EXPLICATION DES PLANCHES.
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Toutes les parties de l’édifice sont assez bien conservées pour causer au voyageur une illusioncomplète. Le silence et la solitude qui régnent dans un lieu tant de fois fréquenté par une nom-breuse et bruyante multitude, bétonnent encore plus au premier abord, que s’il voyait tous lessièges remplis, et l’artisan de Mycènes s’avancer sur le proscénium en s’écriant :
«; O ville antique d’Argos! ô flots de l’Inacbus! »
Puis bientôt, Électre de son côté :
cc O nuit sombre, mère des astres d’or (i)! »
Cette illusion cesse bientôt. Mais on peut la ramener, et la fixer, pour ainsi dire en prenantplace sur les gradins si bien conservés, derrière la balustrade qui séparait les chevaliers du restedu peuple; et là, il faut s’oublier soi-même, s’absorber dans la lecture d’un des chefs-d’œuvredes anciens. Une pareille situation est peut-être la seule où l’on puisse sentir ces grands géniesdramatiques; et de même leur lecture fait seule comprendre l’édifice scénique. Étrangesituation que celle d’un fils des barbares, membre d’une civilisation née d’hier, faisant retentirde nouveau, sur un théâtre qui date de dix-huit siècles, des vers vieux eux-mêmes de deux milletrois cents années!
Devant le théâtre, sur le pavé, qui est encore entier et qui est formé de morceaux de marbresde couleurs variées, on lit cette inscription en lettres onciales de bronze, d’une assez mauvaiseforme :
M . OCYLATIVS . M . F. VER VS . IIVIR . PRO . LVDIS. (2)
C’est-à-dire « Marcus Oculatius Verus, fils de Marcus, duumvir, a été chargé des jeux.» C’étaitce duumvir, chargé des jeux, qui indiquait aux locarii (3), ou plutôt aux designatores ( 4 ), la placequ’ils devaient assigner à chacun : il enjoignait même à ces derniers de chasser ceux quiusurpaient la place d’autrui.
(1) Euripide , Électre, v. 1 et v. 54-
On jouait alors, dans toute l’Italie , des ouvrages grecs, surtout pour la tragédie : faute de meilleures preuves, une découvertede Pompéi le démontrerait, selon nous. En déblayant les théâtres, immédiatement après les premières fouilles, on trouva deuxcachets d’entrée : ils étaient d’os, taillé en forme de disque. L’un portait cette inscription : xi hmikykaia ia (le nombre onze répétéen lettres grecques) ; l’autre celle-ci : XII AICXYAOY IB (le nombre douze répété). On a fait remarquer que le premier cachet indiquaitune place dans un des rangs voisins de l’orchestre, selon l’Onomasticon dePollux; et que, par conséquent, il n’était point probableque le second portât le nom de l’auteur de la tragédie représentée. On a ajouté que, dès les premiers temps de l’empire romain, lestragédies d’Eschyle étaient négligées, même dans Athènes - En conséquence, on a cherché à faire du mot inscrit sur le deuxièmecachet le nom d’une classe de sièges, comme est le mot irpcaro^uXa qu’on lit dans Aristophane (Acharn. 25). Nous avouons qu’aucunede ces objections ne peut nous empêcher de lire sur ce cachet Je nom du poète Eschyle au génitif, tandis que le mot hémicyclesest au nominatif pluriel, sur l’autre. Mais ne serait-il pas possible que le théâtre eût été décoré des statues ou des bustes des auteursdramatiques les plus célèbres, ainsi que cela s’est pratiqué plusieurs fois chez les modernes, et que l’on eût appelé sièges d’Eschyle ceux qui étaient voisins de l’image de ce poète? — Quoi qu’il en soit de cette conjecture, l’inscription prouve toujours que le grecétait la langue du théâtre de Pompéi, et qu’on devait y jouer des pièces grecques, soit d’Eschyle , soit de ses successeurs.
(2) Cette inscription a été endommagée en 1820, dit Mazois, par les soldats autrichiens.
(3) Les locarii étaient des gens qui venaient occuper les places dès l’ouverture du théâtre, pour céder ensuite chaque place,moyennant une rétribution, mais à ceux-là seulement qui avaient le droit de siéger au rang dont cette place faisait partie. C’est ungenre de commerce qui se retrouve à Paris et dans nos autres grandes villes. Martial (V, 24)? appelle divitiæ locariorum, larichesse des locarii, un certain gladiateur, nommé Hermès , qui attirait beaucoup de monde à l’amphithéâtre.
(4) Les designatores, ou mieux dissignatores, étaient des employés du théâtre qui conduisaient chaque spectateur au rang quilui était dû. On voit en quoi ils différaient des locarii. Plaute, dans le prologue de son Poenulus , v. 19, les engage à ne pointpasser devant facteur qui est en scène. Il y avait à Rome un dissignator Cæsaris qui conduisait a leur place les amis et lesaffranchis de l’empereur. Inscript. Gruter. 601,1.
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