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Quatrième partie.
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SUR LES THÉÂTRES.

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mouvoir sur un pivot commun, de manière à rapprocher les extrémités de l’hémicycle de cha-cun d’eux, si bien qu’ils ne formaient plus qu’un seul amphithéâtre où furent donnés des com-bats de gladiateurs. Les toiles tendues au-dessus des spectateurs devinrent aussi un sujet de dé-penses excessives : on les teignit en pourpre ; il y en eut qui furent brodées d’or et de soie ; onen fit même des étoffes les plus précieuses qui répandaient sur les spectateurs et sur les marbresun reflet mobile et coloré dont l’effet devait être des plus agréables.

Durant les chaleurs de l’été, on arrosait les sièges avec des eaux parfumées, qui, au moyende pompes pneumatiques, étaient lancées dans les airs, d’où elles retombaient en pluie fine etodorante. Mais si les anciens nous ont surpassés de beaucoup, en tout ce qui tient à la magni-ficence de ces sortes de spectacles, nous leur sommes bien supérieurs sous le rapport de l’illu-sion théâtrale.

Les représentations en plein jour ne laissent aucun moyen de disposer la lumière de ma-nière à éclairer favorablement les décorations, qui dès lors ne trompent plus l’œil, et ne parais-sent jamais que des toiles peintes. Tous les objets interposés entre le spectateur et la scène sontplus éclairés, ont plus de valeur que ceux que le théâtre même peut offrir. Enfin les acteursparaissent plus petits que les spectateurs, et les physionomies des personnes dont on est entouréont plus de trait, plus d’expression que celles qu’on aperçoit sur le théâtre. Telles sont lesobservations que j’ai faites, en voyant, en Italie , de semblables représentations.

C’est pour cette raison que les anciens semblaient dédaigner l’illusion théâtrale : tout étaitchez eux de convention. Au lieu de nos décorations mobiles, ils enrichissaient le fond et lesdevants de la scène, de décorations en marbre et en bronze, exécutées sur une échelle assezgrande pour qu’il n’y eût, entre le spectateur et elles, rien qui pût nuire à leur effet. Quelquestoiles peintes, placées sur des châssis dans les bas-côtés du théâtre, comme je l’ai déjà dit,servaient, non à donner l’image parfaite d’un palais, d’une place publique ou d’une campagne,mais seulement à indiquer que le lieu de la scène devait représenter ou la demeure des rois,ou le forum, ou un site champêtre. Selon ce système, chaque partie du théâtre avait une dési-gnation particulière, qui avertissait des circonstances de lieux relatives à l’action. Quand unacteur arrivait par les portes latérales de la scène, il était censé venir du forum ou de la cam-pagne; la porte du milieu était réservée au héros de la pièce, lorsqu’il ne venait pas d’un payséloigné. Mais si Hercule arrivait chez Admète , il devait, comme tous les étrangers, entrer parune des portes placées à droite et à gauche de la porte royale ; alors on reconnaissait qu’il ve-nait d’une contrée lointaine. La taille et la voix même étaient soumises à des règles prescrites :le principal personnage devait avoir au moins quatre coudées, près de six pieds; les autres devaientêtre d’une taille moins élevée, et ils étaient obligés de modérer leur voix de manière à laisserdominer celle du protagoniste. Enfin, loin d’attacher, comme nous, un grand prix à l’expressionde la physionomie, dont le jeu ne pouvait être suffisamment distingué sur leurs théâtres, les an-ciens permettaient aux acteurs de se couvrir le visage d’un masque qui exprimait fortement lecaractère de leur rôle ; ils en changeaient selon la situation morale dans laquelle ils se trouvaient,durant l’action de la pièce, et ces masques étaient faits de manière à donner à la voix plus deforce et plus détendue. C’est encore un problème que je n’oserais résoudre, de savoir si cequ’on perdait alors du côté de l’illusion, n’était pas racheté du côté de l’effet théâtral. Ces per-sonnages qui, élevés sur de hauts cothurnes, se montraient avec une stature et des formes colos-sales ces physionomies fortement contractées, où les passions se dessinaient d’une manière im-mobile et terrible, devaient être, pour le spectateur, comme une espèce d’apparition, une sortede fantômes qui, pour me servir des expressions d’Eschyle , faisaient marcher l’épouvante devantet leurs accents plus qu’humains, retentissant sur les marbres et dans le fond des urnes de

eux.