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Y1LLE DE PARIS. — ONZIE1IK AKUOXDISSEMEJiT. — \ 44. QUARTIER Ml’ PAI.AIS DE .1CSTICE.

conduisit ä la galerie par un peristyle, au front duquel on plaea les li-gu res de la Justice, de la Prudence et de la Force.—C’est au bas du grandescalier que s’executaient dans certains cas les sentences rendues contreles aceuses. La l'ut lacere et finde publiquement par les niains du bour-reau, le 11 juin 1762, 1 'Emile ou Tratte d’education de J.-J. Rous-seau, condamne par arret du parlement du 9 du meme mois. — Le21 juin 1786, ä six heures du niatiu, la comlesse de la Motte, condam-nee le 31 mai pour l’afläire du Collier, dans laquelle etait compromisle Cardinal de Rolian, ä etrc fouettee, marquee sur les deux epaules dela lettre V, a faire amende honorable la corde au cou , cl ä elre enfer-mee ä l’hopital ä perpcluitc, fut conduite au pied du grand escalier, mion lui (it lecture de soll arret. Cetle lecture la mit dans une l’ureur im-

possibie ä decrire. Aussitöt cinq ä six bourreaux s’emparereut de sapersoune, la jetereut a terre, et, taut bien que mal, celui de Paris fit sonOffice de la lustiger et de la inarquer sur chaque epaule, pendant qu’ellevomissait des imprecations conlre les juges et le Cardinal. On la con-duisit immediatement apres ä l’höpital de la Salpelriere, d’oü eile s’e-vada en juin 1787. — Avant la revolution , un grand arbre etait plantetous les ans, le durnier samedi de mai, par les clercs de la basoche, aubas de cet escalier ; des deux cötes de eel arbre se voyaienl les armes dela basoclie, qui etaient d'azur ä trois ccritoires d’or, et qui avaient deuxanges pour Supports. Eil 1599, le parlement fit faire un montoir depierre dans la cour du mai , pour que les anciens couseillers pussentremonter plus aisement sur leurs clievaux ou sur leurs mules ; alors unconseiller, dit Ste-Foix , olfrait a son confrere la croupe de son cheval,comme il lui olfre aujourd’hui une place dans son carrosse.—Le 24 juin1594, jour de la St-Jean . on fit un grand feu de joie au milieu de lacour du Palais, ou on bri’tla la Ligue, le legat et les Seize; on y avaitpeint toutes sortes de moines, pretres et gens d’Eglise, dont beaucoup lepeuple murmura ( Journal de l’Etoile sotts Henri // ).

La Conciergerie etait la prison du parlement. Les bätiments ac-tuellement nflectcs a cette prison sont formes de l’ancien grand preau,autrefois le jardin du palais , de la salle des gardes de saint Louis, destours de Montgommery et du grand Cesar, de quelques additions mo-dernes et de dispositions anterieures que les anciens bätiments ont suliiesposterieurement ä l’incendie de 1776. La Conciergerie est une des pri-sons oii furent renfermes les partisans des Armagnacs apres la trahisonqui livra Paris aux sicaires du dtic deBourgogne. Le 12 juin 1418, tousles prisonniers, parmi lesquels se trouvait le comte d’Armagnac, conne-table de France, v furent massacres et leurs corps exposes aux outragesd’une troupe lurieuse, qui massacra egalement les detenus dans les pri-sons de St-Eloi, du Grand et du Petit-Cliätelet, du For-PEveque , deSt-Magloire, de St-Marlin des Cliamps, duTemple, de Tyron, etc.—Enface de la porte de la Conciergerie est la porte du Depot, qui ressembleassez ä l’entree d’un caveati de famille du Pere-Lachaise ; eile est sur-baissee de meme , et porte un fronton d’areliitecture paienue. Celleporte , fermee par une grille en fer, donne sur un escalier de cave quidebouche dans un corridor tenebreux , eclaire ä tonte lieure du jour etde la nuit par la lueur rougeätre d’un reverbere. A droite , il y a desmurs massifs : ä gauclie, les salles du depöt: ici, la salle des femmes ;lä, la salle des enlants; plus loin, celle des hommes, et enfin la salle dusecret. Tous ces depöts occupent ce qii’on appelait autrefois les cuisinesde saint Louis, et portent le nom de Souriciere. On penetre dans cha-cune des souricieres par une porte en bois et une grille en fer, separeesl’une de l’autre par un espace quadrangulaire en forme d’antichambre.La souriciere du secret, qui peut donner une idee de toutes les autres,tient ä la fois de la cave et des cryptes du moycn äge. Fille est longued une quinzaine de metres et large de quatre environ; sa voiite enaretes ogivales s’appuie sur quatre colonnes massives, coupees ä leurmilieu par des cloisons de briques et de, pierres de taille qui limiteilt lasalle des deux cötes. Celte souriciere est enfoncee ä 5 m. au-dessous dusol, a peil pres au niveau de la Seine ä l’epoque des grandes crues. Elleest eclairec par une fenetre semi-eirculaire qui rase le trottoirdu quaide l’Horloge, et dont les carreaux depolis ne laissent passer qii’une l'ai-ble clartc. I- ,s ^ 1® °u 1 on depose le prevenu, qui attend depuis neufheures du matin jusqu’ä dix heures du soir qu’il plaise au jugc d’ins-truction de l’envoyer chercher par un gendarme. Pour peindre fidele-

menl la Souriciere, il faudrait la plume de Lesage ou le pinceau deCalot : ce n’cst pas un cachot, c’est plus horrible. Un cacliot a pourlui sa paillc et son silence; mais ä la Souriciere, point de banc pour re-poser le corps place sur lui-meme pendant douze heures; point de si-lence pour rellechir; point d’air pour rafraichir les poumons infectesde soixante individus qui se remuent ä grand’peine dans un espace largede quelques pieds. Ce lieu est pis encore dans ses proportions que l’ins-trumcnt dont il a emprunte le nom : l’animal que sa gourmandise at-tire dans le piege que la ruse lui a tendu peut au moins respirer, gräceä l’ouverture grillen qui le retient; mais la Souriciere de la preventionn’ofTre pas meme aux prevenus ce triste avantage : une etroite lucarne,obstruee par un chässis et des barreaux serres , donnanl sur une courlarge comme une cheminee , est le seul acces que puissent trouver lesravons d’un faux jour et le seul passage laisse ä l’evaporatioii des gazmephitiques qui se forment dans cette sentine. — Yoilä le lieu oii lesprevenus de tous les genres sont entasses , oii l’innocent est heurte.froisse par le coii ’ A, s’il n’est corrompu par lui; oii la vieillesse esten butte aux risees et aux outrages d’une jeunesse degradee; ou l’en-fance joue un röle encore plus degoiilant. Ce lieu , que renieraient dessiecles de barbarie et d’ignorance, est place immediatement au-dessousdes sieges qu’occupent des magistrats eclaires par de profondes etudes ,par trois revolulions et par les lecons continuelles du present. — Enseptembre 1792, cette prison renfermait trois Cent quatre-vingt-quinzeindividus , dont soixante-seize femmes. Une seule femmc, la fameusebouquetiere du Palais-Royal, qui, par jalousie, avait fait de soll amanlun Abelard, fut mise ä mort; les autres furent rendues ;i la filierte. Desliommes, cinq se suiciderent, deux cenl quatre-vingt-liiiit furent massa-cres; trente-six furent mis en liberte. — La reine Marie-Antoinette futeufermce quelques moments ä la Conciergerie avant son execution ; unmonument expiatoire a ete inaugure, le 16 octobre!816, dans le ca-chot qu’elle avait occupe. — Une singularite tres-frappante, c’est queDanton, Hebert, Chaumette et Robespierrc ont successivement habilele meme cacliot. Sous le regime de la terreur, cette prison se remplis-sait sans cesse par les envois des departements , et se vidait Sans cessrpar le massacre et par le transferement dans d’autres maisons. Versles derniers mois surtout, c’etail l’aetivite des eiifers : soixante per-sonnes arrivaient le soir pour aller ä l’echafaud; le lendemain eilesetaient remplaeees par cent autres , que le meme sol l attendait le joursuivant.

La tour de i’Horloge du Palais , qui s’eleve ä l’angle du quai et dela rue de la Barillerie, doit son nom ä la premiere grosse horloge etabliesur les monuments publics de Paris; eile fut faite par Henri de Vic, queCharles V fit venird’Allemagne en 1370, et que ce princc fit loger danscette tour pour en avoir soin, en lui assignant un revenu de six sols pa-risis par jour sur les revenus de la ville de Paris. Elle etait ornee de fi-gures eu terre cuile de Germain l'ilon, representant les Lois, la Justice,avec les armes de Henri III. La lanterue de cette tour contenait unecloche appclee Tocsin ; eile jouissait de la prerogativo de n’etre mise enbranle que dans les rares oceasions, lors de la naissance ou de la mortdes rois et de leurs (ils aines. Cependant eile enfreignit cette loi pourdevcnir l’iustrument d’im des plus liorribles attentats que la tyrannie etle fanatisme puissent commettre : eile fut une des deux cloches de Parisqui, dans la nuit du 24 aoi'it 1572, donnerenl le Signal des massacres dela Sl-Rarlhelemy : eile a ete, dil-on, pour celte cause, detruite pen-dant la revolution. — En 1843 on a repris en sous-oeuvre la fondationde cette tour, dans l’iuteiieur de laquelle on a construil un corps degarde pour soixantc-einq hommes, qui se prolonge jusqu’ä l’extremitede Taneien corps de garde, qui se trouve annexe au nouveau. La ported’entree est vitree dans sa partic superieure, comme pourrait l’etre celled’un veslibule; mais un cas d’attaque il existe des volets fixes de cliaquecöte dans les parois du cintre ; ces volets en diene, de cinq centimetresd’epaissenr, sont revelus dans toute leur elendue d’une forte plaque enfer, et de distance en distance perces de creneaux ; cet appareil est cn-suite assujetti et maintenu par une harre de fer fixee aussi dans l’inte-rieur du mur et qui se place transversalement. Les fenetres sont garniesegalement de volets semblables qui se ferment aussi au moycn d uneharre de fer d’environ quatre centimetres d’cquarrissage tournant sur