage dans ses coifies poursoustraire son humiliation a cette multitude qu’elle avait si longtenipsvue a ses pieds ; mais on la contraignit d’eutendre Tarret a visage de-couvert.
Dans les commencements de la troisieme race, les rois avaient desconseils composes des barons et des eveques, oü se Iraitaient les grandsinterets de l’Etat. On commenca, ä la iin du xn e siede, a donner a cesassemblees extraordinaires le nom de parlement. Au commencement duxui® siede, les ofiiciers du couseil du roi ne pouvant suffire ä jugeitoutes les causes, on en augmenta le nombre ; alors ce conseil supreme,tout a la fois politique, administratif et judiciaire, conlinua a porter lenom de parlement. Avant la revolution , la cour du parlement de Parisetait composeede la grande chambre, des trois chambres des enquetes,d’une chambre des eiujueles et d’une chambre de la inarce , qui aVait lapolice generale sur la vente du poissou. — Francois F r etablit daus leparlement une chambre ardente, c’est-ä-dire une chamljre qui condam-nait au feu. Elle etait specialement chargee de la recherclie et de la pu-nition des heretiques, et se composait de juges delegues par le pape.Antoine Mouchi, dont le nom est regardc comme Fetymologie de mou-chard f etait le chef de ce terrible Iribunal. Dans son zele furibond, ilrecommaudait au freie d'accuserle frere, a la fenime d’accuser le mari,au mari d’accuser sa femme. Les peres et les nieres etoient induits adeferer leurs propres enfants , voire meme a leur servir de l)Ourreaux ,ä faute d’autres )» (Registres criminels du parlementarrets concer-nant les lutheriens).
Le 3 mai 1788, le parlement avant rendu un arret par lequel il de-clara que la nation seule a le droit d’accorder des impols par Forganedes etats generaux , les ministres casscrent par un arret du conseil celuidu parlement, et donnerent l’ordre d’arreter les conseillers d’Espre-mesnil et Goislard. A minuit, trois dctachements de gardes francaises,de gardes suisses et de cavalerie, avec leurs sapeurs, marcherent vers lePalais, rinvestirent et en occuperent les avenues , les corridovs et lessalles. Le marquis d’AgouIt, chef de cette expedition nocturne, peuetradans la grand’chambre, oü il ne put se delendre d’un sentiment de res-pect ä la vue de cent cinquante magistrats et de dix-sept pairs de France,tous revetus des insignes de leurs dignites ; il lut d’une voix altereel’ordre du roi de s’emparer sans delai et d’arreter les conseillers Duvald’Espremesnil et Goislard de Montsabert, et somma le president de luidesigner ces deux conseillers. Les magistrats repondirent d’une voixunanime *. jS ous sommes tous d Jßspremesnil et Goislard; puistjue vousne les connaissez pas, emmenez-nous tous ou choisissez. Pour eviterFemploi de la force. d’Kspremesnil se nonunn, S' livra lui-meme, et