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Quatrième partie.
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CONSIDÉRATIONS SUR LES THÉÂTRES.

bronze placées à cet effet sous les gradins du théâtre, devaient donner une force d’expressiontoute-puissante à ces vers, qui, à peine compris par nous, n’en sont pas moins encore ce quenous possédons de plus éminemment tragique.

La comédie était privée d’une partie de ces moyens auxiliaires : chez elle, les costumes n’avaientplus rien d’imposant; le masque immobile ne pouvait plus rendre les impressions variées et ra-pides des personnages; la voix forte et sépulcrale de Facteur ne correspondait plus au ton plai-sant de la pièce; le rire rauque et étouffé sous le masque n’appelait point celui du spectateur,et le charme des décorations n’ajoutait aucun intérêt à la représentation. Mais les habitudes etla licence des mœurs de ces temps suppléaient à l’absence de ces moyens de séduction.

Comme les spectacles n’avaient lieu qu’à certaines époques, le peuple n’était point blasé surcette sorte de plaisir; ce sentiment, émoussé parmi nous, était chez les anciens d’une vivacitéqu’on retrouve encore dans les mêmes climats, et à laquelle la privation donnait un plus granddegré d’énergie. La liberté de moeurs et de discours qu’affectaient les poètes mettait la comédie àla portée du peuple. Elle parlait rarement ce langage épuré et finement railleur dont se piquentles hautes classes de la société; elle ne peignait guère ces mœurs polies, fausses et brillantes, cessentiments contenus, ces nuances de caractère qu’on ne pouvait observer chez des peuples oùles familles vivaient isolées et les sexes séparés. Mais Thalie, toujours sûre d’entraîner tant quelleétait inspirée par une gaieté maligne, crayonnait avec feu des tableaux copiés d’après les mœursdu temps. Elle avait les habitudes, et parlait le langage de tout le monde : aussi était-elle com-prise de chacun; ce n’était pas seulement pour la bonne compagnie que s’ouvrait le théâtre,le peuple y courait en foule; il ne perdait aucun des traits du poète; il écoutait avec avidité,applaudissait avec transport, riait aux éclats, et lorsque, abusant de la licence de cette époque,un personnage grotesque et obscène prodiguait dans ses plaisanteries tout ce que le sel attique ade plus libre et de plus piquant, les spectateurs de toutes conditions, saisis d’un rire inextin-guible, manifestaient leur joie par de bruyantes acclamations, sans s’inquiéter, ni des invraisem-blances que pouvait offrir Faction dramatique, ni de l’absence de l’illusion théâtrale.

Tels étaient les théâtres des anciens. Élevés par des peuples qui mêlaient toujours la religionà leurs fêtes, et la gloire à leurs plaisirs, ils devinrent des monuments sacrés et nationaux : leurdécoration était triomphale, leurs formes d’une simplicité majestueuse. Le mécanisme de la scènen’offrait aucune ressource à l’illusion, mais la disposition de ces édifices était d’une admirable com-modité, et parfaitement combinée sous le rapport de l’optique et de l’acoustique ; de toutes les pla-ces on entendait et l’on voyait également. Rien, chez les nations modernes, ne saurait égaler ni larichesse des matériaux employés à l’embellissement de ces théâtres, ni la grâce de leurs ornements,ni la magnificence du coup d’œil qu’ils devaient offrir; et de même que les poètes comiques denos jours ne sauraient connaître tous les secrets de leur art, sans méditer les chefs-d’œuvre dela comédie grecque et latine, nos artistes modernes ne sauraient construire une salle bien com-binée, sous le double rapport de l’art et des convenances, sans étudier avec soin les ruines desthéâtres antiques.