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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
sensualisme hellénique et romain, tandis que la vitalitéfarouche des races septentrionales s’insurgeait contre lelong despotisme des dieux de l’ancien monde; le jeûnechrétien et le sang vermeil de la jeunesse germaine devaientrenouveler le corps social. Il fallait à la nouvelle société unevie neuve, une conception différente de la matière et del’idéal. Le christianisme existait dans les pressentiments etle rêve de l’homme avant de se réaliser dans les faits. Con-fondre Dieu avec l’humanité, jeter un pont entre le ciel et laterre était une idée, en partie déjà exprimée par les Grecs,quand ils avaient créé Dyonysos (Bacchus) le dieu fait hom-me, fils du Zeus olympien et d’une vierge de la terre. Maispour enlever l’homme aux misères de ce monde et le ravirdans les espaces éthérés de l’amour divin, il fallait une con-ception plus pure que celle du Grec artiste et sensuel. A unautre peuple était réservé de concilier définitivement lamatière avec l’esprit.
Il est vrai que la mythologie et la philosophie helléniqueseurent une grande part dans cette création, qui sortit du duret mystique cerveau des Juifs. Déjà un grand politique etpatriote hébreu avait arraché son peuple à la contagion dupolythéisme et à l’esclavage de l’Égypte, et il avait faitrégner sur lui un Dieu national, maître absolu d’Israël,supérieur aux divinités matérielles et lascives du vieuxmonde, comme un être impondérable et tout-puissant, quipénètre toutes les pensées et sonde tous les cœurs.
C’est en vain qu’à tous moments les Juifs essayent de se-couer le joug de ce monothéisme. Ils regimbent contreleur dieu invisible et les progrès du sentiment religieuxleur font désirer de voir déchirer le nuage qui le leurdérobe. Pendant la captivité de Babylone, leur espoir seretrempe dans la doctrine de Zoroastre et dès lors lesprophéties annoncent la venue d’un Messie qui doit régé-nérer la nation. Il apparaît au moment même où toutesles âmes, altérées d’idéal, aspiraient à sortir de la faDge du