III
NOTICE SUR M. MAZOIS.
froidement les proportions des temples, et tout à coup il se développa dans le jeune Français un désird’explorer plus attentivement les constructions qui avaient échappé aux ravages de l’ignorance et du temps; ilconsidéra de haut les avantages de la science de Yantiquaria ; il lut avec attention les auteurs que nous avonsdéjà cités; puis il les lut avec passion. Nous les avons vus souvent dans les mains de Mazois; il s’apprêtaità leur ressembler un jour : il est bien qu’on sache quels ont été ses maîtres favoris. Il préférait comme plusmodernes, et comme plus stables, plus en progrès , Winckelmann , Ennius Visconti ; il s’instruisait facile-ment en s’asseyant quelquefois au foyer de notre compatriote d’Agincourt, et il reprenait le latin, que lesprofesseurs de son époque n’avaient pas tout à fait assez en estime, enfin il ne reculait pas devant les diffi-cultés de la langue grecque. Les hommes de talent reconnurent qu’avec du zèle, des veilles, toutes cesdispositions vives et raisonnées allaient produire un savant spirituel, exact, méthodique, circonspect, quirappellerait les bonnes pages de Caylus, la netteté de Barthélemy, et dans quelques parties jusqu’à l'éru-dition d’Ennius Visconti. Celui-ci habitait alors la France : ses conseils, et son amour pour sa nouvellepatrie ne perdaient pas de vue les Français qui visitaient l’Italie , et surtout ceux qui, comme lui-même,s’annoncaient pour mériter un jour la double palme de l’Académie des inscriptions et de l’Académie desbeaux-arts .
Le i 4 juillet 1808, le général Murat avait été déclaré roi de Naples : il manifesta le dessein d’embellirla ville, de continuer les travaux de Caserte , de donner un accès plus facile à Capo di monte. Plus quejamais, on se montrait dévot a Pompéi : la passion pour les fouilles gagnait les guerriers eux-mêmes;mais plus ambitieux que le père de Lucrèce d’Alagni, qui ne présidait qu’à la construction de son aqueduc, il est
vrai avec ce sentiment de riguardo pour ce qu’un autre aurait abattu sans pitié, sentiment dont nous l’avons
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justement loué, Joachim poursuivant une idée forte, grande, qui devait être féconde en résultats importants etcurieux, ordonnait des fouilles autour de l’enceinte des murs de Pompéi , pour parvenir à connaître l’étendueprécise de la ville. Mazois n’avait pas trente ans, cependant déjà ses talents, sa gravité douce, le calme desa parole, les veilles studieuses , lui avaient acquis une réputation parmi les artistes et les savants. Il futappelé à Naples .
Laissons parler un moment ici l’auteur de la notice que j’ai citée précédemment.
«Un jeune artiste, enthousiaste de son art, ne pouvait demeurer si près des intéressantes ruines de Pom-«péi, sans faire de cette ville antique, le lieu de ses promenades favorites, l’objet de ses méditations. II«parvint à en dessiner furtivement quelques vues : nous disons furtivement , car l’Académie de Naples avait« seule le privilège d’en faire dessiner les morceaux pour son grand ouvrage sur Pompéi , ouvrage qui« n’avance que bien lentement. Ces dessins furent présentés à la sœur de Napoléon , accompagnés d’un plan ex-plicatif. Cette femme, spirituelle, et qui chérissait les arts, fut enchantée du travail de l’artiste français ; elle« admira la pureté du dessin dans les vues, la clarté et l’élégance même du style dans le texte. Elle nomma«l’auteur dessinateur de son cabinet, lui fit donner toute autorisation pour continuer son ouvrage, dont elle« accepta la dédicace, et pour l’aider dans ses recherches lui accorda une pension de mille francs par mois.«Dès lors notre artiste n’eut plus d’autre domicile que les ruines de Pompéi : il y passait des semai-« nés entières, mesurant les monuments, les maisons particulières, copiant les peintures qui les décorent,« et n’ayant pour toute société que le gardien de la ville et les manœuvres employés au déblai des rues et« des maisons remplies des cendres volcaniques. Ce fut ainsi qu’il rassembla les immenses matériaux qui lui« ont servi à la composition de son grand et bel ouvrage intitulé : les Ruines de Pompéi . »
Mais il sortait quelquefois de ce qu’on était convenu d’appeler la maison de Diomède; il renonçait au plaisird’admirer le tombeau de Mammia. D’autres travaux encore occupaient son activité. Il restaurait’le palaisde Portici ; il indiquait, de concert avec des architectes napolitains éclairés, et accoutumés à l’influence de l’airdu pays, les moyens de conserver intactes les peintures trouvées dans les fouilles ; il visitait Pæstum , muni desdissertations de Mazzocchi ; il commentait Strabon qui fait mention des merveilles de cette cité ; il mesuraitle grand temple hexastyle dédié à Neptune, la basilique, le théâtre, l’amphithéâtre, le petit temple hexa-style dédié à Cérès. Quelquefois aussi il habitait le plus près qu’il pouvait d’Herculanum . Ce fut là qu’ilconçut la première idée de ses Considérations sur les théâtres des anciens.
Si les savants marchent d’un pas mesuré et incessant vers un but unique qu’ils se sont prescritd’atteindre, les vicissitudes humaines apportent a leurs projets des empêchements imprévus. Une révolutionavait renversé la puissance du dominateur qui soutenait 1 autorité de Joachim a Naples ; quelque temps le lieute-
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