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VILLE DE PARIS. — DOUZ1EME ARRONDISSEMENT. — N° 45. QUARTIER ST-JACQUES.
Les ceudres de Voltaire et de Rousseau et les tombeaux qui les ren-ferniaient furent relegues , le 29 decembre 1821, dans un caveau prived’air, dont l’entree fut muree. Cette precaution iufernale duuua une ac-tion teile ä l’humidite, que le 20 aout 1830, lorsqu’on voulut re-mettre les sarcophages ä leur place d’konneur dans l’egiise souterrainedu Pantheon, les plus grandes precaulions purem ä peine les preserverd’une ruine totale.
Depuis Ia revolution de juillet, le Pantheon a repris la destinationque lui avait assignee l’assemblee nationale. L’inscj'iption mystiquea ete remplaeee par celle de M. Pastoret, et le bas-reliel du frontonrepresentant le signe de la Redemption a fait place a un niagniliquebas-relief que l’on doit au sculpteur David. Mais on atteud ton-jours qu’on y depose les restes des grands hommes qui devaient y etreplaces.
L’öglise St-Etienne du Mont, situee carre Ste-Genevieve. Cetteeglise doit son origine a un oratoire, nomine chapelle du Mont, cons-truit dans le xn e siecle, pres de l’abbaye royale de Ste-Genevieve. Lors-que Philippe Auguste eut fait clore de murs Paris du cöte de l’Univer-site, la chapelle du Mont fut renfermee dans l’enceinte de la ville etrecut le titre de paroisse. En 1221, l’augmentation croissante de la po-pulation rendant necessaire la construction d’une nouvelle eglise, l’abbeet les chauoines reguliere de Ste-Genevieve batirent dans leur propreenclos une eglise paroissiale , qu’ils placerent sous l’invocation desaint Elienne. L’edifice etail contigu ä Ste-Genevieve, et pendantlongtemps il n’eut d’autre porte pour y entrer que celle de l’eglise decette abbaye.
En 1491 , l’öglise de St-Etienne du Mont fut augmentee du cöte duchceur de plusieurs bätinients. Les chapelles et toute l’aile de la uef, ducote du sud, furent bäties en 1538; les charniers et la chapelle de lacomnnmion ont ete construits en 1605 et 1606. La faqade priucipale,qui aflecte la forme pyramidale, et oii se trouvent melanges les genresgrec et sarrasin, ofire un caractere etrauge qui n’est pas saus agrement;quatre colonnes d’ordre composite, qui porlent un fronton, forment l’ar-chitecture du portail. La premiere pierre en fut posee en 1610 parMarguerite de Valois, premiere femme de Henri IV. Une seule tour,qui s’cleve au nord de l’cdifice, sert de clocher ; eile est fort elevee, etd’une construction peu ordinaire.
L’architectnre de cette eglise est remarquable par sa hardiesse et parsa singularite; la partie du rond-point est surtout digne de fixer l’alten-tion. Les voütes de la uef et les bas cötes sont extrömement eleves et sou-tenus par des colonnes ou piliers ronds d’environ 1 m. 66 c. de diametre,dont les bases assez correctes portent sur un piedestal d’envirou 1 in. dekauteur. Du sommet de ces piliers tres-exliausscs et dcpourvus de cba-piteaux naissent des faisceaux d’arcte, qui forment celle de la voute. Aces gros piliers ronds et au tiers de leur bauteur sont appuyes des arceauxsurbaisses, de 66 c. seulement d’epaisseur, qui soutiennent un passageJe la menie largeur, faisant le tour de la nef, et dans lequel un homnieseulement peut passer. On moute ä cette espeee de galerie par deux es-caliers, dont les portes sont au-dessous du jube.
Ce jube, sculptc avec beaucoup de goüt, n’est point assez elevc. Lavoute, en cintre tres-surbaisse, es! dans le goul du temps, ou dcja onavait adopte cette forme opposce ä celle de l’architeclure sarrasiue. Auxdeux extremites sont deux tourelles ä jour, de formes elegantes et tres-delicates , qui s’elevent d’environ 10 m. au-dessus de son niveau , etrenfermeut les deux escaliers pour arriver a la galerie dont nous venonsde parier; ce qui rend l’aspect de ces escaliers surprenant, c’est qu’ctantä jour on voit le dessous des marches portees en l’air par un encorbcl-lement, et le nmr de leur töte soutenu seulement par une faiblc colonnede 16 c. de diametre place sur le port exterieur de l’appui de la cage,tourne en limaqon. L’architeclure de ces escaliers ctonue par la har-diesse et la Science qu’on a deployees dans leur construction.
Au milieu de la voiite de la croisee, on remarque une clef pendantequi a plus de 4 m. de saillie hors du nu de la vodle, et oü vienneutaboutir plusieurs de ses aretes.
La chaire du predicateur est un cbef-d’ceuvre de sculpture en bois.Une statue colossale de Samson semble soutenir l’enorme masse de
cette chaire, dont le pourtour est orne de plusieurs Vertus assises, etscparces les unes des autres par d’excellents bas-reliefs dans les pan-nenux. Sur l’abat-voix est un ange qui tient deux trompettes pour appe-ler les fideles.
Vis-a-vis de la porte laterale du chocur est un tableau peint par Lar-gillicre, provenant de l’ancienne eglise Ste-Genevieve; ex-volo donneen 1694 par la ville de Paris, apres Ia cessation d’une faraine qui, pen-dant deux ans, aflligea la capitale. La sainte est representee dans unegloire; au bas sont les prevöts des marebands et les officiers de la villeen habils de ceremonie, suivis d’un grand nombre de spectateurs, parmilesquels Tartiste a representc le pocle Santeuil, enveloppe de son man-teau. Dans le bas cote est le tableau du Martyre de saint Etienne, peintpar Charles Lebruu.
Le maitre-autel, entierement construit en markre , est decore avecrickesse et elegance; derriere cet autel, quatre colonnes d’ordre toscansupportent une ch.asse ayant la forme d’une eglise golkique, ou sont con-serves, dit-on, lesreliques de sainte Genevieve.
Dans une chapelle a gaucke du chceur est l’ancien tomkeau de sainteGenevieve, patrowie de Paris, qui a ete retire de l’eglise souterraine lorsde la demolilion. La löte de cette sainte attire chaque annee ä St-Etiennedu Mont une nombreuse population des campagnes , et pendant neufjours une petite foire se tient sur la place de cette eglise. Durant toutel’annee, c’est un pelerinage continuel vers Ia pierre de son tombeau. —Cette chapelle est ornee de precieux fragments de vitraux provenant desanciens charniers, dus ä Desangives et ä Jean Cousin. Ges verrieres re-presentenl la Pluie de la manne et le Sacrifice d’Eli au-dessus des emble-mes du Sacrifice moderne ; Jesus-Christ lavant les pieds a ses apötres äcöte des pretres de I’ancienne loi qui l'ont des ablulions ; le lemple desJuifs et l’cglise des ebretiens sont en regard, suivant l’usage constantdecommenler ainsi l’une par l’autre, et dans un meme but, la foi des Israe-lites etla foi des ebretiens. Ces peiutures representent aussi les miraclesoperes dans la maison du juif qui fit bouillir l’hostie, trait d’histoired’un inlcret particulier pour la ville de Paris. — Malgre le temps et lesdevastations des hommes, Teglise St-Elienue du Mont a conserve encorebeaucoup d’autres vitraux, parmi lesquels on remarque les oeuvres deNicolas Pinagrier et d’Enguei rand le Prince.
C’est dans cette eglise qn’en 1794, 1795, 96, 97 et 98, se reunis-saient, tous les decadis et tous les quintidis, les jeunes gens eleves dansles etablissements d’inslruction publique de VInstitut des boursiers del’egalite, qui fut plus tard le prylanee fran^ais, de Vecole centraledu Pantheon, de Vecole polytechnitjue et des enfants de la patrie,qu’on a appclcs depuis enfants trouves. La chacun de ces etablissementsnommait un oraleur qui, eu son nom, prononqait dans les circons*tances solcnnelles, telles que la löte de la Jeunesse, la föte de la Vieü-lesse, ranuiversaire du 10 aoöt, l’aimiversaire du 21 janvier, la fon-dation de la republique, etc., prouonqait un discours analogue ä lacirconslance. Le discours des eniants de la patrie se faisait surtoutremarquer par l’elevation des sentimeiits , la simplicite de l’expressionet roriginalite des gestes de l’orateur. Chaque decadi, Tun des assis-tants numtait en cliaire et lisail le Bulletin decadaire, journal ou l’onrendait coinpte des laits les plus remarquables qui avaient eu Heu dansles dix jours. Jlcaucoup d’hommes, qui professent aujourd’bui des opi-nions nllra-monarcliiques, se faisaienl remarquer par la chaleur aveclaquelle ils lisaient le recit des helles actions des repuhlicains (VoyezCollege de Louis-le-Granii). — Plus tard les theoplnlanthropes tinrentleors assemblees dans celle eglise a des heures ou le culte catholiquen’etait pas celebre.
St-Etienne du Mont renferme depuis quelques annees les epitaphesrelrouvces de Racine, de Pascal et de Jactpies-Benigme Winslow. Dansses cimeticres et ses caveaux reposaient autrefois les restes mortelsd’bonimes plus ou moins celebres. Des inscriplions bistoriques sontconsaorees a la memoire d’Eustacbe le Sueur, de Vignere , de Tognet ,de Morin, de Gallois, de Touruefort, de Lemaistre de Sacy, etc.
L’öcole de droit, situee place Ste-Genevieve, n° 8.
L’etude reguliere du droit commenqa ä I'aris en 1384, et fut reorga-nisce eu 1630 sous Louis XIV. Ses premicres le^.ous se donuerent rue